Scintillation, John Burnside (Métailié)


Déconcertant… C’est le terme qui revient lorsqu’on lit quelque chose à propos de ce livre, depuis la quatrième de couverture jusqu’aux articles de blog. Et pour cause, l’adjectif est incontournable, c’est le premier qui vient à l’esprit une fois la dernière page tournée. Cette histoire est déconcertante, non pas tant par son sujet que par sa forme littéraire contournée. Histoire poétique devrait-on aussitôt ajouter, d’une poésie sombre et morfondante, brumeuse et inquiétante, métallique et glaçante, belle et menaçante comme ces mouettes blanches s’envolant à tire-d’aile sur la pénombre de la couverture.

L’auteur nous plonge entre visions cauchemardesques et fantastiques dans une cité fantôme, close et maléfique, entravant la liberté de pensée et d’agir, une cité perdue post-apocalyptique régie en sous-main par des hommes avides et mauvais. Proscrite et rejetée au bout du monde civilisé, cette ville désincarnée se trouve en lisière d’une forêt effrayante qu’on dit empoisonnée car les arbres y sont désespérément noirs. Elle est dominée par le squelette d’une usine désaffectée dont les miasmes polluants la recouvrent d’un couvercle pesant.

Quand la terre est changée en un cachot humide,

Où l’Espérance, comme une chauve-souris,

S’en va battant les murs de son aile timide

Et se cognant la tête à des plafonds pourris

(extrait de Spleen (LXXVIII) : Quand le ciel bas et lourd…, Charles Baudelaire)

Cette Intraville est cruelle, désertée, dénaturée, porteuse des stigmates d’une déshumanisation insidieuse, d’une déprédation écologique majeure. C’est un lieu de non-vie où la nature est souillée, où l’homme est en perdition, où l’enfance est condamnée. Et pourtant en son cœur elle révèle une richesse précieuse : des livres et un « passeur » éclairé, une lucarne ouverte sur le monde extérieur, sur le monde des possibles, sur les lumières de l’au-delà.

A l’ombre de cette cité morte vivent encore des hommes et surtout des enfants, qui disparaissent cependant mystérieusement…

Récit de contre-utopie, « Scintillation » est troublant, dérangeant. Par touches inexorables, le malaise s’installe et encercle le lecteur, même s’il reste encore des interstices par lesquels jaillit un espoir papillotant…

La ville est dans l’homme
Presque comme l’arbre vole
Dans l’oiseau qui le quitte

(in « Poème sale », Ferreira Gullar)

Scintillation, (« Glister », 2008), de John Burnside, traduit l’anglais (Écosse) par Catherine Richard, éditions Métailié, 25 août 2011, 283 pages

ISBN : 9782864248385   /  20 €

Prix Lire – Virgin mégastore 2011

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Commentaires

[...] Scintillation, John Burnside, Métailié (25 août 2011) [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 05.11.11 à 10 h 56 min

Bonjour Circé
Je suis attiré et en même temps dubitatif lorsque l’on me dit qu’un livre est déconcertant. Donc je me demande si je vais m’attaquer à celui-ci (d’autant que ma PAL commence à prendre des airs de tour de Pise) tout en sachant que plus tard je regretterai peut-être de ne pas l’avoir lu. A moins qu’une possible parution en poche…
Amitiés

posté par Oncle Paul le 05.11.11 à 11 h 21 min

Bonjour Paul ! je pense qu’il paraîtra en poche et ce sera alors l’occasion de tenter cette lecture particulière qui m’a rappelé « La route » de Mc Carthy…

posté par La Ruelle bleue le 05.11.11 à 11 h 39 min

Ta chronique est aussi déconcertante, tentatrice et comme d’habitude, bien écrite. Tu sais donner une valeur à un roman et nous, pauvres lecteurs, sommes happés par le désir de se procurer ce livre.
Et bien, grâce à ma force de caractère … j’attendrai la sortie en poche et la réussite de la cure d’amaigrissement de ma PAL.
Merci, chère amie !
Bonne journée

posté par Richard le 05.11.11 à 12 h 03 min

Tu as mis ta PAL au régime ???!!! Excuse-moi, j’ai du mal à te croire… Encore une bonne résolution qui restera « lettres mortes » ! Mais on ne va quand même pas se plaindre d’avoir le placard plein de gourmandises, n’est-ce pas !!!! Amitiés Richard !

posté par La Ruelle bleue le 05.11.11 à 13 h 23 min

Récit énigmatique s’il en est…Si des pistes s’ouvrent, la fin n’éclaire que peu ce qui se joue ici. Parfois un peu bavard ou répétitif, il y a quand même des pages d’une réelle fulgurance, y compris dans une poésie morne. Une sorte d’expérience à tenter car l’auteur a pris des risques…

posté par cynic63 le 18.11.11 à 8 h 40 min

Tout à fait d’accord avec toi Christophe ! Tu as synthétisé en deux lignes le fond de ma pensée…

posté par La Ruelle bleue le 20.11.11 à 10 h 24 min

Déconcertant, oui effectivement !! Mais aussi inspiré, brillant, envoutant, magique et tout simplement époustouflant de talent .
J’ai succombé au charme de John Burnside avec « Mensonge sur mon père » et avec « Scintillation » il nous embarque vraiment très loin .

posté par Malika le 05.01.12 à 12 h 49 min

Bonjour Malika et bienvenue à toi ! Eh bien, quel enthousiasme !

posté par La Ruelle bleue le 06.01.12 à 12 h 16 min

Quand un livre me donne envie d’aller lire des dizaines de commentaires sur des dizaines de blogs différents. C’est bon signe. J’aime beaucoup ce que tu en écris. Tu en dis peu et beaucoup. L’essentiel en somme. Si je ne l’avais pas déjà lu, ça m’aurait donné une furieuse envie de le lire !

posté par aircoba le 19.03.12 à 14 h 36 min
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