Ce qu’il faut expier, Olle Lönnaeus (Liana Levi)


« Ce qu’il faut expier » est un premier roman plutôt réussi et assez culotté car l’auteur met en scène de façon scabreuse la ville même dans laquelle il réside (voisine pour l’anecdote d’Ystad, rendue célèbre par Mankell et son flic Wallander à qui Olle Lönnaeus ne peut s’empêcher de faire un clin d’oeil humoristique).

Nous sommes donc en Scanie, province située à l’extrême-sud de la Suède qui politiquement se distingue pour avoir nourri après la Seconde guerre mondiale les premiers groupes néo-nazis et pour aujourd’hui afficher un taux d’électeurs du parti d’extrême-droite deux fois plus élevé que dans le reste du pays. L’été est torride – si, si, une canicule en Scandinavie, c’est possible… – et le soleil accable la petite bourgade de Tomelilla de longues heures durant car les nuits estivales sont courtes sous ces latitudes (l’ambiance n’est pas sans rappeler Insomnia, le film de Christopher Nolan qui se déroule en Alaska…).

Un journaliste à la dérive nommé Konrad revient dans la ville de son enfance trente ans après l’avoir fuie dans des circonstances que l’on découvre peu à peu au fil des pages. Ses parents adoptifs, Signe et Herman, ont été assassinés et il est aux yeux de la police locale le principal suspect.

Ce retour est cauchemardesque pour Konrad car des souvenirs pénibles refont surface : la mystérieuse disparition de sa mère d’origine polonaise et les rumeurs qui courent sur la façon dont elle gagnait sa vie ; les humiliations qu’il a subies toute sa scolarité parce qu’il était un « sale bâtard de Polack » ; l’amitié douloureuse avec Sven, autre bouc-émissaire mis au ban de la petite société tomelillaise à cause de son homosexualité, témoin et victime des faiblesses de Konrad qui ont parfois confiné à la lâcheté ; les relations extrêmement conflictuelles avec le fils de ses parents adoptifs, une brute épaisse aux idées aussi étroites qu’un fil à couper le beurre ; l’attitude ambiguë et pesante que les très croyants Signe et Herman avaient adopté envers lui, l’enveloppant dans une atmosphère délétère de secrets terribles et fautes non avouées, de sacrifices et d’expiation…

Konrad, le cinquantenaire qui a toujours bourlingué sans jamais réussir à se poser quelque part, se trouve ainsi confronté à ses propres démons mais aussi aux démons de la société scaniennes : intolérance, xénophobie, nationalisme forcené… De l’enthousiasme et engagement passés pour les idées du troisième Reich au racisme actuel envers les Albanais et les Tsiganes, il semblerait que Tomelilla reste enferré dans sa haine des autres et que Konrad doive la subir jusqu’au bout…

« Ce qu’il faut expier » ou comment conjuguer habilement littérature policière et pamphlet social effrontément ciblé…

Ce livre fait partie de la sélection du prix des lectrices de Elle 2012, catégorie policier.

Ce qu’il faut expier (« Det som ska sonas », 2009) de Olle Lönnaeus, traduit du suédois par Aude Pasquier et Ophélie Alegre, éditions Liana Levi, collection « Policiers », 13 octobre 2011, 416 pages

ISBN : 978828667465819   /   21 €

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Commentaires

Salut ma copine !!! je me disais pas plus tard qu’hier, qu’il y avait un petit moment que tu ne nous avais pas offert une chronique d’un roman noir ou policier ! L’intuition masculine sans doute ( si! si! ca existe!^^) car ce matin je découvre ton dernier billet ! Je ne connais pas du tout cet écrivain, mais la maison d’édition à pour habitude de faire paraitre des romans de qualité ! Alors je vais me fier à leur choix et à ton avis, et je vais rajouter ce roman à ma liste d’achats ! A tout hasard, montes tu à Lyon pour Quai du Polar cette année? Car pour ma part je compte bien récidiver ma présence ! ^^ Gros bisou !

posté par La Petite Souris le 21.01.12 à 10 h 31 min

Bonjour Bruno ! Bravo pour l’intuition ! C’est vrai que ça faisait longtemps que je n’avais pas publié du polar mais ce que j’ai lu dernièrement ne m’a pas forcément enthousiasmée… (pour le noir, il y a quand même le Kasischke qui est très réussi) J’en ai cependant un encore dans ma besace à paraître tout bientôt… Non deux, puisque j’ai aussi lu le dernier Philip Kerr (décidément, j’adore son humour…) ! Eh non, je ne « descendrai » pas à Lyon (question de gravité géographique ;). Je compte sur toi pour nous dénicher de bonnes petites perles !

posté par La Ruelle bleue le 21.01.12 à 10 h 40 min

J’aime bien quand l’historique et le social ne sont pas juste une toile de fond pour le polar. encore un scandinave intéressant…

posté par Ys le 21.01.12 à 22 h 08 min

Un bon polar d’ambiance…

posté par La Ruelle bleue le 22.01.12 à 19 h 51 min

[...] Ce qu’il faut expier, Olle Lönnaeus (Liana Levi) [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 26.02.12 à 16 h 01 min

[...] Ce qu’il faut expier, Olle Lönnaeus (Liana Levi) [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 26.06.12 à 15 h 03 min
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