1Q84, livre 1 avril-juin et livre 2 juillet-septembre, Haruki Murakami, (Belfond)


Très curieux roman, à plus d’un titre, qui vous fait rentrer dès le premier chapitre dans une sorte de troisième dimension, un monde fabuleux qui se vit en parallèle de l’année 1984, du moins pour certaines personnes « élues ».

Dans ce monde, baptisé 1Q84, il y a deux lunes, des Little people qui font diantrement penser aux Oompas Loompas de Roald Dahl, maléfices en plus, et de bien étranges rites de passage avec des Perceveir et des Receveir… Seuls accèdent à ce monde d’une apparente cruelle amoralité des figures hors normes, des personnages dotés de dons très spéciaux, de véritables héros prédisposés de longue date.

Il y a Aomamé, d’une part, jeune femme circonspecte et flegmatique derrière laquelle se cache une redoutable tueuse à gages, un bras armé justicier au service de la cause des femmes. Il y a Tengo, de l’autre, un jeune homme extrêmement intelligent, sportif, scientifique et romancier dont les sentiments sont anesthésiés comme sous l’effet d’une gelée paralysante. Ces deux-là se sont croisés dans la « vraie vie », alors qu’ils avaient 10 ans, et une pression de mains inoubliable a scellé leurs destinées communes. Abandonnés à eux-mêmes et à leurs questions existentielles, l’un probablement illégitime, l’autre enfermée dans une secte, ces deux enfants se caractérisaient par leur extrême solitude et leur grande sensibilité. Devenus adultes et désormais étrangers l’un à l’autre mais reliés par un fil invisible, ils s’ouvrent difficilement aux autres et aux émotions, ils cachent leur fragilité derrière une glace de protection qui les fait paraître indifférents et taciturnes au monde qui les entoure, au monde de 1984.

Mais voilà que leurs chemins se croisent à nouveau en 1Q84, un monde mouvant perclus d’émotions, un monde trouble qui révèle d’autres vérités, un monde menaçant aux relents orwelliens. 1Q84 naît grâce à Fukaéri, une « passeuse » qui donne à voir cet univers parallèle à Tengo, alors en charge de le rendre intelligible grâce à son talent d’écrivain. Aomamé s’y introduit par un escalier de secours entre deux voies express grouillantes du quotidien de 1984, hypnotisée par un morceau de musique classique, comme guidée par le joueur de flûte de Hamelin.

L’écriture de Murakami s’adapte au rythme de ce monde étrange et distordu, elle s’étire dans un espace-temps particulier, lent et hypnotique. Il ne se passe rien et pourtant le lecteur avance en 1Q84 comme poussé par une force invisible. Les actions des héros sont décrites sur le vif mais comme racontées au ralenti avec un voile de brume qui se déchire très progressivement au fil de la lecture. Leurs émotions, leurs états d’âme sont longuement rendus dans une narration très diluée qui semble de prime abord errante et dérisoire. Cela peut agacer, surtout à partir du livre 2, mais bizarrement, on ne sort pas de 1Q84, même poussé par un vague ennui latent, même par excès de rationalité incompatible avec cette fable. Bercé par le récit, magnétisé, envoûté par une force obscure mais impérieuse, on reste jusqu’au bout du dernier chapitre et on attend le livre 3, prévu en mars prochain, patiemment…

1Q84, livre 1 avril-juin et livre 2 juillet-septembre (« 1Q84 book 1 », « 1Q84 book 2 », 2009), de Haruki Murakami, traduit du japonais par Hélène Morita avec la particpation de Yôko Miyamoto, éditions Belfond, 25 août 2011, 534 et 526 pages

ISBN : 9782714447074   et   9782714449849   /  23 €

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Commentaires

c’est le premier billet que je lis sur ces romans que j’attends avec impatience mais aussi avec un peu d’appréhension espérant pouvoir me laisser aller dans ce monde étrange ! ton billet me rassure à moitié, mais je sens quand même un grand intérêt dans ta lecture ! à voir donc !

posté par George le 18.09.11 à 12 h 05 min

Très grand intérêt car c’est une lecture sur bien des aspects littéralement fascinante !

posté par La Ruelle bleue le 18.09.11 à 13 h 06 min

Bonjour à toi,
J’ai acheté ce roman lors de mon escale à Paris, la semaine dernière … Il n’est pas encore disponible, ici, au Québec …
J’ai très hâte de le lire !
Surtout après avoir pris connaissance de ta chronique
Bonne journée
Amitiés

posté par Richard le 22.09.11 à 17 h 00 min

Alors tu es de retour !!!! Très bien ! Je vais faire un tour sur ton site de ce pas….

posté par La Ruelle bleue le 23.09.11 à 18 h 56 min

ce roman m’a l’air intriguant, mais je ne sais pas trop, difficile à classer visiblement. Tu crois qu’il pourrait me plaire?

posté par La petite Souris le 26.09.11 à 21 h 33 min

Roooh, difficile à dire…. Je crois que tu devrais tenter, mais vu l’investissement, passe par un prêt plutôt que par un achat. T’as une bonne bibliothèque par chez toi ?

posté par La Ruelle bleue le 27.09.11 à 8 h 14 min

Bonjour
Je n’ai lu que le Livre 1 pour l’instant. J’ai finalement décidé d’aborder le 2, plus par curiosité qu’intérêt littéraire.

Votre critique rend très bien le sentiment que j’ai eu lors de ma lecture : un style « lent et hypnotique », c’est tout à fait ça. Une nuance : je trouve qu’il se lit très facilement et je n’ai pas ressenti ce vague ennui latent que vous évoquez.
Pour faire court, je qualifierai ce roman d’intéressant mais pas indispensable

posté par alpaugre le 27.09.11 à 15 h 04 min

Oui, il se lit facilement : avec un sentiment de glissement léger, un imperceptible bercement qui est plutôt agréable en fait. L’ennui latent, mais pas désagréable non plus, ou plutôt un sentiment de monotonie, a montré parfois le bout de son nez à la lecture du deuxième volume en fait. Peut-être faut-il ménager une respiration entre les deux ?

posté par La Ruelle bleue le 27.09.11 à 17 h 40 min

L’incipit de ce billet est fantastique ! Dis, dis, tu l’as fait exprès ou pas ?
Quoi qu’il en soit, il me donne envie. Mais j’attendrais mars, car s’il me plaît, je pourrait lire les trois volumes de suite : miam !

posté par Anne-Laure le 28.09.11 à 10 h 07 min

Tu as mordu à l’hameçon ??? Yeppp !!! ;) Ceci dit, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée de lire les trois dans la foulée. Comme je le disais dans un autre commentaire, peut-être est-il préférable, et délectable, de se ménager des respirations entre chaque volume. Cultiver l’attente…

posté par La Ruelle bleue le 28.09.11 à 17 h 00 min

Dites moi ce que vous en pensez