Et rester vivant, Jean-Philippe Blondel (Buchet Chastel)


C’est en me souvenant d’un roman de Jean-Philippe Blondel publié dans une collection ciblant les ados que j’ai ai eu envie de lire « Et rester vivant ». Blog abordait un sujet grave et délicat avec une grâce et une douceur qui m’avaient alors beaucoup émue, révélant chez cet écrivain une grande sensibilité et une belle écriture, concise et puissante.

Sans surprise, j’ai retrouvé ces qualités dans ce nouveau roman où la part autobiographique est revendiquée mais aussi annoncée comme le dernier hommage littéraire rendu à sa vie d’homme portant le poids d’une tragédie familiale.

Jean-Philippe Blondel dit avoir écrit des romans jusque-là « comme autant de planches de survie pour laisser les couleurs vivre encore », certainement poussé par un impérieux besoin de vider son sac, mais de façon inconsciente ou désordonnée, sporadique et saccadée, au rythme du chemin qu’il parcourait dans la vie, au rythme du deuil qu’il devait accomplir. Avec ce roman, il semble vouloir poser la dernière pierre, en abordant le sujet cette fois de front, puis tourner la page et laisser reposer les morts en paix.

A l’âge de 22 ans, notre narrateur ne s’est pas encore remis de la mort de son frère aîné et de sa mère, décédés dans un accident de la route. Son père, dont la conduite « virile » suscitait déjà des reproches avant la tragédie, était au volant et en a réchappé. Ils revenaient tous les trois d’un séjour familial chez les grands-parents. Le narrateur, lui, avait pris le train. On imagine la terrible annonce de la disparition de ces êtres chers et proches. On imagine la culpabilité du survivant ressentie par le père mais aussi par le fils. On imagine la douleur de l’absence. On imagine l’élan de vie de ce tout jeune homme frappé au cœur. Le père sombre dans la dépression et le fils tente de survivre à ses côtés, dans une relation ambiguë et violente, destructrice.

Mais le sort s’acharne. Le père meurt à son tour… sur la route. Quand le narrateur l’apprend, il est tétanisé, acculé dans une bulle de survie psychologique qui lui fait percevoir le monde d’une façon décalée, déconnectée. Fantôme parmi les vivants, dans sa descente aux enfers il tente de s’agripper à quelque chose qui fasse sens pour lui, se raccrocher à un fil, aussi ténu ou incongru soit-il, qui le retienne à la vie.

Désorienté et anéanti, il part alors en Californie pour se rendre à Morro Bay. Morro Bay, c’est une bouée de secours lancée par Lloyd Cole dans une de ses chansons que le narrateur écoutait en boucle. Et il part avec Laure, son amie qui était sur le point de le quitter et son meilleur ami, Samuel. Il part avec eux mais pour un voyage en solitaire. Pourtant, sans eux, il ne serait peut-être jamais revenu du vide existentiel dans lequel il était tombé.

Entre Jules et Jim et Paris Texas, le narrateur nous entraîne avec lui dans sa cavale fiévreuse et chaotique, sa quête de sens et de raison d’exister encore, sa longue et fastidieuse remontée dans le monde des vivants, son difficile et courageux parcours de réparation…

Pas de pathos obscène, pas de tire-lames facile. D’une écriture simple, impressionnante de lucidité, nourrie par une force d’âme étonnante, l’auteur fait le deuil de sa famille et du jeune homme frappé à mort par le sort qu’il était. Dernier hommage aux disparus, mais aussi à tous ses proches, d’hier et d’aujourd’hui, qui lui ont permis de franchir la ligne des vivants.

Extrait en podcast sur France culture

Merci au service de presse des éditions Buchet Chastel !

Et rester vivant, de Jean-Philippe Blondel, éditions Buchet Chastel, 01/09/2011, 245 pages,

ISBN : 9782283025185 / 14,5 €

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Commentaires

J’ai beaucoup aimé ce roman moi aussi et pour les raisons que tu évoques si bien dans ton billet ! Une fois déchargé de ce passé, l’oeuvre de Blondel va-t-elle changer, c’est la question que je me pose ! Écrit-on différent quand on a déposé nos lourds bagages !

posté par George le 07.09.11 à 16 h 42 min

Quoiqu’il écrive dorénavant, il y aura certainement toujours cette écriture sensible qui fait mouche…

posté par La Ruelle bleue le 09.09.11 à 13 h 47 min

un livre que j’avais lu d’une traite ! tu peux lire mon avis ici : http://pagesnuancees.wordpress.com/2011/09/05/et-rester-vivant/

posté par mathilde. / Pages Nuancées le 10.09.11 à 9 h 05 min

Bonjour Mathilde et bienvenue ! Je vois que ton blog est tout récent : très jolie entrée en matière avec Philippe Blondel ! Je te souhaite beaucoup de plaisir et une belle continuation…

posté par La Ruelle bleue le 10.09.11 à 9 h 20 min

Je n’ai pas encore lu celui-ci mais au vu de ce que tu en dis je comprends mieux d’où vient cette sensibilité qui m’avait complètement chamboulée à la lecture de « Passage du gué », où d’ailleurs on retrouve déjà le thème du trio amoureux.

posté par moustafette le 10.09.11 à 9 h 54 min

Alors je pense que celui-ci te plaira, sans nul doute !

posté par La Ruelle bleue le 10.09.11 à 18 h 33 min

[...] La ruelle bleue [...]

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