L’homme intérieur, de Jonathan Rabb (trad. Bernard Cucchi, éd. 10/18)
Souhaitant continuer à explorer le Berlin de la République de Weimar, après le « Poisson mouillé » de Kutscher qui m’a laissée sur ma faim, j’enchaîne sur « L’homme intérieur » de Jonathan Rabb.
L’intrigue annoncée met en toile de fond le milieu du cinéma : malin, puisque c’est l’âge d’or du de l’expressionnisme allemand. Nous rencontrons donc très vite Fritz Lang au début du roman alors qu’il effectue un nouveau montage de Metropolis. Sa femme, Théa von Harbou, est la co-scénariste de tous ses films. Leur entente commence cependant à s’effriter depuis que Théa s’est rapprochée des milieux d’extrême-droite et notamment le funeste parti national-socialiste des travailleurs allemands.
Dans les studios de Babelsberg, l’Universum Film AG règne en maître sur la production cinématographique allemande. La rivalité avec les studios d’Hollywood bat son plein, non seulement sur le plan culturel, mais aussi sur le plan économique puisque nous sommes tout juste après l’invention du cinéma parlant. La voix d’Al Jolson a résonné pour la première fois dans une salle de cinéma en 1927, dans le film « The Jazz singer ».
Depuis, de nouveaux procédés de sonorisation toujours plus à la pointe de la synchronisation sont à l’essai, de part et d’autre de l’Atlantique. Il semblerait que les Allemands aient un coup d’avance…
C’est dans ce contexte qu’entre en scène l’inspecteur Hoffner, chargé d’enquêter sur le suicide suspect d’un cadre de l’UFA retrouvé mort dans sa baignoire. Grâce à ses entrées dans le milieu de la mafia berlinoise, Hoffner va remonter la piste des assassins et découvrir de nombreuses ramifications entre les milieux du cinéma, de la politique, de la presse, de l’armée, de la pègre, de la pornographie…
Parcourant la ville de nuit, il traîne sa « bourritude » de clubs à touristes tapageurs en bouges souterrains licencieux, s’imbibe héroïquement d’alcool, prend et donne des coups aussi virils que son statut de flic l’exige. Témoin privilégié de son époque, il assiste à la montée de l’antisémitisme, à l’homophobie, à la violence des SA, à l’anti-communisme, à la dépravation des moeurs affolées et assoiffées d’extrêmes depuis l’humiliation et les sanctions infligées par le traité de Versailles. Amoureux d’une américaine qui croise le chemin de l’enquête, il se débat également dans des conflits familiaux et assume assez mal sa paternité.
Jonathan Rabb parvient à nous faire sentir la ville, faussement endormie et sage le jour, chaude et dangereuse la nuit. Il évoque à travers tout le roman les activités officielles mais aussi les intérêts sous-jacents des différents milieux influents de l’époque. Le titre original « Shadow and light » est à ce compte-là beaucoup mieux approprié que le titre français.
Cependant, l’intrigue m’a semblé extrêmement nébuleuse. Cela vient de plusieurs faits. Le premier tient à ce que ce roman est le prolongement d’un premier opus intitulé « Rosa » (entendez Luxemburg), qui n’a pas encore été publié en France. De nombreuses allusions à la vie privée d’Hoffner dans « L’homme intérieur » font directement référence au « premier épisode » et nous restent donc complètement opaques.
De plus, l’écriture de Rabb est très elliptique : il recourt à l’emploi de très nombreux pronoms parmi l’écheveau duquel on finit par se perdre, les dialogues sont confus, les sous-entendus continuels, les non-dits permanents. Les questions répondent aux questions, les points de suspension ponctuent de trop nombreuses phrases, les digressions dans les explications sont trop longues, tant et si bien que je me suis complètement perdue dans l’imbroglio de l’enquête. Certes, j’ai les éléments du puzzle, mais rien de concret pour les assembler. Donc, je ne sais pas clairement qui, pourquoi, comment. L’auteur aurait pu me vendre n’importe quelle intrigue fumeuse, je n’ai pas les moyens d’en juger parce que c’est moi qui ai été enfumée…
Une nouvelle déception donc… Mais je ne désespère pas ! Prochaine tentative à venir (et le nombre de pages ne m’impressionne pas) : Philip Kerr.
A suivre…
Ici un avis totalement opposé sur « L’homme intérieur ».
















Commentaires
[...] et l’Allemagne nazie, j’attendais beaucoup de Philip Kerr. Le Poisson mouillé de Kutscher et L’Homme intérieur de Rabb ne m’avaient pas convaincue et autour de moi, on me conseillait vivement de me plonger dans [...]
[...] à la complexité des circonstances et de l’âme humaine. Plus réussi à mon avis que les Jonathan Rabb ou Volker Kutscher dans la catégorie policier, « Deux dans Berlin » rappelle inévitablement [...]
[...] d’une future série annoncée, « Budapest la noire » s’inscrit dans la lignée de « L’homme intérieur » de Jonathan Rabb, de « La trilogie berlinoise » de Philip Kerr ou du « Poisson [...]