Une irrépressible et coupable passion, Ron Hansen (Buchet Chastel)


Etats-Unis, années 20. C’est le temps de la prohibition mais aussi celui des « roaring twenties », ces années de folle croissance et de fastes où tout semblait possible et réalisable, où les classes moyennes pouvaient s’embourgeoiser allègrement, où les modes de vie s’adaptaient voluptueusement aux innovations technologiques et aux nouvelles tendances culturelles : automobiles, média de masse, jazz, cinéma…

La société américaine radieuse instaure le concept d’ « American way of life » qui repose grassement sur le bien-être matériel et la réussite sociale. C’est l’époque du « Babbitt » consumériste de Sinclair Lewis, le temps de la frivolité et de l’insouciance où il est interdit de s’ennuyer comme l’illustre Thorne Smith dans « Examen critique de la pétrification ». C’est aussi l’époque qui voit naître le hard boiled, cette littérature noire reflétant l’image d’une frange de la société violente et amorale, à la subversion si excitante et fascinante. C’est l’heure de gloire des faits divers croustillants relayés si généreusement par la presse que des millions d’Américains peuvent se délecter dans un même souffle retenu d’un parfum de scandale mêlant le sexe et le crime : l’affaire « Fatty Arbuckle » sur la côte ouest, l’affaire « Snyder/Gray » sur la côte est.

C’est ce dernier crime passionnel de 1927 qui fait l’objet du roman de Ron Hansen, après avoir inspiré « Assurance sur la mort », un roman de James M. Cain adapté au cinéma par Billy Wilder en 1944 et « Le facteur sonne toujours deux fois » en 1946. L’histoire est simple : une très belle femme mal mariée tombe amoureuse d’un représentant en lingerie fine, tristement marié également et dangereusement porté sur la bouteille. Ils vivent une passion aussi torride que secrète, assouvie voracement au Waldorf Astoria jusqu’à ce que la femme incite son amant à éliminer le mari gênant titulaire d’une assurance vie plantureuse.

Le pitch n’a donc en effet pas de quoi fouetter un chat. Ron Hansen a certainement été fasciné par l’impact incroyable de ce fait divers qualifié de « crime du siècle ». Son intérêt n’est pas de suspendre le lecteur à l’intrigue d’un « whodunit » mais de décortiquer psychologiquement les deux protagonistes, condamnés à mort et exécutés à Sing Sing, et de reconstituer le climat social en s’imprégnant de documents d’époque. C’est ainsi qu’il s’est plongé entre autres dans les minutes du procès, les mémoires de Judd Gray « Doomed ship » rédigées en prison jusqu’aux dernières minutes fatidiques avant l’exécution, le pathétique plaidoyer non-coupable de Ruth Snyder au titre si opportunément racoleur « My own true story – So help me God », la presse à travers notamment le New York Daily Mirror dont il a emprunté la Une évoquant l’affaire pour le titre de son roman « A wild surge of guilty passion »

Et l’interprétation littéraire de Ron Hansen des huit mois qui ont précédé le meurtre est tout simplement brillante. La reconstitution psychologique et sociale est juste captivante. La fiction se fond parfaitement dans les interstices factuels laissés vacants sans jamais compromettre la crédibilité de l’histoire. L’écriture sobre et élégante est aussi efficace qu’agréable à lire. En une phrase comme en cent : un excellent et diabolique moment de lecture…

Une irrépressible et coupable passion (« A wild surge of guilty passion », 2011) de Ron Hansen, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Vincent Hugon, éditions Buchet Chastel, janvier 2012, 347 pages,

ISBN : 9782283024277 / 21 €

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Commentaires

Rha la la, mon libraire a voulu me prêter ce livre et j’ai décliné sous prétexte de trop à lire déjà… mais je commence à regretter…

posté par Ys le 23.02.12 à 13 h 35 min

Peut-être peux-tu te rattraper sur la réédition chez Libretto de « la nièce d’Hitler » du même auteur ?!!!!??

posté par La Ruelle bleue le 24.02.12 à 15 h 53 min

Je ne connaissais pas du tout… ni le livre, ni rien. du coup, je suis très tentée maintenant.

posté par Karine:) le 26.02.12 à 1 h 43 min

Bienvenue à toi Karine ! C’est un peu le but de la manoeuvre ;)

posté par La Ruelle bleue le 26.02.12 à 15 h 42 min

[...] Hansen, auteur d’ «Une coupable et irrépressible passion», s’est inspiré de ses différentes lectures documentées sur cette mystérieuse affaire [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 18.04.12 à 13 h 06 min
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