Cadix ou la diagonale du fou, Arturo Pérez-Reverte (Seuil)


Artuto Pérez-Reverte consacra son premier roman dans les années 80 à la guerre d’Indépendance espagnole. « Le hussard » décrivait la campagne napoléonienne en Andalousie à ses débuts en 1808, vue par deux soldats impériaux de cavalerie légère convaincus d’apporter les lumières françaises à un peuple encore « plongé dans l’obscurantisme politique et religieux ».

Trente ans plus tard, il revient en Andalousie en 1811 et pose son décor à Cadix, ville blanche ouverte grâce à son port sur le vaste monde, vainement assiégée et bombardée par les Français, ultime bastion de résistance de la péninsule ibérique avec  sa voisine dans la baie, l’île de Léon.

Quatre trames sont tissées sur ce fond de guerre. En premier lieu se déroule une intrigue policière mettant en scène un commissaire lugubre et sans scrupules imaginant Cadix comme un vaste échiquier où sévirait un psychopathe stratège laissant derrière lui les corps flagellés à mort de très jeunes filles gaditanes.

A la marge de la traque à la fois raffinée et sauvage organisée pour retrouver le coupable se trouve une jeune femme héritière d’un commerce se nourrissant des richesses des expéditions maritimes vers le Nouveau monde. Menacée par le siège français et les pirates qui profitent des désordres de la guerre pour faire de belles prises, son affaire commence à prendre l’eau. A contrecœur, elle se résout à faire appel à des corsaires menés par un ténébreux capitaine secondé par un non moins ténébreux mais fringant et héroïque jeune homme « en vie avec sursis » lesquels, grâce à des lettres de marque signées du roi d’Espagne, se trouvent légitimés dans leurs prises de guerre au large de la ville.

On suit également la résistance espagnole tant du point de vue aristocratique et politique que du point de vue populaire et militaire. L’assemblée issue de la junte suprême est partagée entre les partisans des Bourbons évincés du trône par Joseph Bonaparte, les monarchistes réformateurs gagnés aux idées des Lumières et notamment la séparation de l’Église et de l’État, et les libéraux républicains inspirés par la Révolution française. Entre deux obus tirés par les Français, les Cortes travaillent à ce qui deviendra la première Constitution espagnole. Les paysans et petites gens miséreux accomplissent quant à eux des missions de guérilla pour le compte de l’armée espagnole lourdement empêtrée dans ses relations tendues avec l’allié mais néanmoins ex-ennemi anglais.

Enfin, nous partageons les préoccupations d’un artilleur français qui n’arrive pas malgré ses savants calculs et ses canons nouvellement fondus à tirer des obus destructeurs et menaçants pour Cadix. La portée est souvent trop courte, les mèches s’éteignent trop rapidement empêchant les bombes d’exploser, les conditions météorologiques sont trop aléatoires pour viser juste et bien. Malgré la présence d’un complice dans la ville avec lequel il communique grâce à des pigeons voyageurs, son art militaire bégaie et fait long feu.

Entre batailles navales, assauts terrestres, assassinats mystérieux, vie gaditane désinvolte et amours impossibles, Cadix et la diagonale du fou révèle une nouvelle fois l’inspiration dumasienne de l’auteur espagnol (impossible de ne pas penser à la San Felice, histoire napolitaine de résistance à Napoléon sur fond d’indépendance et d’idées républicaines). Juste un bémol pour la trame amoureuse, dont le tragique épilogue sert de conclusion, qui m’a paru d’un classicisme romantique et androcentriste frisant le ridicule. Autant on peut accorder des circonstances atténuantes liées à leur époque aux auteurs comme Dumas, autant il est difficile de les invoquer pour les auteurs contemporains…

Cadix ou la diagonale du fou (« El asedio », 2010) de Arturo Pérez-Reverte, traduit de l’espagnol par François Maspero, 29 septembre 2011, éditions du Seuil, 763 pages

ISBN : 9782021029482  /  23€

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Commentaires

Bonjour
J’aime bien Arturo Perez-Reverte qui oscille entre Cervantes et Alexandre Dumas (a mon humble avis comme on dit) Est-ce ton avis ?
Amicalement

posté par Oncle Paul le 15.11.11 à 18 h 14 min

Bonjour Paul ! Le lien avec Dumas crève les yeux ! Pour Cervantes, je ne sais pas : je n’ai lu que Don Quichotte à un âge qui ne me permettait pas de l’apprécier vraiment (ni maintenant de m’en souvenir ;)

posté par La Ruelle bleue le 15.11.11 à 18 h 28 min

[...] Cadix ou la diagonale du fou, Arturo Pérez-Reverte (Seuil) Artuto Pérez-Reverte consacra son premier roman dans les années 80 à la guerre d’Indépendance espagnole. Source: http://www.laruellebleue.com [...]

Je replonge dans Perez-Reverte avec Le soleil de Breda.Je n’avais rien lu depuis La peau du tambour et Le tableau du maître flamand.Ca ne peut que faire du bien.

posté par Eeguab le 20.11.11 à 8 h 16 min

Bonne lecture alors Claude !

posté par La Ruelle bleue le 20.11.11 à 10 h 24 min

[...] Cadix ou la diagonale du fou, Arturo Perez-Reverte (Seuil) [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 18.03.12 à 11 h 41 min
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