Renaissances africaines : le continent noir décrypté par l’un des siens, de Marcel Zadi Kessy (éditions des îlots de résistance)
Marcel Zadi Kessy est un entrepreneur ivoirien, un des tout premiers grands chefs d’entreprises africains à diriger une multinationale européenne. Tout en menant une longue et brillante carrière professionnelle, cet homme aujourd’hui âgé de 74 ans est resté très attaché à son village natal et aux traditions africaines qui ont bercé son enfance et forgé sa personne.
Depuis plusieurs années, fort de son influence et de son expérience, il milite ardemment pour la cause africaine et plus particulièrement pour faire de son pays, la Côte d’Ivoire, la locomotive du développement politique, économique et social du continent noir en se fondant sur un principe simple : le changement ne viendra pas des impulsions données d’en haut par des élites politiques ou économiques mais par une prise de conscience et la responsabilisation des éléments de base de la société.
La tête dans le modèle mondial dominant qui prône la démocratie en politique et la croissance économique, le cœur rivé à ses racines et à l’héritage culturel de son village de la forêt équatoriale, il tente d’ouvrir une voie qui pourrait relier ces deux mondes a priori tellement différents que d’aucun se permette encore aujourd’hui de dénier à l’homme africain sa place dans l’Histoire.
Dans ses conversations avec le journaliste Jean-Luc Mouton, il expose avec bienveillance et dans un esprit d’objectivité le fruit de ses longues années de réflexion et d’expertise. Il nous livre sa vision conciliante et constructive des rapports entre les pays africains et leur ancienne puissance coloniale, dénonce les méfaits d’un modèle encore aujourd’hui imposé, fait un état des lieux des faiblesses et des forces de l’Afrique pour mieux proposer une solution de développement adaptée à la culture africaine, à laquelle l’homme du peuple puisse adhérer pour mieux la mettre en œuvre.
Il nous parle du colonialisme et de ses conséquences, de la mutation trop rapide et subie de la société africaine qui l’a totalement déstabilisée, de sa précarité et de sa pauvreté qui font obstacle à sa croissance, de la méconnaissance du monde occidental envers le continent africain (et vice versa) et des rancœurs qu’il faut mettre de côté pour avancer.
Il aborde le sujet brûlant de la « Françafrique », le problème de la corruption et du manque de maturité de la classe politique africaine ; il s’interroge sur la pertinence de la transposition du modèle démocratique à laquelle sont soumises les aides internationales au développement ; il détaille les valeurs fondamentales du continent noir qui représentent un formidable atout, mais parfois aussi un frein. Il cherche à les concilier avec les bonnes pratiques du monde occidental pour ouvrir à l’Afrique une voie vers le développement qui ne soit pas celle imposée, et totalement inadaptée, par l’homme blanc.
Dans le constat qu’il établit des échecs occidentaux, et donc de ce que les Africains ne doivent pas reproduire, force est de constater que la solidarité, valeur phare en Afrique, a largement été malmenée dans le modèle de croissance des sociétés dites « modernes ».
Dans un esprit de médiation et d’ouverture, son discours, qui parfois peut surprendre ou comporter quelques contradictions, est avant tout un appel à la tolérance et à l’écoute, un pont entre deux civilisations dans un contexte de mondialisation.
Convaincu des ressources et des richesses tant économiques que sociales du continent africain, il porte haut et fort l’espoir de voir ses compatriotes, et les autres pays, mettre un terme à la mal gouvernance et accéder à leur liberté de décision et de parole, faire leur propre choix de société en conformité avec leurs valeurs, conquérir la reconnaissance et la place qui leur revient, prendre en main de façon autonome et volontaire la destinée de leur pays et démontrer ainsi qu’Afrique ne rime pas avec lenteur, pauvreté, mauvaise éducation, superstitions, guerres, corruption, clientélisme et sociétés archaïques.
Une vision positive des rapports Nord-Sud et un élan vers une troisième voie salvatrice par un sage africain.
















Commentaires
Très bon billet sur ce livre que je m’empresse de noter. Ayant passé quelques temps en Afrique, je suis persuadée qu’en tant qu’Européen, on ne pourra jamais totalement comprendre la culture et les subtilités de ce continent et que donc les solutions doivent venir de l’Afrique elle-même (loin d’être uniforme d’ailleurs). Ce livre me parait donc absolument passionnant. Merci pour la référence, je l’avais complètement loupé sur les étalages des librairies.
je ne suis pas sûre que toutes les librairies le proposent en stock (c’est peut-être pour cela qu’il t’a échappé), mais sur commande, c’est sans problème !
Bonjour mon amie,
Un excellent commentaire où on y retrouve ta sensibilité pour l’humain et ta qualité d’écriture.
Merci pour ce moment de réflexion que tu as réussi à partager, grâce à ta tête et grâce à ton coeur !
Amitiés
merci Richard ! tu ne le vois pas, mais là, je pique un fard…
Je découvre tardivement cette chronique efficace. Zadi Kessy est un grand serviteur de l’état ivoirien. Son propos est intéressant à lire au soir de sa vie.
Un interlocuteur certainement précieux pour la coopération entre les pays et les peuples…