Lucienne, Jean-Michel Berardi (Editions du Puits de Roulle)


J’aime bien les histoires de vieilles dames. J’aime bien les histoires de vieilles dames généreuses à qui la vie n’a pas fait de cadeau. J’aime bien ces personnages féminins tout ridés et voûtés, un peu hors du monde à cause de leur âge et de leur célibat, ces grand-mères oubliées dans un coin de ville ou de village, ces petites vieilles que plus personne ne regarde mais qui en savent si long sur la vie, ces mémés courageuses qui parlent toutes seules et entretiennent en leur for intérieur si alerte tant de souvenirs et de fantômes du passé.

Cela ne vous arrive-t-il jamais de vous retourner sur une vieille dame dans la rue, accrochée à son sac à main, le fichu sur les cheveux ternis et l’oeil encore coquet bien que dépoli comme un galet de plage et vous dire que derrière cette frêle silhouette se profile la vôtre, d’ici quelques années ? Pouvez-vous vous imaginez, vous, si active et entreprenante, tenant bien souvent à bout de bras le bien-être d’une famille, conformément aux souhaits de la société, et si possible le vôtre également, pouvez-vous vous imaginez au bout de votre chemin, éprouvée, en proie aux remords et regrets des petits bonheurs envolés, des sacrifices consentis, seule et bien lasse après quelques malheurs bien assénés, convoquée au tribunal moral de vos actes ou de vos démissions ?

Lucienne est une de ces femmes, comme Maria, comme « la vieille au buisson de roses », comme Elsa. Elle fait partie de ces « marraines » de l’humanité, ces fées discrètes et discréditées, ces figures tutélaires remisées dans un coin de société. Elles savent faire de l’absurde ou de l’insolite le sel du quotidien morne et austère auquel elles sont abonnées. On pourrait les croire têtues et séniles quand elles sont juste intuitives et volubiles. On pourrait les croire innocentes et inoffensives quand elles sont pourtant si coupables mais si peu condamnables, si pleines de nuances et de doutes, si faibles et si fortes à la fois. On pourrait les croire sorcières alors que leur cœur est certainement pur, pur d’une humanité si tortueuse à vivre.

Lucienne est terriblement attachante et on sent toute la tendresse de Jean-Michel Berardi pour son personnage si haut en couleur. Il nous fait vivre son quotidien et revivre son passé, à travers ses yeux, sa voix et son cœur de vieille femme en fin de vie mais toujours en quête d’amour, de reconnaissance et d’espoir. Un très bel hommage à toutes les Lucienne du monde qui façonnent la glaise de notre humanité.

Merci à Cathy Berardi pour cette découverte et au service de presse des Editions du Puits de Roulle !

un autre avis sur le livre sur le Periblog de William Lesourd

Lucienne, de Jean-Michel Berardi, novembre 2011, éditions du Puis de Roulle, 169 pages,
ISBN :9782919139248 / 15 €

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Commentaires

Stéphanie Lahana m’a informé de votre article sur Lucienne.
Il est fort bien écrit et très intéressant.
J’espère que ce livre aura le succès qu’il mérite.
Mon autre nom est Clovis Perrin
j’ai donc l’honneur que ce soit un de mes dessins sur la couverture.
Bien amicalement

posté par kasimir le 16.01.12 à 18 h 51 min

Bonjour Kasimir (dit « pinson déplumé » ???!!!) et merci d’être passé par ici ! Vous pouvez me dire pourquoi sur votre dessin je m’entête à voir un coeur au lieu d’un cadenas ???

posté par La Ruelle bleue le 16.01.12 à 19 h 58 min

Je confirme que ce livre est un petit bijou de tendresse, d’humour, de sensibilité, de poésie.
C’est comme une valse à trois temps … On le lit et le relit.
Et en plus, l’auteur donne une bonne méthode pour éviter le ramolissement cérébral.
Bref, je me suis régalé avec ce bouquin qui se lit d’une traite.

posté par Jean-Charles Montillet le 06.06.12 à 1 h 04 min

Bonjour Jean-Charles ! Et un fan de Lucienne de plus : faut dire qu’il est vraiment difficile de lui résister…

posté par La Ruelle bleue le 06.06.12 à 14 h 39 min

[...] au contraire de la brave et bonne Lucienne, Marie est une vieille peau qui a su s’entourer d’êtres faibles ou sous influence [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 17.09.12 à 10 h 25 min
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