Le langage secret des fleurs, Vanessa Diffenbaugh (Presses de la Cité)


Connaissez-vous l’ouvrage d’Henrietta Dumont intitulé « The language of flowers : the floral offering » ? Certes, il date de 1851 mais il s’agit apparemment d’un manuel de référence inégalé en matière de langage des fleurs. L’héroïne de ce roman en a d’ailleurs fait sa bible, son unique lien d’attache avec la société, ténu mais indéfectible, inopinément salvateur.

Victoria est en effet une jeune femme au lourd passé. Abandonnée à sa naissance, elle n’a connu que les familles d’accueil et les foyers des services sociaux. Sa douloureuse histoire a rudement modelé son caractère depuis son plus jeune âge et, tel un animal apeuré et sans repères, elle se montre méfiante, revêche et souvent agressive. Enfant sous tutelle, elle cumule les grosses bêtises et les insolences. Jeune adulte indépendante, elle reste en marge de la société et n’ose y entrer de plain-pied. Victoria cherche sa place, tente de trouver un moyen de subvenir à ses besoins, expérimente de timides relations avec les personnes qui gravitent autour de sa nouvelle vie. Elle trébuche, tombe, se relève mais avance toujours, opiniâtre et courageuse.

Démunie, interloquée, éprouvée, la jeune femme se débrouille donc tant bien que mal. La chance lui sourit lorsqu’elle fait la connaissance d’une fleuriste qui lui offre l’occasion de s’insérer dans ce monde des adultes que Victoria a toujours craint et rejeté. Renata a su reconnaître l’extrême sensibilité de la jeune femme qui, alliée à sa connaissance incroyable du langage des fleurs qui est son principal moyen d’expression, fait d’elle une véritable artiste de la composition ornementale en même temps qu’une sorte d’autiste atypique.

Aidée par cette femme circonspecte mais secourable qui n’est pas sans rappeler une autre figure féminine marquante de sa vie passée, Victoria entame alors un véritable parcours initiatique qui la mène doucement et parfois douloureusement vers une réconciliation avec les autres, mais aussi et avant tout avec elle-même. Car lorsqu’on est une enfant abandonnée, la charge de culpabilité et de révolte que l’on traîne derrière soi empêche le regard de s’élever vers l’horizon, la tête de se redresser et de se mettre à hauteur de ses semblables. Incapable au départ de gérer ses émotions qui sont de véritables volcans, effrayée par la puissance des sentiments et des liens d’affection qui se nouent malgré elle, Victoria se déleste petit à petit des scories de son passé, parvient enfin à se construire une identité et se découvre une envie de vivre qui n’en finit pas de l’étonner.

Ce roman, qui traite d’un sujet récurrent en littérature, tente l’originalité en l’abordant à travers le prisme du langage des fleurs, ce qui peut intriguer de prime abord mais peut aussi parfois affaiblir la crédibilité de l’histoire. L’auteur parvient toutefois à éviter la mièvrerie, ce qui était assez périlleux, et attache le lecteur aux pas de Victoria assez habilement. Les portraits de femmes sont quant à eux plutôt bien réussis et la délicate question de la filiation et de la maternité est évoquée certes sans singularité mais aussi sans trop de lourdeur.

Une lecture bienséante au doux parfum de résilience.

Le langage secret des fleurs (The language of flowers, 2011), de Vanessa Diffenbaugh, traduit de l’américain par Isabelle Chapman, éditions des Presses de la Cité, 12 mai 2011, 405 pages

ISBN 9782258088818   /  20,50 €

Merci au service de presse des Presses de la Cité !

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