Vie et opinions de maf le chien et de son amie Marilyn Monroe, de Andrew O’Hagan (éd. Christian Bourgois)


Après Flush le cocker de Virginia Woolf, Scipion et Berganza de Cervantès, Mister Bones de Paul Auster et l’aberdeen terrier Bottes de Rudyard Kipling, voici Mafia Honey, un nouveau chien narrateur en littérature…

Ce charmant et racé canidé issu de la meilleure société britannique a le don de parler (audible uniquement par ses congénères), de comprendre le langage de tous les animaux et de décrypter les pensées humaines.

Plein d’humour et de dérision, il est aussi cultivé qu’un étudiant d’Oxford et aussi malin qu’un singe du zoo de Central park. Dénué de toute flagornerie,  il porte un œil critique et goguenard sur les gens qui l’entourent.

Heureusement pour lui, il est prédestiné à une maîtresse de grande renommée dont il sera le loyal et dévoué compagnon jusqu’à la disparition prématurée de celle-ci.

En effet, après quelques tribulations burlesques au centre de quarantaine new yorkais qui ne sont pas sans lui rappeler le temps des pionniers échoués à Ellis Island, il se retrouve sur la banquette arrière du minibus déjanté de la mamouchka de Natalie Wood aux côtés de chiens philosophes et libres penseurs.

« Si on prend le total de l’ambition mondiale et qu’on le divise par le bonheur du plus grand nombre avant de le retrancher de toute idéologie et d’ajouter la quantité maximale d’équité économique, on démontre rapidement que… quoi ?

- Que personne ne serait un être humain s’il avait le choix, dit le bâtard en se léchant la patte. »

Survivant à cette tornade russe et à ce bain de sentences, il devient la propriété du très infatué, ignoble et misogyne Franck Sinatra qui finalement en fait généreusement cadeau à Marilyn Monroe.

Catapulté d’un milieu intellectuel austère et sobre de la vieille Europe à l’univers flamboyant et rugissant d’Hollywood, plongé dans le monde des gens du spectacle et de la société des apparences, il va heureusement retrouver dans sa « compagne » la fibre spirituelle qui l’a grassement bercé étant chiot, agrémentée de la sensibilité touchante et de la candeur déchirante de la plus belle femme du monde.

Marilyn ne le quitte plus ou presque et Maf assiste à ses côtés au théâtre des vanités humaines et à la comédie des faux-semblants. Entre deux coupes de champagne et quelques gentlemen obséquieux, il y aiguise son regard mordant et sarcastique :

« Sois fidèle à toi-même, dit le barde. Pourtant, de tout le règne animal, seuls les humains font de l’intégrité un sujet de préoccupation. J’ai grandi à l’âge d’or de l’existentialisme, alors vous m’excuserez de trouver l’idée même d’un soi auquel il faudrait rester fidèle quelque peu ridicule. Nous sommes ce que nous imaginons être : la réalité elle-même est la fiction suprême. Malgré des années de témoignages probants, les humains ne parviennent pas à s’accompagner de cette situation ; ils vivent comme les gens de la caverne de Platon, jamais totalement convaincus que leur ombre est aussi vraie qu’eux-mêmes ».

Et malheureusement pour lui cette observation acérée du genre humain n’épargne pas Marilyn. Mafia Honey devient en effet aussi le témoin impuissant de la lente mais irréversible descente aux enfers de sa chère maîtresse, consumée par le doute, l’absence et les ruptures funestes dans son existence de petite fille perdue.

Maf, par son récit tendre, truculent et avisé, entre d’ores et déjà au panthéon des fidèles amis de l’homme (de la femme en l’occurence !) et dans l’enceinte respectable des chiens littérateurs.

challenge Marilyn Monroe organisé par livres de George Sand et moi

Et si vous jetiez un oeil sur...



Commentaires

[...] Ruelle Bleue : 1) Vendetta, Ellory ; 2) Fragments ; 3) Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe [...]

Dites moi ce que vous en pensez