Examen critique de la pétrification, de Thorne Smith (trad. Anne-Sylvie Homassel, éd. L’Oeil d’or)


Thorne Smith est un écrivain américain décédé en 1934. Parfois adaptées au cinéma, comme « Ma femme est une sorcière» et souvent source d’inspiration pour des séries télévisuelles (souvenez-vous de « Ma sorcière bien-aimée »), ses œuvres se caractérisent par une dose de surnaturel à laquelle se mêlent beaucoup d’irrévérence, d’absurde et de burlesque.

Ainsi en est-il de cet « Examen critique de la pétrification », traduit aux éditions de l’Oeil d’or par Anne-Sylvie Homassel à qui nous devons également la traduction de « Zuleika Dobson ». Sous le titre original « The night life of the gods », il fut publié la première fois en 1931 dans un pays qui vit alors un tournant historique.

Avec l’euphorie des « roaring twenties », l’ American way of life a promu le travail et l’argent comme valeurs essentielles de tout citoyen modèle, permettant ainsi à la réussite matérielle de s’exhiber sans complexes. Cependant, la morale est flottante dans ce pays au puritanisme que les tentations de plus en plus nombreuses, attisées par l’essor des médias de masse, risquent de pervertir.

Puis intervient la Grande dépression et les tentatives de sauvegarde des mœurs par des lois et règlements rigoureux. Ainsi se trouve promulguée la Prohibition qui interdit la consommation d’alcool. Le code Hays quant à lui s’applique à la production cinématographique et vise par la censure à préserver la décence et les convenances d’une société modèle.

Ainsi, la représentation du sexe, voire de la seule nudité, est bien entendu jugée répréhensible. Même à travers le biais de l’humour, il est fortement malvenu de se moquer de la religion ou des institutions garantes de l’ordre, représentantes de la nation.

Et Thorne Smith, quelques années après Sinclair Lewis et son « Babitt » mais dans un tout autre style, s’attaque justement à ce conformisme ambiant. Il met en scène Hunter Hawk, chimiste amateur et scientifique dilettante, qui met au point chez lui un rayon pétrifiant capable de changer tout être humain en pierre.

Hippie avant l’heure, libertaire et dissolu, Hawk se caractérise aussi par sa causticité et son flegme désabusé. Il aime le vin, les femmes et les pantalonnades. En compagnie d’un charmant et sensuel lutin féminin de 900 ans qui lui apprendra à rendre le processus réversible, il fait un pied de nez à toutes les conventions sociales en vigueur.

D’abord, il pétrifie sa famille, petits-bourgeois arrogants à la vénalité affichée, qui usait et abusait de sa générosité. Ensuite, il transforme une soirée mondaine organisée par des voisins pédants en grosse farce orgiaque. Puis il s’attaque au bedeau lors d’une messe solennelle. Insolent, il tourne en dérision les forces de l’ordre et les entraîne dans des courses poursuites ridicules jalonnées de dialogues absurdes. Enfin, il décide de redonner vie à des statues du Metropolitan museum of Art de New York. Evidemment, il choisit les personnages les plus licencieux et roublards de la mythologie romaine. En compagnie de ces illustres trublions, il va semer une joyeuse zizanie sur son passage, prônant l’ivresse, le chapardage, la concupiscence et le plaisir, le tout dans un esprit qui reste très bon enfant.

Illustré sobrement mais efficacement par Sarah d’Haeyer, ce livre est une incursion dans l’insolence et la loufoquerie d’un auteur qui sera source d’inspiration pour de nombreux autres artistes de la sphère anglophone.

Aux amateurs de littérature vintage et dissipée…

Merci aux éditions de L’œil d’or pour cette découverte !

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Commentaires

[...] l’insouciance où il est interdit de s’ennuyer comme l’illustre Thorne Smith dans « Examen critique de la pétrification ». C’est aussi l’époque qui voit naître le hard boiled, cette littérature noire [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 22.02.12 à 19 h 58 min
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