C’est de l’eau, de David Foster Wallace (trad. Charles Recoursé, éd. Au diable Vauvert)


David Foster Wallace est un auteur américain encore peu connu en France mais considéré outre-Atlantique comme une grande figure de la littérature contemporaine.

Il est l’auteur d’essais (« Un truc soi-disant super auquel on ne me reprendra pas »), de romans (« La fonction du balai ») et de nouvelles (« Brefs entretiens avec des hommes hideux », « La fille aux cheveux étranges »).

Il n’est pas forcément facile à appréhender et son écriture dense, imagée, galopante, truffée de jeux de mots et de digressions narratives peut dérouter (je vous rassure, « c’est de l’eau » se distingue totalement de ce style littéraire).

Son œuvre la plus emblématique est un roman labyrinthique de 1996 intitulé « Infinite Jest », dont la publication est prévue au Diable Vauvert, éditeur inspiré qui s’est lancé dans la traduction de l’œuvre de cet américain hors norme, amateur de philosophie et digne représentant des nouveaux hipsters. Outre-Atlantique, de nombreux fans attendent impatiemment la publication posthume d’un roman inachevé annoncée pour le printemps prochain.

L’œil de David Foster Wallace se pose ironiquement sur la société de consommation, de spectacle et de divertissement, cruellement sur la perte de l’identité et du sens dans ce monde d’apparences, tristement sur les troubles compulsifs liés à une dépendance maladive. Le monde décrit par DFW n’est pas rose, non, il est acide comme un bonbon, écœurant sous son emballage coloré et vif. Même si l’auteur l’aborde sous l’angle de la dérision et de l’apparente légèreté, voire du fantasque, ses descriptions laissent un goût amer. Encore plus lorsque l’on sait que DFW a mis fin à ses jours à l’âge de 46 ans.

Dans ce contexte-là, « C’est de l’eau », retranscription d’une allocution de 25 minutes devant des étudiants du Kenyon College en 2005 pour leur remise de diplôme, apparaît comme une bulle de bonheur, de sagesse, d’empathie et de bienveillance.

Un peu d’humilité et de compassion distillées par David Foster Wallace dans ce monde de brutes. En quelques mots et quelques images, il nous invite à sortir de notre égocentrisme arrogant et à nous ouvrir aux autres, rendant ainsi notre vie plus douce et celle d’autrui moins pénible.

Les quelques phrases simples et les paraboles humoristiques ont le pouvoir immédiat d’apaiser le lecteur, de le détendre et de le faire sourire, de lui ouvrir les portes de l’altérité.

Comment transformer les petites piqûres empoisonnées du quotidien, les « frustrations mesquines », en instants de clémence et de grâce. Comment faire de nous, harpies hargneuses lâchées dans la routine agressive de notre petit environnement malfaisant, des apôtres de la mansuétude et des ambassadeurs de sociabilité affables et prévenants.

« Et j’avance que, au-delà des conneries, la véritable valeur d’une éducation aux sciences humaines devrait être la suivante : comment faire pour traverser votre vie d’adulte à l’aise, prospères et respectables sans être morts, inconscients, serviteurs de votre esprit et de la configuration par défaut qui vous veut solitaires, royalement seul, jour après jour après jour. »


Alors on a envie de garder ce petit livre continuellement sur soi, pour s’y replonger et s’imprégner à nouveau de tolérance dans nos moments misanthropiques les plus aigres. Petit guide à travers les méandres de nos choix et de nos appréciations :

« Vénérez votre intellect, l’impression d’intelligence que vous donnez, et vous finirez par vous sentir idiots, des imposteurs toujours à deux doigts d’être découverts. »

Et on a aussi envie de l’offrir à tous ceux qu’on aime, en partage, en cadeau, juste parce qu’on les aime et qu’on leur souhaite le plus grand bien.

Mais mieux encore : on a envie de l’offrir à nos pires ennemis ! Ceux qui nous pourrissent la vie, qui nous détestent et nous obligent à les détester en retour, ceux qui nous mettent des bâtons dans les roues, refusent de nous entendre, de nous comprendre, les affreux aliens que sont parfois nos voisins, nos collègues, nos familles, ou même des inconnus qui nous font perdre nos précieuses minutes en étant ce qu’ils sont et en occupant leur place. Mon dieu, j’en ai quelques uns sur ma liste qui sont autant d’échardes dans mon talon d’Achille !

Pour à peine le prix de deux paquets de cigarettes, « C’est de l’eau » vous fait du bien et assainit le monde autour de vous. Il représente le cadeau idéal en toutes occasions, le geste qui ne peut que vous faire passer pour la personne la plus délicate et sensible, la plus humaine de la création.*

Achetez-en un stock et propagez la bonne parole autour de vous, vous ne le regretterez pas.

* note à mon entourage : ceux à qui je l’offre sauront naturellement se ranger parmi mes amis ou mes ennemis… En cas de doute, n’hésitez pas à lever le lièvre mais considérez en tout état de cause que c’est un geste d’ouverture !

Merci au service de presse du Diable !

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