Rien ne s’oppose à la nuit, Delphine de Vigan (JC Lattès)


J’avais lu « No et moi » qui était loin de m’avoir convaincue. J’ai fait l’impasse l’année dernière sur « Les heures souterraines » bien que les échos des lecteurs autour de moi aient été plutôt bons. Cette année, je n’étais pas plus tentée par « Rien ne s’oppose à la nuit ». Je ne l’aurais certainement pas lu s’il n’avait pas fait partie de le sélection pour le prix Elle.

Et il m’aurait manqué, indéniablement. Je serais passée à côté d’une grande émotion de lecture, d’un style d’écriture à la fois sobre et percutant qui a gagné en maturité, du talent d’un écrivain qui subtilement en évoquant son histoire personnelle arrive miraculeusement à toucher en vous la corde sensible reliée à une histoire plus universelle.

M’étant tenue un peu à l’écart du battage médiatique préjudiciable qui déflorait la teneur du roman, je l’ai abordé d’un œil aussi curieux qu’indéterminé. J’ai suivi le parcours proposé par l’auteur, celui qui remonte dans son histoire familiale pour mieux parler de sa mère et du maëlstrom émotionnel que sa disparation a suscité en elle.

J’ai été très impressionnée par le contraste déstabilisant entre le ton clair et posé et le bouillonnement intérieur que l’on ressent malgré tout. J’ai été frappée par cette grande douleur latente qui s’exprime doucement par des mots mesurés. J’ai admiré cette maîtrise de soi qui domine malgré quelques brèches perceptibles vite endiguées par un appel désespéré mais souverain à la raison. J’ai été touchée par la pudeur de ces émotions maintenues à distance le plus longtemps possible à l’évocation de la famille et des drames qui l’ont parcouru.

J’ai été guidée pas à pas dans une démarche de pacification de soi qui ne me concernait pas. J’ai été reconnaissante qu’on me livre cette expérience intime douloureuse sans pour autant que je ne me sente voyeuse ou intrusive, sans que le pathos ne m’écoeure ou ne m’étouffe. A quelques chapitres de la fin, cette tentative de réconciliation est subitement devenue la mienne, adaptée à ma propre histoire et à mes propres relations familiales. On touche là au nœud gordien des relations maternelles ambivalentes et tourmentées et la digue se rompt. Longuement on regarde alors ce visage sur la couverture qui nous est devenu tellement familier et qui, par le talent de l’auteur et la magie de ses mots, se confond avec d’autres encore plus proches de nous.

Une lecture profonde, riche et bouleversante.

Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan, éditions JC Lattès, septembre 2011, 437 pages

ISBN : 9782709635790 / 19 €


Prix Renaudot des lycéens 2011, Prix du roman Fnac 2011, Prix France Télévision 2011

Ce livre fait partie de la sélection du prix des lectrices de Elle 2012, catégorie roman.

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Commentaires

Bonjour mon amie,
Tu viens d’écrire une chronique digne de la sensibilité de ce roman.
Merci pour ce plaisir … de te lire …
Amitiés

posté par Richard le 03.12.11 à 14 h 30 min

Bonjour Richard ! toujours le mot qui fait rougir…

posté par La Ruelle bleue le 03.12.11 à 15 h 38 min

Bonjour
A te lire on comprend mieux pourquoi ce livre jouit d’un tel succès. Et comme beaucoup d’entre nous, du moins je le crois, je me fie plus aux avis des blogueurs que des critiques appointés.
Amitiés
ps je viens de créer un nouveau blog. Si cela t’intéresse…

posté par Oncle Paul le 03.12.11 à 15 h 41 min

Et c’est tant mieux Paul ! Autour de moi, de nombreux « grands » lecteurs ont fait l’impasse sur ce livre à cause de ça et c’est vraiment dommage ! Je vais faire de ce pas un tour sur les lectures de l’oncle Paul

posté par La Ruelle bleue le 04.12.11 à 10 h 40 min

Je suis comme toi, je suis rentrée très circonspecte dans ce roman qui ne me tentait pas du tout à la base. J’ai été agréablement surprise du ton très pudique employé pour raconter une histoire si personnelle, par cette façon d’imaginer en quelque sorte le passé de ces ancêtres. Néanmoins, je garde tout de même une impression que cette histoire familiale ne m’appartenait pas et sans tomber dans le voyeurisme, j’ai eu une certaine gêne d’en être le témoin.

posté par Choco le 05.12.11 à 12 h 47 min

ah, autant de lecteurs que de lectures ! Pour cette fois, j’ai été épargnée…

posté par La Ruelle bleue le 07.12.11 à 15 h 03 min

[...] « Rien ne s’oppose à la nuit », de Delphine de Vigan (éditions JC Latt… [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 13.05.12 à 20 h 20 min

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