Forêts noires, de Romain Verger (Quidam éditions)


« L’enfance, ce grand territoire d’où chacun est sorti » 1, mais dans l’écheveau duquel chacun rêve de retourner pour mieux s’y égarer et se laisser à nouveau aller au  charme excitant des grands frissons merveilleux et des troubles sacrés…

Romain Verger, dont nous avons fait connaissance avec le dernier numéro du Visage vert auquel il a participé, nous propose une introspection à l’orée de ce territoire perdu, une incursion dans ces sombres forêts, symboles de l’abandon du monde de l’enfance pour celui des adultes, parcours initiatique et déroutant sur le chemin de l’existence où le dépassement de soi nécessite le passage d’épreuves spirituelles dans lesquelles le bien et le mal s’affrontent.

Entre rêve et réalité, oscillant entre merveilleux et monstrueux dans les ténébreux arcanes de nos souvenirs, ce conte fantastique reprend les grandes angoisses et les émois de nos jeunes années, explore le sentiment de perte et la crainte de l’inconnu, la peur de l’abandon et l’éveil des sens, l’appréhension ressentie d’un être en pleine métamorphose.

Sous l’égide du roman d’aventures et d’adolescence d’Alain-Fournier et de son « pays sans nom », influencé par des légendes sanguinaires de Transylvanie transmises avec effroi et fascination de génération en génération et de lieu en lieu depuis le Moyen-Âge, au pays du Soleil levant et de ses croyances issues du shintô, le personnage, ou plutôt le héros de « Forêts noires » franchit une limite temporelle et spirituelle.

Flottant entre deux mondes, il se perd sur les pentes du Mont Fuji parmi les fantômes ancestraux qui hantent une forêt diabolique et assassine, dans les brumes ataviques d’une mémoire millénaire et d’une conscience animiste. Chasse sauvage, amitié troublante, vénération aveugle, sortilèges et maléfices, tentations et désir charnel, culpabilité et remords, fièvres et nausées, peurs suprêmes et angoisses primitives sont au rendez-vous lors de l’exploration de ce territoire magique qui revêt fatalement l’aspect d’une traque orchestrée par un épouvanteur captivant et voluptueux.

Ce  voyage intime hypnotique est merveilleusement rendu par une langue qui convoque l’empire des sens : grondement de torrent, odeurs de sapins, silence oppressant, goût du sang, chansonnettes et berceuses, vins capiteux, brame nocturne, haleine carnassière, pâleur de lune, fourmillements, pouls artificiel, poigne impalpable…

Pour vous initier à l’univers envoûtant de l’auteur, vous pouvez faire un tour sur son blog intitulé Membrane, pourquoi pas justement à l’entrée « arbre », ou sur le site de Florian Gerbaud, le photographe qui a magnifiquement illustré la couverture de « Forêts noires ».

1 / Antoine de Saint-Exupéry dans « Pilote de guerre » (1942) :  » L’enfance, ce grand territoire d’où chacun est sorti. D’où suis-je ? Je suis de mon enfance comme d’un pays. »

A propos des éditions Quidam : un appel à souscription est lancé pour les soutenir. Toutes les explications sur le Clavier Cannibale de Claro

Et si vous jetiez un oeil sur...



Commentaires

Je viens grâce à toi de faire un tour sur le site du photographe : un très bel univers en effet, très original

posté par Ys le 30.01.11 à 14 h 52 min

On va dire… grâce à Romain Verger !

posté par La Ruelle bleue le 30.01.11 à 14 h 55 min

Merci mon amie,

Tes recommandations sont appréciées.
Encore une fois, une chronique riche et tellement bien écrite !
Un plaisir de lecture …

Amitiés

posté par Richard le 30.01.11 à 15 h 00 min

Merci Richard ! Tu sais que le plaisir est partagé !

posté par La Ruelle bleue le 30.01.11 à 15 h 20 min

Je viens de découvrir ce titre via un magazine acheté hier, et j’ai aussitôt su que ce livre devait rejoindre ma bibliothèque. Et puis, une fois de plus, tu en parles d’une manière tellement sensible que je me dois de l’acheter très vite !

posté par vilvirt le 30.01.11 à 15 h 21 min

Laisse-moi deviner : tu as acheté « Le magazine des livres », non ? C’est un livre très sensible et dont l’originalité et la finesse méritent vraiment notre attention. Bonne lecture !

posté par La Ruelle bleue le 30.01.11 à 17 h 24 min

Merci Nathalie de mettre une si belle lumière sur ces « Forêts noires »!
A découvrir également de Romain Verger : son extraordinaire « Grande Ourse » et ses troublantes « Zones sensibles ». Chez Quidam toujours.

posté par Irma Vep le 31.01.11 à 0 h 09 min

Ça me fait plaisir Irma de vous voir par ici ! Une chose est sûre : quand on a plongé dans l’univers des Forêts noires, on a très envie de prolonger le voyage… Et rien que les titres, notamment « Grande Ourse », sont une invitation à laquelle il est difficile de résister !

posté par La Ruelle bleue le 31.01.11 à 8 h 24 min

Je vous en prie Nathalie! Quand le plat est bon , on en reprend. C’est toujours un plaisir de passer du temps dans la Ruelle Bleue!
A découvrir aussi les contributions de Romain dans le tout premier numéro de The Black Herald Press (une nouvelle et des photographies) http://blackheraldpress.wordpress.com/magazine/
Amitiés.

posté par Irma Vep le 01.02.11 à 10 h 50 min

[...] plaisir de retrouver l’univers si particulier de Romain Verger ! Après ses Forêts noires qui m’avaient envoûtée, voici Fissions, à la couverture orageuse laissant tomber la [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 22.05.13 à 14 h 33 min
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