Nebraska song, Tom McNeal (Presses de la Cité)


 … tu es trop merveilleuse, trop merveilleuse pour ces mots imparfaits
Que sont « précieuse », « enjôleuse » ou l’ « éternel « amoureuse »…

C’est par ces mots de la chanson de Johnny Mercer « Too marvelous for words » que s’ouvre cette histoire d’un grand amour qui prend naissance au fin fond des Etats-Unis, le temps d’un été plein de découvertes et de promesses.

Ça y est : j’en vois qui décroche dès le premier paragraphe en pensant qu’il s’agit là vraisemblablement d’un récit sentimental mièvre comme il en existe déjà tant, avec une belle et jeune héroïne au cœur tendre qui se laisse séduire par un homme suintant de testostérone alors que tout les oppose…

Certes, ça commence comme ça… Imaginez la beauté sauvage mais rustre du Nebraska qui s’épanouit sous un soleil décidé à jeter mille feux avant l’arrivée d’un hiver précoce et rude. Imaginez le jeune charpentier dans son vieux pick-up rouge déglingué, arborant fièrement sa plus belle chemise à carreaux et boutons pression, séduisant de son regard bleu-gris et de son sourire nonchalant la jeune étudiante en vacances qui se prépare à la rentrée universitaire…

Sauf que le Nebraska occupe dans cette histoire un rôle à part entière : on sent littéralement vibrer le sol poussiéreux sous les roues du pick-up, on se perd dans l’immensité du ciel étoilé aussi sûrement que si on y était vraiment, on sent la chaleur et l’électricité de l’air, les odeurs des grandes plaines qui s’étendent à perte d’horizon… Sauf que le regard du jeune homme est une porte ouverte sur un cœur pur et que la rudesse de son métier ne l’empêche en rien d’exprimer sa grande sensibilité… Sauf que la « fille à papa » se comporte de façon assez inattendue et que son tempérament est bien plus complexe qu’il n’y paraît au départ…

Un bond en avant de près de trente ans et Judith, femme apparemment comblée mais qui cache sous une façade impeccable une « desesperate wife », se remémore son adolescence, la séparation de ses parents, et ce premier amour…

Mais en fait, ce qu’on prenait pour une histoire d’amour au féminin qui fait la part belle au prince charmant se révèle au fil des pages être une histoire d’amour exceptionnelle et sereinement désespérée d’un homme pour une femme.

Et c’est là que ça devient intéressant. Le personnage de Willy vous accroche et vous emmène au bout du livre par la force tranquille que lui confèrent les sentiments immuables qu’il éprouve pour Judith, LA femme de sa vie. Elle a beau l’avoir laissé tomber avec une désinvolture et une insouciance crasses, il est resté fidèle à cet amour. Non pas par aveuglement mais parce qu’il sait qu’elle vaut mieux que ça, parce qu’il l’a percée à jour comme seul un amour profond et généreux le permet.

Et quand Judith, en proie aux doutes de la quarantaine bien sonnée, le recontacte, il semble qu’il l’attende sereinement depuis toujours. Il lui propose de revenir au Nebraska. Ou plus exactement, il lui demande de lui rendre un mystérieux service en venant lui rendre visite…

Comment Judith compose-t-elle avec ça ? Comment cette femme au fort tempérament mais à la « vie fabriquée » va-t-elle réagir face à la force et à la sincérité extrêmes de ces sentiments ? Voilà qui est aussi intéressant et très bien mené dans ce récit qui s’étoffe de chapitres en chapitres et qui se distingue singulièrement des autres histoires d’a… (qui finissent mal, en général) parce que c’est l’histoire d’a… d’un homme, racontée par un homme, et ça change tout !

Merci au service de presse des éditions Presses de la Cité !

Nebraska song, (« To be sung underwater », 2011 ) de Tom McNeal, traduit de l’anglais (américain) par Cécile Leclère, 19 janvier 2011, éditions des Presses de la Cité, 488 pages

ISBN : 9782258086708 / 22 €

Et si vous jetiez un oeil sur...



Commentaires

Magnifique roman

posté par Laura le 09.12.12 à 20 h 13 min

très émouvant quoiqu’il en soit…

posté par La Ruelle bleue le 11.12.12 à 10 h 56 min

Je viens de lire ce roman et d’en parler sur mon blog, du coup je me demandais ce que d’autres avaient pu en penser (parce que je l’ai acheter pour la belle couverture et le résumé, sans en avoir entendu parler avant) : J’ai adoré ce livre et j’aime beaucoup voir que tout le monde en parle différemment, c’est très beau, ça veut dire que l’histoire est complexe en plus d’être belle :-)

posté par Onee-Chan le 02.04.13 à 10 h 47 min

Je pense en effet comme toi qu’il y a de nombreuses lectures possibles et que ce roman peut ainsi plaire à beaucoup de monde, pour différentes raisons ! Et pourtant, a priori, il n’était pas forcément prometteur…

posté par La Ruelle bleue le 03.04.13 à 9 h 10 min

Parfois on ne sait pas trop pourquoi la magie opère : Comme tu le dis, il aurait pu être mièvre, et pour être honnête peut-être qu’un homme le trouverais ainsi, même certaines femmes. Et pourtant je l’ai adoré ! Je pense que oui, ça tient essentiellement au fait que l’auteur ne se cantonne pas à l’histoire d’amour mais sait merveilleusement l’enrober, et aussi au fait qu’elle ne se termine ni à l’eau de rose, ni au tragique : Finalement, c’est finement analysé et écrit subtilement. :-)

posté par Onee-Chan le 03.04.13 à 9 h 15 min

[...] Celle qui m’a donné envie de lire ce livre : La ruelle bleue et voilà le lien vers son billet [...]

Les commentaires ne sont pas activés