Ah, si j’étais goy, de Catherine Fugh (éd. Plon)


Dans la droite lignée de Nicole de Buron, voici un récit humoristique enlevé et très plaisant qui, contrairement à ce que son titre pourrait laisser croire, est loin de se focaliser sur l’aspect religieux.

Ecrit à la première personne, ce roman relate la vie quotidienne d’une famille composée d’une mère approchant de la cinquantaine et de ses quatre enfants.

Divorcée trois fois, Véronique est un petit bout de femme dynamique et soupe au lait qui veille tendrement sur son fils et ses trois filles. Traductrice de profession, elle mène tout de front et avec bonne humeur, dans un esprit anti-conformiste savamment entretenu depuis son adolescence. Farouchement attachée à son indépendance, elle décide douloureusement de ne plus s’encombrer d’hommes dans sa vie et de « couper le cordon » avec sa mère et son père. Mais les promesses s’érodent facilement quand on a un coeur tout mou…

Ses enfants lui font également des misères : voilà qu’un beau jour, ils décrètent vouloir se rapprocher de leurs racines juives alors même que Véronique les en avait scrupuleusement tenus à l’écart. Ils veulent donc porter fièrement une étoile de David autour du cou, allumer les bougies à Hanouka (il y a encore plus d’occasions de cadeaux qu’à Noël !), faire le jeûne à Kippour, fêter Pessah dans les moindres détails, pratiquer le Shabbat, aller à la synagogue et ne plus manger de porc. Réticente voire carrément hostile au début, Véronique va peu à peu trouver dans ce retour à la tradition un doux réconfort, humainement enrichi par la rencontre avec la famille Nataf, si généreuse et chaleureuse. Se laissant doucement apaiser par cette réconciliation avec ses origines, elle accepte de se faire à nouveau appeler Déborah, son prénom de naissance.

Le récit est truculent et souvent drôle, émaillé de saynètes très « cinématographiques », comme cette soirée de retrouvailles très bourgeoise où Véronique, à l’humeur déjantée, flanquée de ses enfants curieux et excités, revoit d’anciennes amies de lycée toutes plus coincées les unes que les autres.

Le ton est vif, le vocabulaire imagé, mais la tendresse et l’émotion affleurent souvent au fil des pages. Tout en étant d’apparence légère, les tribulations de cette famille abordent des thèmes plus graves comme les relations parents-enfants, la solitude d’une femme mûre qui tente d’assumer ses contradictions, le retour aux « sources » comme baume au coeur dans une existence chaotique.

Un agréable moment de lecture, sans prétention et divertissant.

lecture dans le cadre de l’opération Masse Critique de Babelio

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