L’enfant perdu, de John Art (trad. Sabine Boulongne, éd. JC Lattès)


Certains romans sont attachants, certaines lectures sont émouvantes car quelque chose de vous est éveillé, une faille, un point faible. Un morceau de vous un peu mou, piteux, vulnérable, refoulé est ainsi remué, chahuté. Remontant à la surface éperonné par certaines évocations saisissantes, il trouble un instant l’image parfaite que vous avez pu vous forger pour oublier une vérité inacceptable, une injustice insoutenable, une perte intolérable.

Si ma raison objecte que ce n’est ni le policier de l’année ni le livre incontournable du moment, mon petit cœur tout mou a cependant été touché par le thème abordé, de façon certes dramatique mais sans pathos démesuré : l’enfance. Ou plus exactement, l’enfance volée.

Parce qu’on aimerait tant qu’un enfant soit insouciant, joueur, malicieux, entouré d’amour et de soins, amené avec bienveillance, doucement et tendrement vers l’âge adulte et ses responsabilités, ses questionnements, ses choix, ses dilemmes.

Parce qu’on aimerait qu’enfance rime avec innocence. Innocence dans le sens d’une enfance préservée, protégée de la brutalité que peut revêtir l’existence, de la férocité qui peut prévaloir dans les rapports humains, de la noirceur d’un destin qui parfois s’acharne.

Mais on sait que la réalité peut se nicher bien loin de notre idéal.

« L’enfant perdu » est donc l’histoire d’innocence fauchée, d’amour maternel défaillant, de repères paternels chancelants, de valeurs corrompues et de modèles déchus, de violences abjectes, d’autorités iniques. C’est aussi l’histoire d’adultes indigents d’esprit et de cœur, lâches et faibles, malades et déséquilibrés.

A travers une trame policière sans prétention retentit l’histoire d’enfants grandis trop vite, confrontés à des situations qui les condamnent à la désillusion, à des violences qui les obligent à acquérir une dureté de tempérament, un dessèchement des sentiments. Mais c’est aussi un roman sur l’amitié. Les personnages de Johnny et de Jack, antithèses de Tom Sawyer et Huckleberry Finn, sont très aboutis, attachants et bouleversants.

Une lecture d’été qui s’adresse avant tout à l’émotion.

Et si vous jetiez un oeil sur...