La Maison de Sugar Beach, Helene Cooper (Zoe éditions)


Helene Cooper, aujourd’hui journaliste reporter aux Etats-Unis, a été bien inspirée d’écrire ses mémoires et sa vie d’enfant au Libéria, son pays natal, premier pays d’Afrique a obtenir son indépendance en 1847 et à avoir élu au suffrage universel une femme président en 2006. Elle nous raconte ici son histoire, celle de sa famille et celle, intimement mêlée, de ce pays d’Afrique de l’Ouest. Elle le fait sur un ton plein d’humour qui révèle tout son attachement pour son pays et sa famille tant en maniant l’auto-dérision et en sachant garder un regard critique et lucide. Ce qui fait tout l’intérêt de son récit.

Helene Cooper est la descendante d’esclaves américains affranchis qui ont quitté les Etats-Unis au XIXème siècle pour le Libéria, leur terre promise par la « société américaine de colonisation », organisation philanthropique qui voulait « expier » la traite des Noirs en favorisant leur retour sur leur continent d’origine. Elle est l’héritière de trois dynasties importantes : politiquement du côté maternel, économiquement du côté paternel. Ses aïeux sont des héros de la nation libérienne, des membres fondateurs de Monrovia, la capitale. Evidemment, quand ils arrivent sur place en 1820, ils sont confrontés aux autochtones appartenant à différentes ethnies et vivant selon les us et coutumes tribales. Peu à peu, les Congos (entendez les colons noirs venus d’Amérique) prennent le pas sur les Indigènes, socialement, politiquement, économiquement.

Au début des années 70, le Libéria est un pays prospère qui bénéficie des investissements de sociétés multinationales étrangères pour l’exploitation de son minerai de fer ou de son caoutchouc. La famille d’Helene est riche et jouit d’un statut social très privilégié, celui des « Honorables » : des membres de sa famille font partie du gouvernement et l’auréole de gloire qui entoure ses arrièrre-arrière-arrière-grands-parents fait encore à cette époque la renommée des Johnson/Dennis/Cooper. Elle fréquente la meilleure école privée de la capitale et l’élite de la jeunesse monrovienne, se rend tous les dimanches à la Première Eglise méthodiste unie. Elle vit dans une magnifique villa au bord de l’Atlantique, entourée de nombreux domestiques, choyée par ses parents, insouciante et joyeuse comme peut l’être une enfant de 7 ans, déconnectée de la réalité sociale du pays, des inégalités flagrantes et entretenues entre Indigènes et Congos. Jusqu’au 12 avril 1980, lorsqu’un premier coup d’état fait basculer le pays dans l’horreur d’une longue et sanglante guerre civile…

Le récit d’Helene, depuis ses 7 ans jusqu’à son retour au Libéria en 2003 sur les traces de sa sœur adoptive indigène restée au pays, est fort, prenant et émouvant. Elle évoque merveilleusement ses souvenirs d’Afrique, la moiteur des journées, les embruns de l’océan, les odeurs et les couleurs, la brousse et la ville, les petites gens et les grosses huiles. Mais au-delà du genre picaresque, elle a su trouver les mots justes, ni pontifiants, ni accusateurs, ni larmoyants, entre le récit intime d’une Congo arrachée à son pays et la révolte légitime des Indigènes.

Le Liberia est d’actualité avec la remise du Prix Nobel de la Paix le mois dernier à sa présidente Ellen Johnson Sirleaf qui partage avec Helene Cooper un ancêtre commun illustre, Hilary Richard Wright Johnson, le premier président libérien né sur le sol de son pays.

Ce livre fait partie de la sélection du prix des lectrices de Elle 2012, catégorie documents.

La maison de Sugar Beach (« The house of Sugar Beach : In Search of a Lost African Childhood », 2008) d’Helene Cooper, traduit de l’anglais par Mathilde Fontanet, 21/09/2011, Zoé éditions, collection Ecrits d’ailleurs, 352 pages

ISBN : 9782881827037 / 22 €

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posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 01.06.12 à 15 h 30 min
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