Le testament d’Olympe, de Chantal Thomas (éd. du Seuil)
Chantal Thomas nous entraîne à nouveau dans son époque de prédilection : le XVIIIème siècle.
A travers le destin de deux sœurs, l’auteur dresse un tableau noir de la condition féminine au siècle des Lumières, plus exactement sous le règne de Louis XV le Bien Aimé.
Apolline et Ursule appartiennent à une famille bourgeoise bordelaise. Les parents sont très pieux, voire rigoristes, et les idées morales du père l’ont amené à faire faillite. C’est donc dans un climat austère et assez misérable que les deux petites filles grandissent.
La plus jeune, Apolline, est une enfant sage, raisonnable et obéissante qui observe les gens et les situations de façon posée et sans jugement. L’aînée, Ursule, a au contraire un tempérament fougueux et orgueilleux. Elle n’accepte pas sa condition sociale : ni la soumission à ses parents, ni la docilité qui semble fatalement dévolue à son sexe, ni la misère et la faim, ni la perspective désenchantée de sa petite vie de province.
Apolline incarne la douceur et la soumission, la droiture et le devoir mais la passivité aussi. C’est elle qui dans la première partie du roman nous relate leur enfance, puis son passage au couvent. Prisonnière de la religion et de la morale, elle échappe de peu à la mort lors d’un incendie qui fait de nombreuses victimes parmi les pensionnaires, la mère supérieure ayant refusé d’ouvrir la porte aux soldats pompiers. Des mâles dans un couvent, ça non, sous aucun prétexte !
Ursule personnifie quant à elle la rébellion à l’ordre et aux mœurs, la passion et l’action. Elle fuit sa famille et sa ville natale, trouve refuge dans les milieux libertins et courtisans, devient sous le nom d’Olympe une des nombreuses maîtresses du roi mais reste cependant dans l’ombre de la Pompadour.
Toujours plus audacieuse, elle ose rêver de gloire et de reconnaissance mais son ambition déplacée et impudente lui causera sa perte. Qui est elle après tout cette traînée pour tenir tête au souverain et à son bon plaisir ?
Lassé par ses revendications, le roi lui enlève son fils, la répudie et la vend littéralement à un noble obscur et rustique dont le quotidien reflète plus les mœurs médiévales que les idées éclairées d’une société qui malgré tout se modernise. Renvoyée à sa misère initiale, elle finira sa vie pitoyablement en laissant derrière elle un témoignage écrit dont Ursule héritera, prenant ainsi connaissance du sort malheureux de sa sœur qu’elle ne peut pourtant s’empêcher d’admirer.
La femme au XVIIIème siècle semble ainsi avoir un destin peu enviable, quels que soient ses choix : si elle veut s’extraire de sa condition, elle se brûle les ailes et ne récolte que déshonneur et misère ; si elle se fond dans le moule des convenances, elle peut certes avec un peu de chance tirer son épingle du jeu dans une société d’hommes faite pour les hommes, à condition de rester effacée et apathique.
Le message est clair, peut-être un peu trop caricatural ; le récit capte l’attention du lecteur mais manque cependant du souffle romanesque qui m’avait transportée dans « Les adieux à la reine ». Un roman historique plus pragmatique qu’épique donc, plus dénonciateur qu’idéaliste, à la différence du passionné et romantique « Olympe de Clèves » d’Alexandre Dumas auquel on ne peut s’empêcher toutefois de penser, pour l’homonymie, la période historique et le thème de la femme libre et indépendante.















