Bacalao, de Nicolas Cano (éd. Arléa, coll. 1er mille)


Voici un premier roman pour cet auteur qui nous dresse le portrait d’une figure au romantisme mélancolique émouvant.

Vincent est un jeune professeur que l’on sent d’emblée vulnérable. Il souffre d’une grande solitude et aspire ardemment à combler le néant affectif de sa vie, l’inaction sentimentale de son quotidien.

Derrière son apparence réservée, ce jeune homme tourmenté est un être bouillonnant, une âme sensible que les sens peuvent facilement dérégler, un cœur ardent avide de connaître le transport d’aimer et d’être aimé, un être au monde intérieur riche et agité.

Sa vie morne et suspendue bascule le jour où il tombe irrépressiblement amoureux d’un lycéen de sa classe. La passion fébrile de l’homme romantique va alors être sèchement confrontée à la nonchalance d’une jeunesse insouciante sur fond d’amoralité. Rencontre entre deux univers aux aspirations différentes, aux attentes inconciliables, aux motivations incompatibles, aux tempéraments opposés.

Vincent devient vite l’esclave presque idolâtre de sa passion et Ayrton, le jeune garçon objet de son violent désir, se pose dès le début et contre toute attente comme le maître du jeu. C’est lui qui fait le premier pas et vient à bout des pauvres résistances héroïques de Vincent, c’est lui qui fixe ou non les rendez-vous, les conditions. Ayrton est trop immature pour vivre une relation amoureuse sérieuse, Vincent est trop fragile pour en vivre une équilibrée.

Le jeune professeur, captivé et follement épris, dans un déni de soi et une abnégation douloureuse, perd de plus en plus son libre arbitre et sa volonté. Il glisse peu à peu mais sûrement dans une dépendance affective néfaste qui n’est autre en fait qu’une course folle et vaine vers la réparation de ses propres manques, une tentative de consolation et d’amour de soi, une quête vers le soulagement d’une blessure narcissique à vif.

Certes, il vit des moments d’intense bonheur en compagnie de son amant mais il les paie d’attentes insoutenables, de frustrations dégradantes, d’emportements sentimentaux éprouvants, d’estime de soi torturée et malmenée.

A l’instar de la « Princesse de Clèves » qu’il aime à faire étudier à ses élèves, Vincent subit sa fougueuse passion et se débat pour garder la tête hors de l’eau. Réussira-t-il, comme l’héroïne de Madame de La Fayette, à sortir de cette histoire digne, intègre et libre, sans renoncer toutefois à l’ardeur de ses sens et l’ambition de ses sentiments ? Aura-t-il la sagesse et la force d’âme de faire sienne cette devise « Les passions peuvent me conduire, mais elles ne sauraient m’aveugler. » ?

Le récit délicat des affres tyranniques de Vincent et de sa douleur d’aimer m’a subtilement touchée et a éveillé en moi l’écho de figures romantiques artistiques qui me sont chères. Mélancolie, quand tu nous tiens…

Merci à Nicolas Cano de m’avoir spontanément envoyé un exemplaire de son roman !

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