Les enfants du dragon, Pearl Buck (Omnibus)


Pearl Buck est une figure extraordinaire de la littérature américaine. Fille de missionnaires, elle grandit dans une région agricole pauvre de la Chine, puis s’installe dans des grandes villes comme Shangaï et Nankin. Elle parle le mandarin et connaît bien le pays et ses habitants. Elle assiste aux troubles politiques que connaît son pays de coeur depuis la fin de l’Empire mais est contrainte de le quitter en 1934.

La révolution chinoise de 1911 amène le dernier empereur Puyi à abdiquer. La République de Chine est proclamée et un nouvel homme fort issu des leaders révolutionnaires, Su Yat-sen, prend les devants de la scène. Premier président de la toute jeune République, il contribue à la fondation du Kuomintang, parti politique nationaliste qui se revendique démocratique et socialiste.

Chassé du pouvoir en 1913 par un coup d’état, il entre en résistance et se base  à Canton. La confusion politique et les troubles militaires s’accentuent : tentative de restauration de l’empire, assassinat de personnalités politiques, conflits menés par des factions rivales appelées « seigneurs de la guerre »…  A ces luttes internes qui dégénèrent en véritable guerre civile s’ajoutent les visées expansionnistes du Japon. L’empire du Soleil levant a déjà mis un pied en territoire chinois sous couvert de la première guerre mondiale en s’emparant des possessions qu’y détenaient les Allemands.

Voulant asseoir sa domination, le Japon pose ses « Vingt et une demandes », revendications politiques et économiques hégémoniques insoutenables qui déclenchent un fort mouvement nationaliste parmi la population chinoise. Le Japon relance également stratégiquement le trafic d’opium censé affaiblir les esprits et le tissu économique déjà malmenés par les conflits en plus de ce qui s’apparente à un pillage organisé.

Sun Yat-sen est élu président d’un gouvernement national auto-proclamé en 1921 dans le sud. Il cherche à unifier la Chine par la force avant de mettre en place une démocratie, libérée de l’impérialisme occidental et japonais. Il nomme Chiang-Kaï-chek à la tête de l’Académie militaire de Huangpu, embryon de ce que sera l’Armée nationale révolutionnaire chinoise. Soutenu par les Soviétiques et le Komintern, il se rapproche des communistes chinois et constitue avec eux le premier front uni.

A la mort de Sun Yat-sen en 1926, Chang-Kaï-chek, chef militaire du Kuomintang, prend la relève et dirige le parti. Après les étudiants, les ouvriers et les paysans chinois se soulèvent malgré les répressions brutales qui s’opèrent contre eux. Chang-Kaï-chek lance l’Expédition du nord et réussit à se débarrasser des seigneurs de la guerre. Mais l’influence grandissante des communistes l’amène à se retourner contre eux. Le Kuomintang organise des purges sanglantes contre le parti communiste chinois et ses sympathisants. La Chine n’est toujours pas pacifiée, ni de l’intérieur, ni de l’extérieur.

En 1931, le Japon trouve un prétexte fallacieux pour envahir militairement la Mandchourie et s’installer dans trois provinces. Dans les années suivantes, des heurts entre Chinois et Japonais se multiplient ailleurs et notamment à Shangaï et Nankin. La population est soumise à des bombardements, des exactions, des massacres et subit l’occupation japonaise. Les Japonais pensent pouvoir remporter la guerre en trois mois. Mais ses attaques rapprochent à nouveau les communistes et le Kuomintang qui forment un second front uni. Les Chinois entrent en résistance. La guerre s’installe durablement, en fait de 1937 à 1945. Le nord de la Chine est aux mains des Japonais, les communistes occupent de vastes zones rurales et les nationalistes de Chang-Kaï-chek contrôlent en partie l’ouest du pays. La seconde guerre mondiale éclatant quasiment au même moment, le sol chinois voit également l’arrivée de troupes britanniques et américaines, alliées à l’armée nationale révolutionnaire du Kuomintang.

Voici donc le contexte historique dans lequel Pearl Buck place ses trois romans.

« Fils de dragon » et sa suite intitulée « Promesse » se déroulent en Chine, au moment de l’arrivée des Japonais et de leur occupation. Le lecteur suit une famille de paysans dans un village près de Nankin. Avec en toile de fond les exactions et les humiliations, les crimes de guerre et les insurrections, Pearl Buck nous décrit la vie de ces Chinois, l’attachement à leur terre, à leur pays, à leur famille, leurs coutumes et leurs mentalités.

« Le patriote » se déroule entre Chine et Japon. Le fils d’un riche banquier de Shangaï découvre la doctrine communiste à l’université et devient révolutionnaire dans la période entre les deux fronts unis. Dénoncé par un camarade à l’arrivée de Chang-Kaï-chek, son père le sauve et l’exile chez un ami commerçant japonais. Sur une des îles du Soleil levant, le jeune Chinois s’éloigne alors du communisme, apprend à connaître et à apprécier ce peuple voisin pourtant si différent du sien, épouse une japonaise, subit la censure des informations en provenance de son pays natal. Quand il se rend compte de la gravité de la situation et de la violence de la guerre sino-japonaise, il prend la douloureuse décision de quitter sa famille et son foyer japonais pour s’enrôler dans l’armée nationaliste chinoise.

Au travers de beaux portraits d’hommes et de femmes, au fil sensible d’histoires d’amour sur fond de guerre, Pearl Buck nous ouvre une porte vers ce peuple et ce pays si lointains. J’ai beaucoup lu et apprécié cette auteure quand j’étais jeune fille et je craignais de ne pas retrouver la magie et le transport que sa lecture m’offrait alors ou de voir aujourd’hui de la mièvrerie là où je voyais autrefois de la douceur et de la délicatesse. En fait, il n’en est rien. Même adulte, se plonger dans l’univers de Pearl Buck  est un vrai bonheur…

 

Les enfants du dragon, de Pearl Buck, recueil composé de Fils de dragon (« Dragon seed », 1944), Promesse (« The Promise », 1943), traduits de l’anglais par Jane Fillion, et Le Patriote (« The Patriot », 1939), traduit de l’anglais par Germaine Delamain, Omnibus éditions, 20 janvier 2011, 1048 pages

ISBN : 9782258085596 / 26€

Merci au service de presse des éditions Omnibus !

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Commentaires

J’aime repenser à ces lectures que je vois maintenant sous un angle modifié avec l’évolution historique et les évènements où la mondialisation transforme notre vie, notre vision et nos comportements.

posté par thomasson le 04.04.11 à 11 h 29 min

On trouve d’ailleurs dans Le patriote l’évocation de tremblements de terre suivis d’un raz-de-marée et la façon stoïque et fatalistes avec laquelle les Japonais reprennent le cours des choses en s’attelant à la reconstruction…

posté par La Ruelle bleue le 04.04.11 à 13 h 37 min
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