La fille tombée du ciel, Heidi W. Durrow (Anne Carrière éditions)


Ce roman a reçu le Bellwether prize en 2008, prix littéraire d’importance aux États-unis institué par Barbara Kingsolver pour distinguer une première œuvre de fiction investie dans le progrès social (« literature of social change »).

L’histoire, en partie autobiographique, raconte par le truchement de multiples narrateurs la vie d’une jeune fille métisse qui grandit dans les années 80 aux États-Unis. Elle est d’emblée placé sous l’égide de Nella Larsen dont une citation est mise en exergue :

 « Si quelqu’un me traite de nègre, la première fois, c’est sa faute. S’il a l’occasion de le refaire, c’est la mienne. »

 A l’instar de l’auteure de Harlem, la mère de Rachel est danoise et son père, noir américain, ne vit plus avec elles. L’enfant née de ce couple est une superbe petite fille aux cheveux crépus dont les magnifiques yeux bleus éclairent un visage au teint brun noisette. Elle a onze ans et vit à Chicago avec sa mère Nella, son jeune frère Robbie et Ariel le bébé. Les temps sont durs. Sa mère a du mal à faire le deuil d’un mariage qui aurait dû être heureux mais qui a basculé dans la violence et l’alcool à la mort accidentelle du premier enfant. Son nouvel ami semble mal accepter les enfants métis et ne la soutient pas alors qu’elle souffre de dénuement financier et d’isolement social.

Nella déprime. Elle veut protéger ses enfants de la violence de la vie. Sa solution est radicale : elle saute avec eux du toit de l’immeuble. Seule Rachel survit…

La petite fille est alors recueillie chez sa grand-mère maternelle à Portland. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive d’autant que de nombreux secrets entourent ses proches. Pourquoi sa mère a-t-elle sauté ? Pourquoi a-t-elle tué son frère et sa soeur ? Pourquoi son père est-il absent ? Pourquoi la regarde-t-on tantôt avec pitié, tantôt avec jalousie, tantôt avec méchanceté ?

Dans sa nouvelle vie, dans un quartier noir chez sa famille noire, elle va être durement confrontée à sa double origine. Elle va rapidement comprendre que c’est un facteur discriminant, une caractéristique qui influe toutes ses relations aux autres.

« J’apprends que les Noirs n’ont pas les yeux bleus. J’apprends que je suis noire. J’ai les yeux bleus. Je stocke toutes ces nouvelles données à l’intérieur de la-fille-toute-neuve ».

Au sein même de sa famille, tout n’est pas rose. Sa grand-mère ne cache pas son mépris de sa belle-fille blanche défunte. L’image de la mère est ternie, bafouée. L’image du père est floue et laisse un étrange sentiment de culpabilité et de rancoeur mêlé d’un fol espoir.

Rachel décide d’enfermer toutes les mauvaises pensées, ses colères et ses peurs mais aussi toutes les agressions extérieures dont elle se sent victime dans une « bouteille bleue » tout au fond d’elle-même. Elle décide que si elle travaille bien à l’école, alors les autres l’accepteront et pourront mieux la comprendre. Elle mise sur son intelligence pour s’en sortir et trouver sa place dans la société.

Mais à la mort de sa jeune tante qui était pour elle une mère de substitution, elle doit grandir sans modèle féminin et maternel à suivre. Elle a beau avoir d’excellents résultats scolaires, elle n’arrive pas à nouer des relations qui ne soient pas altérées par sa double origine. Adolescente, puis jeune femme, elle tente de trouver sa voie mais s’éveille à l’âge adulte de façon brutale et transgressive.

La quête identitaire de Rachel est donc semée de drames, d’embûches et de drôles de coïncidences… Elle revêt parfois la figure maudite d’une victime tant il lui arrive de malheurs et parfois celle d’une « élue » investie d’une charge trop lourde pour elle. Son récit, qui retrace ses pensées brutes sur un mode plutôt enfantin, est distancié et analytique. Narration privilégiant la dramatisation donc pour un sujet évoquant les difficultés du pluralisme ethnique et culturel à s’intégrer pleinement dans le lien social.

Quelques pages en V.O. ici et le site de l’auteure

Merci au service de presse des éditions Anne Carrière !

La fille tombée du ciel (« The girl who fell from the sky : a novel » 2010), de Heidi W. Durrow, traduit de l’américain par Marie de Prémonville, Anne Carrière éditions, 25 août 2011, 274 pages

ISBN : 2843376149 / 20 €

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Commentaires

ce roman est très frustrant beaucoup de pistes ouvertes restent inexploitées, ça m’agace. Qu’en est-il du père, pourquoi est-il parti, pourquoi ne vient-il pas après l’hôpital… ? J’ai été déçue.

posté par Ys le 26.08.11 à 22 h 11 min

Bonjour Ys ! Je n’y ai pas vraiment fait attention dans la mesure où en fait, cela m’a paru plutôt secondaire. Le coeur du récit m’a semblé être la façon dont Rachel se greffe dans une nouvelle vie. Mais ce qui me dérange alors, c’est que son récit ne révèle aucune évolution psychologique alors qu’on la suit sur plusieurs années : on a l’impression d’avoir toujours à faire à une gamine de 11ans ! De plus, je ne sais pas ce qu’il en a été pour toi, mais je l’ai trouvée plutôt antipathique…

posté par La Ruelle bleue le 27.08.11 à 10 h 11 min
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