Le signal, de Ron Carlson (trad. Sophie Aslanides, éd. Gallmeister)


« … et il se mit à errer dans la forêt, à la recherche d’un cœur qui battait. »

Je connaissais Jim Harrison comme écrivain talentueux des grands espaces nord-américains. Il faut maintenant compter sur Ron Carlson qui dans son dernier roman nous entraîne dans les montagnes rudes et sauvages du Wyoming, le temps d’une randonnée épique qui marque le tournant d’une vie.

Mack est un jeune homme solitaire. Il a passé son enfance taciturne dans le ranch de son père veuf, au milieu du bétail, des chevaux et des animaux sauvages de la contrée. Le seul contact avec le monde extérieur était maintenu par d’occasionnels et riches touristes venant découvrir la vie rustique des montagnes de l’Ouest, accueillis l’été au ranch qui renflouait par ce moyen son exploitation déficitaire.

Mack fait ainsi la connaissance de Vonnie qui tombe sous le charme de ce cow-boy au charme ténébreux. La jeune fille quitte sa famille pour l’épouser et vivre avec lui, au ranch dont il hérite trop tôt. Mais les soucis financiers se creusent, la communication et l’entente entre les deux époux marquent le pas.

Mack tourne mal : il boit et fréquente des trafiquants peu scrupuleux. Il trompe Vonnie qui finit par le quitter. De déboires en mauvaises décisions, Mack se retrouve en prison pour purger une peine de quelques mois.

A sa sortie, il a rendez-vous avec Vonnie pour une ultime randonnée qui doit autant sceller leur réconciliation amicale que leur rupture amoureuse. Au programme : camping sauvage et pêche à la mouche. Mais Mack, toujours en proie à des difficultés financières, doit également lors de cette virée entre forêts et montagnes remplir discrètement un autre objectif fixé par un trafiquant.

Alors qu’il rétablit peu à peu le dialogue avec Vonnie, la randonnée tourne au drame…

Le charme du roman réside beaucoup dans la description de la nature et l’ambiance à la fois inquiétante et émerveillée de  cette randonnée aux portes de l’hiver, sous la sombre frondaison des forêts, vers les lacs solitaires et glacés, dominée par les cimes enneigées et majestueuses des montagnes menaçantes et fascinantes. Les ours rodent, le silence règne, la pluie ravine les sentiers : tout cet univers est à la fois grandiose et inquiétant.

Entre retour au source et soumission aux forces brutes, l’homme est un intrus dans cet espace inapprivoisé, mais aussi un élément affranchi de ce monde qui retrouve à son contact certaines valeurs perdues. Même s’il a disposé ses marques et ses repères dans cet univers plutôt hostile, il se trouve faible et démuni, sa fragilité et sa vulnérabilité sont exacerbées. Et pourtant, le danger le plus redoutable ne vient pas des forces de la nature mais de certains même de ses congénères. Et brutalement, il est projeté hors de ses problèmes matériels pour être confronté à sa propre survie et à ce qui constitue pour lui l’essentiel.

Une excursion âpre et rude dans une nature vivifiante comme symbole de dépouillement de soi et de passage d’un cap existentiel.

Merci au service de presse des éditions Gallmeister !

Et si vous jetiez un oeil sur...



Commentaires

Bonjour mon amie,
Il me semble ne pas sentir d’enthousiasme dans ton billet.
Je me trompe ?
Je devrais le mettre sur ma liste ?

Amitiés

posté par Richard le 05.01.11 à 12 h 22 min

Bonjour Richard ! Si, si, c’est un roman que j’ai apprécié, sans avoir certes atteint le septième ciel, mais je l’ai trouvé intéressant surtout par son ambiance « grands espaces » sauvages et « hommes rudes ». Toutefois, je ne sais si je dois te le conseiller car nous avons souvent des goûts différents (dernier cas en date, j’ai vu dans ton dernier billet tes éloges sur la Religion de Tim Willocks que j’ai pour ma part détesté !). Vive la divergence !

posté par La Ruelle bleue le 05.01.11 à 12 h 28 min

J’ai caressé la quatrième de couverture hier! Un très bon roman pour la « nature writting »!

posté par Mirontaine le 05.01.11 à 13 h 09 min

oui Mirontaine, il trouve en effet vraiment sa place dans la collection « nature writing » de Gallmeister !

