Le Turquetto, Metin Arditi (Actes sud)


Mais pourquoi donc tant de romans historiques s’évadent-ils ainsi au Levant ? A cause de ses consonances exotiques : Samarkand, Ispahan, Damas, Badalssur, Corne d’Or, Bagdad, Badalpour ? A cause de ses merveilles : jardins suspendus, mille et une nuits, princesses fabuleuses, sultans virils ? A cause de sa cruauté : esclaves, janissaires, barbares, impies, despotes, eunuques ? A cause de ses fastes: or, soierie, sérails et chevaux racés ?

L’Orient est une source d’inspiration intarissable pour nos écrivains depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours : il est romanesque et conquérant avec ses ports ouverts aux quatre vents, ses caravanes marchandes et ses capitales fébriles. Il est délicat et raffiné avec sa sagesse, ses sciences et ses artistes. Il est bigarré et bruyant et forme un creuset généreux où s’ébattent une multitude de langues, de peuples, de religions. Il est à la fois fascinant et menaçant, toujours au cœur d’échanges culturels  féconds mais parfois tendus.

« Le Turquetto » s’inscrit dans cette veine littéraire si riche nourrie de cet imaginaire coloré et épicé. Un jeune juif du nom de Elie vit à Constantinople au XVIème siècle. Sa famille a fui l’Espagne qui lui imposait soit la conversion, soit le bannissement.  Lui-même n’a pas de ferme conviction religieuse d’autant que les personnes qu’il fréquente et qui lui sont chères sont de confessions diverses. Baigné dans cette atmosphère cosmopolite, il ne se sent pas appartenir à une religion plus qu’à une autre et ses préoccupations sont d’un tout autre ordre.

Cependant, il est contraint de quitter les terres musulmanes s’il veut accomplir sa vocation de peintre (la loi religieuse interdisant toute forme de représentation figurée). Il s’exile donc à Venise, s’immisce dans la communauté catholique rigoriste pour se faire une place dans la Sérénissime, perfectionne son art dans les ateliers du Titien jusqu’à surpasser le maître. Mais son imposture confessionnelle est découverte et sa condamnation à mort prononcée…

En fait, il ne s’agit pas tant ici d’une réflexion sur l’art, certes  présente mais assez ténue et moins complexe que dans le livre de Matthias Enard, « Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants ». Le cœur du récit dénonce surtout les intolérances religieuses. Certains lecteurs se sont fortement enthousiasmés pour ce roman certes stylé, agréable et divertissant (il a reçu le Prix Page des libraires et le prix Jean Giono). D’autres, comme moi, lui trouveront un air de « déjà lu » et un aspect trop lisse pour pouvoir vraiment s’émouvoir et être transportés. A vous de voir…

Le Turquetto, de Metin Arditi, éditions Actes sud, août 2011, 285 pages
ISBN : 9782742799190 / 19,50 €

Prix Alberto Benveniste Littérature 2012

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Commentaires

Bonjour,
Sur la recommandation d’une amie libraire, je me suis procuré ce roman … Malgré tes quelques réserves, j’ai hâte de le lire … pour me changer les idées, pour me donner congé de romans policiers !
Bonne journée, chère amie !

posté par Richard le 27.10.11 à 20 h 05 min

Bonjour Richard ! alors je surveille ton blogue pour voir ce que tu en as pensé !

posté par La Ruelle bleue le 28.10.11 à 14 h 06 min

[...] Le Turquetto, Metin Arditi (Actes sud) [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 26.02.12 à 16 h 01 min
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