Flush : une biographie, Virginia Woolf (Le bruit du temps)
Vous vous souvenez peut-être de Maf le chien dont nous avions fait la connaissance cet été ? Et bien voici son illustre aïeul, Flush, le fameux épagneul victorien. Ce cocker pelucheux se prête avec grâce et humour au truchement littéraire de la vie mélancolique et passionnée de la poétesse anglaise Elizabeth Barett Browning par les bons soins de la romancière facétieuse Virginia Woolf.
S’inspirant et s’amusant de poèmes canins et de la correspondance amoureuse de son amie, Virginia Woolf propose ainsi une biographie fictive décalée et surprenante, un tableau détourné de l’étouffante et corsetée bonne société anglaise de la fin du XIXème siècle.
Flush et Maf ont beaucoup en commun : le déracinement, l’attachement béat à une jeune femme charismatique, la truculence et l’innocence de leur regard doux et parfois frondeur.
Flush vient d’une respectable famille provinciale britannique ayant peu à peu glissé dans l’infortune. D’une probable haute lignée canine quoique son année de naissance soit incertaine (1842 selon toute vraisemblance), Flush représente pour les Mitford la marque de leur gloire passée au même titre que la seule domestique qu’il leur reste.
Insouciant et batifoleur, aimant les longues gambades dans la nature et la course aux lièvres, Flush fonctionne à l’instinct et à l’odorat. Il jouit pleinement et ingénument de sa jeunesse folâtre et guillerette dans un milieu champêtre et lumineux. Il ne s’imagine pas que sa maîtresse projette d’en faire don à une amie distinguée de la haute société londonnienne.
Quel choc alors pour lui de se retrouver un jour dans la chambre ouatée et calfeutrée d’un appartement cossu, au pied d’une jeune femme pâle et alanguie, douloureusement allongée sur un élégant sofa. Flush devient ainsi citadin et chien de compagnie d’une poétesse à l’âme malade, recluse et soumise à l’autorité d’un père despotique. Le nez toujours en l’air, l’œil vif et la patte alerte, il découvre incrédule ce nouveau monde auquel il s’adapte bravement en réfrénant son énergie et sa nature enthousiaste. Il prend son rôle de compagnon et de garde-malade très à cœur et noue une relation privilégiée et exclusive avec sa nouvelle maîtresse.
A travers les yeux et les sensations de ce témoin malicieux aux oreilles aristocratiquement pendantes, nous entrons ainsi dans l’intimité d’Elizabeth Barett et assistons progressivement à sa lente et fragile éclosion à la vie : sa rencontre avec Robert Browning avec qui elle partage le goût des belles lettres, ses émois amoureux, son mariage secret, l’échappée belle au soleil resplendissant d’Italie, la naissance radieuse d’un fils… Flush nous livre également ses sentiments mitigés et jaloux à l’arrivée d’un rival, relate son kidnapping londonien crapuleux et ses aventures rocambolesques dans la campagne toscane.
Ce récit canin est un hommage espiègle et original à Elizabeth Browning, personnalité érudite et talentueuse, femme progressiste et éclairée, nature délicate et sensible, dont la vie hautement romanesque et l’œuvre enflammée ont eu un retentissement non négligeable outre-manche.
Flush : une biographie (« Flush, a biography », 1933), de Virginia Woolf, traduit de l’anglais par Charles Mauron, éditions Le bruit du temps, avec les quatre dessins de Vanessa Bell qui figuraient dans l’édition originale, 17 mars 2010, 200 pages
ISBN : 978-2-35873-015-0 / 15€
















Commentaires
Nous sommes toutes les deux plongées dans Virginia Woolf, j’ai ce livre dans ma bibliothèque mais je ne l’ai pas encore lu, je me réjouis à l’avance !
Alors tu reviendras me dire ce que tu en as pensé après l’avoir lu ! Je compte sur toi…
Je fais un blocage sur Woolf mais ce livre-ci me paraît beaucoup plus abordable que ses autres romans. Je commencerais peut-être par là pour vaincre mes a priori…
Petit volume en effet qui se lit rapidement. Je suis un peu comme toi ; j’ai du mal à entrer dans l’univers de cette romancière. J’ai essayé de lire il y a quelques années Mrs Dalloway, sans succès…
Il sera lu un jour, mais comme je le disais justement à dominique aujourd’hui, j’en ai hélas d’autres sur mes étagères, de woolf bien sur, à lire avant..;
Les étagères de livres non lus, c’est comme les sacs à main de femmes… Plus il y a de place, plus c’est ingérable ! Pour ma part, j’ai opté pour du mini dans les deux cas. C’est contraignant mais beaucoup moins flippant !
Grande lectrice de Woolf, j’ai moi aussi adoré ce petit livre succulent comme un bonbon acidulé : http://lepandemoniumlitteraire.blogspot.com/2010/08/flush-une-biographie-de-virginia-woolf.html
en effet, une vraie gourmandise !