posté par La Ruelle bleue le 05.01.11 à 13 h 49 min

J’adore Jim Harrison, et j’ai aussi beaucoup apprécié les deux premiers volets du cycle de Craig Johnson, publiés par les mêmes Editions Gallmeister, et dans lesquels la nature et les grands tiennent également une place prépondérante. Du coup, je crois que j’évite de lire d’autres romans dans le même style, de peur de me lasser, et qu’ils ne tiennent pas la comparaison avec ce que j’ai lu précédemment.

posté par Ingannmic le 05.01.11 à 14 h 31 min

Je n’ai pas lu les Craig Johnson, je ne peux donc pas te dire si le risque de lassitude te guette avec ce livre… Peut-être à se mettre dans un coin de tête pour plus tard ?

posté par La Ruelle bleue le 05.01.11 à 14 h 51 min

Déjà repéré et noté (je résiste difficilement au nature writing). Par contre j’apprends ici que tu as détesté La Religion alors qu’il a rejoint ma PAL récemment et que bon, c’est quand même un sacré pavé. J’espère être plus du côté de Richard sur ce coup-là…

posté par zarline le 05.01.11 à 15 h 05 min

Humm… ;)
Les 600 ou 700 pages de La Religion se lisent très facilement : les personnages ne sont pas nombreux, les bons et les méchants hyper repérables, et il n’y a pas de prise de tête avec des stratégies politiques ou militaires alambiquées, ni rien de machiavélique, bref un sentier hyper balisé pour le lecteur…
Comment te dire… pour moi, « La Religion » est à la littérature ce que la plupart des grosses productions hollywoodiennes en costumes sont au cinéma… un long tunnel spectaculaire mais poussif où l’auteur alterne les démonstrations de force des héros plus que virils dans un monde de brutes sur fond de batailles sanglantes et cruelles et les scènes mièvres où les douces et délicates mais faibles héroïnes se laissent aller à des fantasmes torrides ou des ébats érotico-sensuels avec lesdits héros qui rentrent tout crottés et sanguinolents de leur rude journée. Petit spoil : Dark Vador s’est déguisé en inquisiteur… mais chuuut….
Bon cet avis plus que partial n’engage que moi évidemment… je serais intéressée d’avoir le tien : tu reviendras me dire ???

posté par La Ruelle bleue le 05.01.11 à 16 h 09 min

Je le lirai certainement car j’aime ce type de récit, j’espère simplement que Gallmeister aura un peu moins arrosé tous les blogueurs avec ce livre car trouver ensuite 30 billets sur le même livre cela fini par décourager ce qui est dommage

posté par Dominique le 05.01.11 à 17 h 09 min

ah bah non ! suffit de ne pas lire les billets, dit-elle en sciant la branche sur laquelle est assise (assez inconfortablement du reste… :)
Quoiqu’il en soit, dans le cas présent, c’est moi qui les ai sollicités…

posté par La Ruelle bleue le 05.01.11 à 18 h 13 min

Je me corrige « writing » grrr ;)

posté par Mirontaine le 05.01.11 à 20 h 29 min

Hi hi, j’adore ta description de la Religion, j’imagine déjà. Bon, ben on verra bien. En même temps, tu m’intrigues d’autant plus. Promis, je reviens te voir pour te dire si les chevaliers sanglants et les jeunes pucelles m’ont enthousiasmée ;-)

posté par zarline le 06.01.11 à 9 h 17 min

Je compte sur toi !

posté par La Ruelle bleue le 06.01.11 à 11 h 51 min

« Sukkwan island » m’avait énormément plu, car la aussi la nature y tenait une grande place, témoin grandiose du drame qui allait s’y jouer. J’avais repéré la sortie de ce roman de Ron Carlson ( je ne connais pas l’auteur)  » Le signal » et l’avais mis sur ma liste des achats de janvier.Maintenant il est là, bien au chaud sur mon étagère, pour une lecture à venir d’ici quelques semaines! j’espère que je serai emballé , ce que je ne manquerai pas de te dire ( et de faire un lien sur ton billet si tu en es d’accord bien sûr, lorsque je mettrai le mien en ligne le moment venu.). Je ne sais pas si c’est la saison ou le contexte mais c’est vrai qu’en ce moment j’ai besoin d’espace et de grand air ! Je ne dois pas être le seul ! :)

posté par bruno le 08.01.11 à 11 h 48 min

pour un un autre bol d’air vivifiant, après « le Signal », il faut compter sur « Serena » de Ron Rash que je suis en train de dévorer… Intrigues dans les Smoky mountains de Caroline du Nord sur fond de Grande Dépression. Mais je suppose que tu l’as aussi dans le collimateur !

