Cent ans, Herbjørg Wassmo (Gaïa)


En voilà du souffle romanesque, du dépaysement, de la tendresse et de l’émotion ! Derrière cette belle couverture qui invite à la fois au voyage et à la confidence, Herbjørg Wassmo met en scène sa propre famille et son pays natal de façon magistrale.

Cent ans séparent sa naissance de celle de Sara Susanne, son aïeule au tempérament de feu, perdue dans les confins du temps et du Nordland, dans ces archipels rudes mais lumineux du nord de la Norvège,  près des îles Lofoten et  Vesterålen. Cent ans que l’auteure retrace, imagine, comble de souvenirs ou d’inventions, dans un récit au réalisme brillant et sensible.

Sur cette terre austère et exigeante, la vie quotidienne est éprouvante : les hommes partent au loin sur leur cotre pour pêcher le hareng ou la morue, les femmes s’occupent de la maison et des nombreux enfants. Jeunes filles, elles prennent soin de leurs frères et sœurs cadets, rêvent du grand amour et d’une vie douce, bercées par l’alternance du soleil de minuit et de la nuit boréale.

Mariées jeunes, souvent de façon arrangée, elles quittent leur foyer chaleureux et familier pour une nouvelle vie à construire, dans l’inconnu et parfois l’hostilité ou l’autorité d’une nouvelle famille. Elles deviennent maîtresses de maison, femmes de patron, mères responsables. Elles doivent s’adapter au sort qu’il leur est attribué, apprendre à aimer leur mari, s’endurcir, élever les enfants, les uns après les autres. Fortes et résistantes, elles se tuent à la tâche et s’éreintent de maternité en maternité… Parfois, elles se rebellent et font un mariage d’amour qui ne les met pour autant pas à l’abri des vicissitudes de la vie.

Mais elles restent femmes, avec des questions de femmes, des envies de femmes, des dilemmes de femmes. Le respect et la compassion pour un mari courageux et brave, la tendresse généreuse pour ses enfants, l’amour interdit pour un autre homme, le désir contrarié d’enfant ou au contraire le sentiment de culpabilité devant une nouvelle grossesse subie, la peur de l’avenir, l’angoisse de la maladie, les choix décisifs à prendre seules, les convictions à défendre face au mari…

Les personnages d’Herbjørg Wassmo sont forts et attachants : ses aïeux dont elle imagine les joies et les tourments vibrent d’ardeur et de générosité. Et le Nordland est un personnage à part entière, pittoresque et captivant, grandiose et inquiétant, émouvant mais si éprouvant. Le froid, le vent, la neige, la nuit et son étrange lumière polaire, le printemps si attendu, les beaux jours d’été, le ciel limpide, les fjords tortueux et la mer dangereuse, les côtes déchirées et les courants violents. Ce vaste pays, cette terre arrachée aux Sames, cette frange norvégienne polaire dont la rudesse contagieuse fait de ses habitants des parias aux yeux des « civilisés » du sud et des grandes villes.

Entre pudeur et sincérité, authenticité et imagination, un très bel hommage à la gent féminine et aux terres sauvages de l’Europe septentrionale domptées par des âmes courageuses et vaillantes à l’abnégation et au dévouement remarquables.

 

 

 

Cent ans, Herbjørg Wassmo, (« Hundre år », 2009) traduit du norvégien par Luce Hinsch, Gaïa éditions, février 2011, 558 pages

ISBN : 9782847201826 / 24 €

 

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Commentaires

Aaaaah Herbjorg Wassmo, l’un des auteurs qui me fait le plus rêver et qui m’a transportée d’émotions et dans le grand Nord. C’est à cause d’elle que je suis une obsédée scandinave. Très joli billet, comme toujours. Nul doute que je vais bientôt le lire.
A bientôt !

posté par Anne-Laure le 31.03.11 à 13 h 54 min

Bonjour Anne-Laure ! Alors, c’est sûr, tu vas aimer (j’ai une énoooorme envie de vacances estivales en camping car dans le Nordland, va savoir pourquoi !!!!). Sinon, pour tes soucis de mémoire, ne t’inquiète pas trop tant que ce n’est pas ton fils que tu oublies à la maison ;)

posté par La Ruelle bleue le 31.03.11 à 14 h 05 min

Ta chronique m’intrigue !!
Tu penses que j’aimerais ce genre de roman ??

Et voilà, maintenant je demande un « service personnalisé » !!!
Hi hi hi !!!

Merci !!

posté par Richard le 31.03.11 à 14 h 19 min

Je sais que tu es curieux, plutôt bon public et je te sens généreux… alors, oui, je pense que tu aimerais ce roman qui charme par sa délicatesse et qui dépayse incroyablement !

posté par La Ruelle bleue le 31.03.11 à 14 h 24 min

Absolument dé-bor-dée !

posté par Anne-Laure le 31.03.11 à 14 h 36 min

J’ai beaucoup aimé ce roman et je fais un billet lundi avec un petit lien ici

posté par Dominique le 31.03.11 à 18 h 38 min

Je vais guetter ton billet pour connaître plus précisément tes impressions de lecture alors !

posté par La Ruelle bleue le 01.04.11 à 9 h 12 min

Une belle critique qui ne fait que renforcer mon envie de le lire !.. mais quand ?!!

posté par moustafette le 02.04.11 à 8 h 34 min

C’est sûr qu’avec l’horloge accrochée au mur de ton blog, pas facile de prendre rendez-vous !

posté par La Ruelle bleue le 02.04.11 à 16 h 37 min

A l’image de mon rapport au temps… C’est une horloge surréaliste tout comme ma pal ! Bon dimanche à toi.

posté par moustafette le 03.04.11 à 9 h 17 min

J’aime Wassmo. Donc, je lirai celui-ci un jour. Genre, en poche!

posté par Karine:) le 05.04.11 à 2 h 58 min

Un bon moment en perspective donc, même si ce n’est pas dans l’immédiat !

posté par La Ruelle bleue le 05.04.11 à 8 h 40 min
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