La vieille au buisson de roses, de Lionel-Edouard Martin (éd. Le Vampire Actif)


Lionel-Edouard Martin est un merveilleux conteur. Lire « la vieille au buisson de roses » est un enchantement de l’imagination qui nous ramène délicatement  à la croisée des chemins entre contes de notre enfance et angoisses de notre existence.

Ses mots nous envoûtent, nous transportent : exquise poésie magnétique des images qui nous saisit et nous impressionne, hommage délié et caressant à la langue si gracieusement et talentueusement honorée.

Les personnages qui naissent sous sa plume sont incroyablement doux et attachants, éveillant par touches sensibles compassion et humilité dans une pénétrante alternance entre retour sur soi et ouverture au monde.

L’écriture est lumineuse, sensible, généreuse, érudite tout en restant simple et limpide.

« La vieille » m’a tour à tour et curieusement évoqué « La petite fille aux allumettes », « les Fées » et la « Belle au bois dormant » : misère de sa condition et ombre menaçante de la mort, mots précieux qui s’envolent de sa bouche comme autant de perles et de joyaux, errance symbolique dans une forêt impénétrable…

Mais qu’elle est belle cette petite vieille, courbée dans la rue froide vers une messe de Noël insolite, maigre et nue sous l’eau qui purifie et réconforte, laborieuse dans son jardin  sous une pluie de pétales, seule dans sa cahute hors d’âge à suivre pas à pas, jour après jour, le chemin inexorable de son existence solitaire !

Elle est belle parce qu’elle nous apparaît terriblement humaine, dénuée de tout artifice, délivrée des apparences, pure et vierge, candide et olympienne. Elle suscite à la fois l’instinct de protection mais force aussi l’admiration ; son sort ne semble pas enviable, et pourtant on aimerait que ce soit notre aïeule, notre grand-mère, celle dont on hérite un jour.

Cette petite vieille nous paraît bien misérable et pourtant,  cette « bigote » aux lubies que plus personne ne relève ou presque, cette vieille fille qui traverse la vie sans bouleverser celles des autres connaît des épiphanies aux multiples merveilles ! Cette petite vieille sur laquelle nous nous apitoyons si facilement est pourvue d’un don que d’aucun s’empresserait de qualifier de dérangement mental. N’empêche, toute insignifiante et piteuse qu’elle paraisse, elle n’en est pas moins extraordinaire…

Cette petite vieille est miraculeuse et belle et suscite en nous des sentiments si doux et réconfortants, comme la bonté, l’apaisement, la douceur… Elle représente le bâton de vieillesse de nos existences frénétiquement orgueilleuses.

« La vieille au buisson de roses » est un charme qui répond merveilleusement à notre besoin de consolation.

Vierge au jardinet, maître rhénan anonyme

Merci au service de presse des éditions du Vampire actif, petite maison d’édition associative que Karine Cnudde présente dans un entretien sur le blog « Bartleby les yeux ouverts! »

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Commentaires

Voilà qui m’intrigue par les thèmes soulevés! merci.

posté par Mirontaine le 08.11.10 à 9 h 50 min

une découverte très intéressante ! et une lecture pour gens curieux et amateurs d’humanités !

posté par La Ruelle bleue le 08.11.10 à 12 h 03 min

Une belle découverte en perspective !
Ton enthousiasme m’a convaincu !
Merci mon amie.
À très bientôt

posté par Richard le 08.11.10 à 17 h 36 min

Bonjour Richard ! oui, une belle découverte, une vraie perle, proposée par une toute petite maison d’édition !

posté par La Ruelle bleue le 09.11.10 à 8 h 20 min

Encore une rencontre bien tentante… de ces êtres à la tête étoilée qui vivent à l’écart de l’agitation du monde, les bienheureux !

posté par moustafette le 09.11.10 à 14 h 19 min

oui moustafette ! une grande parcelle d’humanité et une belle langue, amoureusement chantournée…

posté par La Ruelle bleue le 09.11.10 à 16 h 25 min

« La Vieille » est un livre magistral d’un auteur qui, après une vingtaine d’ouvrages, demeure toujours marginal, ou négligé. Il est pourtant de la taille d’un Millet, ou d’un Michon. Qui plus est, il atteint avec ce livre-ci quelque chose d’assez sublime ; bref, c’est, pour moi, son meilleur, à tout le moins celui qui m’a le plus touché.

posté par Marc V. le 17.11.10 à 21 h 14 min

je suis bien d’accord : ce livre est une véritable petite épiphanie pour le lecteur… il se passe quelque chose de précieux entre ineffable et grâce…

posté par La Ruelle bleue le 18.11.10 à 8 h 43 min

Merci pour la découverte de ce petit bijou, j’ai adoré !

posté par moustafette le 05.12.10 à 17 h 01 min

Ah! Ça me fait plaisir ! Merci pour le retour !

posté par La Ruelle bleue le 05.12.10 à 18 h 04 min
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