L’échiquier de la reine, de Yann Kerlau (éd. Plon)


Ce roman historique retrace la vie de Christine Alexandrine Vasa, reine de Suède au temps de Louis XIV.

Femme d’exception, la jeune Christine est un esprit indépendant et libre, qui rêve autant de gloire et de postérité que de liberté et d’indépendance. Son tempérament fougueux et affranchi l’incite à privilégier les voies difficiles de la dissidence et de l’anti-conformisme.

En premier lieu, elle se distingue par son éducation et son érudition tant en lettres qu’en sciences. Insatiable lectrice, polyglotte éclairée, toujours avide de nouvelles connaissances, Christine force le respect par son savoir et son intelligence.

Curieuse et ouverte d’esprit, elle côtoie volontiers les découvreurs, les inventeurs, les penseurs et autres hommes de réflexion. Elle entretient de savantes correspondances avec Descartes, Pascal, Leibniz, Spinoza, joue les défenseurs tutélaires de la liberté d’expression et se plait dans le rôle de mécène.

Sensible à l’art, son besoin de posséder de belles choses la pousse tout au long de sa vie à dépenser des sommes folles pour enrichir une collection d’œuvres d’artistes fameux dont le Vatican hérite à sa mort. Elle s’intéresse également de près à la musique et au théâtre.

Très attachée à sa liberté, elle n’aura de cesse de provoquer ses contemporains en prenant des décisions aussi surprenantes que discordantes, tant dans sa vie privée que dans sa vie publique : refus du mariage et de la maternité, amours licencieuses, abdication, défense de la liberté du culte, conversion au catholicisme (alors même que son père dont elle est la plus fervente admiratrice était un héros protestant de la guerre de Trente ans).

Pour autant, c’est une femme à l’autorité écrasante qui aurait fait un fabuleux despote si elle avait conservé le trône de Suède. Sensible à la flagornerie, hautaine et arrogante, elle aime entretenir une cour autour d’elle et étendre sa toute-puissante protection sur des personnes qu’elle distingue. Mais elle est aussi capricieuse, ombrageuse et vindicative jusqu’à se montrer sans scrupules quand il s’agit de punir quelqu’un qui la déçoit ou défendre ses intérêts. Elle ne recule ni devant la manipulation, ni devant le meurtre.

Pénétrée de sa majesté et de sa haute naissance, elle met à point d’honneur à se montrer l’égale, voire la supérieure, des autres grands du monde. Retirée officiellement des affaires politiques, il lui arrive de prendre sa plume et de conseiller les rois et le pape, parfois en appelant à la tempérance, parfois en jouant sa propre partition. Infatigable voyageuse, elle sillonne l’Europe pour étendre son influence et placer ses pions. Vénale et un rien mégalomane, elle n’hésite pas à tremper dans des complots et des intrigues qui pourraient lui assurer pouvoir et renommée.

La reine Christine de Suède est donc un véritable personnage romanesque, passionné et complexe qui a par le passé suscité déjà nombre de romans, biographies et autres fictions tel le film de Rouben Mamoulian en 1933 avec Greta Garbo dans le rôle titre.

Dans le livre de Yann Kerlau, elle domine de sa suffisance et de sa superbe un récit dont les autres personnages se trouvent de fait et défavorablement éclipsés, voire sacrifiés. L’emprise trop écrasante de cette « Minerve du nord » nuit malheureusement à la densité de l’ensemble. Pour autant, le XVIIème siècle est plaisamment restitué et la lecture se trouve être agréable et plutôt addictive. Une idée tout à fait honorable en ces temps de quête frénétique de plaisir à offrir !

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