posté par La Ruelle bleue le 08.01.11 à 15 h 24 min

J’ai beaucoup apprécié cette lecture également, la nature y est vraiment superbement décrite et les personnages assez fouillés pour que l’on s’y intéresse rapidement. J’ai hâte aussi de lire le dernier Ron Rash.

posté par Aifelle le 12.01.11 à 17 h 25 min

et beaucoup de choses sont dites avec un minimum de moyen !

posté par La Ruelle bleue le 12.01.11 à 20 h 31 min

Je viens de le commencer. C’est pas mal mais le lien avec Harrison m’échappe un peu…Il suffit qu’on écrive sur les « grands espaces », que la nature joue un rôle prépondérant et on nous ressert le couplet sur Jim…Heureusement que ça ne se passe pas dans le sud, on nous aurait ressorti Faulkner…Tiens au fait, je t’ai parlé de « Montana 48″? (sic…)Bon, je sors…

posté par cynic63 le 25.01.11 à 13 h 13 min

« Montana 48″ ? Non, tu ne m’as pas du tout parlé de ce roman de la collection Totem de Gallmeister, signé Larry Watson que tu conseilles chaleureusement A TOUT BOUT DE CHAMP !!!! ;)
Bon, si j’ai fait référence à Jim Harrison, c’est parce que 1/ je n’étais pas inspirée et que j’ai bêtement repris l’argumentaire de l’éditeur et 2/ cela me permettait de renvoyer sur un autre billet du blog… Non, je plaisante.
Pour répondre sérieusement à ta remarque légitime : en lisant « le Signal », mon pauvre cerveau a fait son malin et s’est permis une connexion totalement libre et indépendante de ma volonté avec les « Jeux de la nuit » que j’ai lu il y a quelques mois, ou pour être plus précise avec la nouvelle intitulée « La fille du fermier ». L’élément majeur d’association a été la description de la montagne, l’image et les impressions évoquées, cette façon de rendre les éléments naturels grandioses et imposants, dominateurs et bienveillants tout à la fois. Le rappel de ces forces rémanentes aux lois desquelles nous sommes soumis relativise nos préoccupations humaines mais subliment aussi toutes les questions autour de nos rapports aux autres ou à nous-même… Quand le masque de la créature vivante « la plus évoluée » tombe face à une « mère nature » qui nous renvoie à nos faiblesses. J’ai fait le lien entre Carlson et Harrison à ce niveau-là, de façon toute personnelle et subjective et bien entendu, c’est tout à fait « discutable » !

posté par La Ruelle bleue le 25.01.11 à 14 h 37 min

Ah mais je me suis mal exprimé: ce n’était pas parce que toi (et je constate que tu argumentes là-dessus, ce qui est tout à fait légitime et honnête), tu parlais de Harrison que je me suis un peu « énervé ». Simplement, j’en avais après les éditeurs, auteurs qui commentent le travail des « collègues » écrivains ou les critiques avisés qui nous balancent des noms d’écrivains pour parler d’un autre si celui-ci aborde un thème ou évolue dans un univers proche…Je ne te visais absolument pas. Si je t’ai vexé, j’en suis désolé et je m’en excuse. Dans ce que j’ai lu d’Harrison (4 titres et pas celui auquel tu fais référence), je ne vois en effet que les grands espaces comme point commun avec Carlson. Mais bon, comme je le disais ailleurs, les éditeurs forcent un peu trop sur ces comparaisons souvent tirées par les cheveux pour nous vendre des auteurs pas encore connus

posté par cynic63 le 25.01.11 à 17 h 51 min

Aucun problème, vraiment ! J’ai bien compris ton propos. Je ne me suis pas sentie visée ni vexée ! La discussion est ouverte et ta remarque tout à fait fondée. Et c’est parce que je l’ai trouvée légitime que j’ai sauté sur l’occasion pour justifier ma référence ! Quant à certains éditeurs aux argumentaires de vente forcenés, ils suscitent une attente déçue qui finit par fatalement les desservir…

posté par La Ruelle bleue le 25.01.11 à 18 h 54 min
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