Rouge Connemara, Seamus Smyth (Fayard noir)


C’est avec un grand plaisir que j’ai reçu le dernier roman traduit de Seamus Smyth qui m’avait ravie et beaucoup amusée l’année dernière avec « Trois accidents et un suicide ». Et je n’ai pas été déçue mais toujours plus impressionnée par l’originalité de l’auteur et sa façon de traiter de choses sordides et glaçantes sous une apparente jovialité et un humour caustique ravageur. Le sourire suscité dès les premières lignes par le style faussement bonhomme de la narration se crispe peu à peu et finit par se figer douloureusement quand se tournent les dernières pages…

« Rouge Connemara » partage la même trame historique que le formidable film « The Magdalene Sisters » de Peter Mullan : le scandale des institutions catholiques en Irlande qui détenaient la gestion des orphelinats et des foyers d’accueil pour enfants. Depuis les années 30 et pendant 60 ans, environ trente mille enfants orphelins ou considérés comme « délinquants » (entendez dont les comportements ou ceux de leurs parents contrevenaient aux règles morales de l’Eglise, comme par exemple les enfants de mères célibataires…), trente mille enfants donc ont été victimes de maltraitance grave selon les conclusions d’une récente commission d’enquête. Première congrégation au ban des accusés : les Frères chrétiens dont les méthodes pédagogiques semblaient reposer sur l’humiliation et les persécutions, les coups et les abus sexuels.

Seamus Smyth fait de ce drame irlandais l’objet de la vengeance de Red Dock. Placé en institution avec son frère jumeau alors qu’ils étaient encore dans les langes, il a subi le martyr et a vu mourir son frère sous les sévices et mauvais traitements des Christian Brothers. Il lui a juré de l’enterrer sur les terres familiales et il s’est promis de punir les coupables : celui qui a signé leur placement à Saint Patrick ainsi que les membres de leur proche famille qui ne se sont jamais manifestés et qui vivent en toute impunité et tranquillité. Il consacre sa vie entière à échafauder un plan machiavélique aux raffinements délurés s’étalant sur plusieurs décennies pour assouvir son besoin de justice.

Et l’on retrouve la patte de Seamus Smyth : la grande ingéniosité et le pouvoir de manipulation de ses personnages malfaisants mais dont le caractère sémillant est terriblement attachant… Red Dock pratique sa vengeance comme on joue aux échecs : il répertorie et envisage toutes les ouvertures possibles, calcule ses coups et ceux de ses adversaires plusieurs tours à l’avance, décide sans scrupules quels pions il va sacrifier, lâche sans remords les pièces les plus vulnérables, élabore des stratégies complexes et brouille savamment les pistes… Il nous raconte tout cela d’une gouaille propre à rivaliser avec celle de la « pouliche à Gloria ». Mais malgré toute son habileté et son talent, des grains de sable s’immiscent dans les rouages de sa machination. Le plus perturbant étant un tueur en série surnommé Picasso qui s’invite dans la mêlée. Red Dock assure. Red Dock arrive au bout de sa vengeance, mais à quel prix…

Une écriture matoise en diable et une lecture qui ne vous lâche pas…

Merci au service de presse des éditions Fayard !

Rouge Connemara (« Red Dock, 2001), de Seamus Smyth, traduit de l’anglais par Catherine Cheval et Marie Ploux, Fayard noir, 14 septembre 2011, 337 pages

ISBN : 9782213637044 / 20 €

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Commentaires

Bonjour
Un roman à rapprocher, peut-être, de Breakfast on Pluto de Patrick MACCABE, aux éditions Asphalte. De n’est pas la même ambiance, mais dans le roman que je cite un curé est indirectement le déclencheur du trouble d’identité du héros. Et cela se passe en Irlande.
Amicalement

posté par Oncle Paul le 14.09.11 à 13 h 36 min

Bonjour Paul ! Je ne connais pas cet auteur… Le style de Seamus Smyth est bien particulier en tout cas et dans ses romans, la frontière entre le Bien et le Mal se fait extrêmement poreuse !

posté par La Ruelle bleue le 14.09.11 à 13 h 47 min

Je ne connais pas l’auteur mais ce que tu en dis me plaît beaucoup !

posté par choco le 15.09.11 à 18 h 16 min

Fonce alors ! Sur ce titre ou « Trois accidents et un suicide » !

posté par La Ruelle bleue le 15.09.11 à 20 h 38 min

Woaw, ça m’a l’air d’un livre coup de poing! J’aime beaucoup le film de Peter Mullan et la thématique m’intéresse. En plus l’approche a l’air différente. Bref, je suis très tentée mais je vais quand même vérifier si le style me convient avant de me jeter dessus.

posté par zarline le 15.09.11 à 21 h 45 min

Tu me diras comment tu l’as ressenti !

posté par La Ruelle bleue le 16.09.11 à 12 h 39 min

je ne connais pas encore l’auteur, que je découvrirai à travers ce roman car je pense le lire. Mais je prend note également de celui que tu indiques à Choco ! ca m’a l’air bien bien noir comme histoire.

posté par La petite Souris le 17.09.11 à 16 h 52 min

bonjour Bruno ! oui, tant qu’à faire, autant commencer par « trois accidents et un suicide »… à mon avis cela devrait te plaire !

posté par La Ruelle bleue le 18.09.11 à 11 h 51 min
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