Les fantômes de Belfast, Stuart Neville (Rivages / Thriller)
Retour en Irlande du Nord pour un premier roman classé dans la catégorie « thriller »…
Gerry Fegan est un ancien de l’IRA « à la retraite », libéré par anticipation après avoir purgé quelques années de prison à cause de « troubles psychologiques ». Sa réinsertion sociale est soutenue discrètement par ses ex compagnons d’armes devenus politiciens à la faveur de l’Accord de paix de 1998.
Gerry mène apparemment une vie morne et sans histoire, solitaire et bourru. Mais son passé de tueur le hante. Les 12 morts qu’il a expédiés ad patres le harcèlent de leur désir de justice. Le souvenir de sa défunte mère qui l’a renié de honte et d’effroi aiguise sa culpabilité. L’alcool ne l’arrache pas à ses visions cauchemardesques ni aux voix implorantes et implacables des victimes qui lui demandent de tuer les commanditaires des attentats qu’il a perpétrés.
Ces commanditaires sont bien sûr ces fameux hommes politiques du parti républicain qui siègent désormais aux côtés des unionistes à l’Assemblée nord-irlandaise ou participent au cabinet gouvernemental dirigé par le premier ministre d’Irlande du Nord. Les temps ont donc bien changé depuis « les troubles sanglants ». La politique aussi a changé mais pas les hommes qui n’ont semble-t-il pas complètement renoncé aux magouilles et autres manipulations occultes dans les sables mouvants des accords de paix.
Gerry se soumet aux exigences de ses fantômes et abat McKenna, son compagnon d’armes de trente ans, fraîchement élu au Parlement… C’est le début d’un engrenage sanglant mêlant d’anciens règlements de compte entre nationalistes, nouvelles ambitions de pouvoir et luttes d’influence politiques sans merci… Et au milieu de ces intrigues, une femme dont s’éprend Gerry.
Stuart Neville propose un thriller qui tient la route. Son intrigue politico-mafieuse associée au conflit nord-irlandais est intéressante, bien menée quoique peut-être parasitée par cette histoire d’amour dont le côté « fleur bleue » et l’aspect rédempteur ne sont pas des plus subtils. Mais il faut éviter de le lire après « Retour Killibegs », comme ce fut le cas pour moi par le hasard des sélections Elle, autre roman sur l’Irlande du Nord – mais pas uniquement-, qui propose une réflexion beaucoup plus fine et laisse une impression bien plus profonde sur le lecteur.
Ce livre fait partie de la sélection du prix des lectrices de Elle 2012, catégorie policier.

Les fantômes de Belfast, (« The ghosts of Belfast », 2009) de Stuart Neville, traduit de l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau, 2011, éditions Payot & Rivage, collection Thriller, 410 pages
ISBN : 9782743622510 / 22 €
















Commentaires
[...] Les fantômes de Belfast, Stuart Neville (Rivages / Thriller) [...]
Bonjour. Il est vrai que l’on ne joue pas là dans la même catégorie que Chalandon. Là où le conflit nord-irlandais est au cœur des romans de Chalandon, « Mon traître » et « Retour à Killybegs », il est ici prétexte au thriller et se trouve plutôt en toile de fond. Il y a en effet un côté fleur bleue un peu appuyé mais aussi une longue scène finale qui joue trop sur le côté « fin de film d’action avec fusillades dans tous les sens » et qui, en fin de compte affaiblit un peu la fin du roman. Reste qu’il s’agit tout de même d’un roman plutôt bien mené dans l’ensemble et d’un auteur assez prometteur.
Tout à fait d’accord avec toi Yan ! J’ajouterai juste pour ma part que là où la littérature noire est la meilleure (mais c’est encore assez rare selon moi), c’est justement quand le côté « thriller », bien mené et efficace, se met au service d’une réflexion plus profonde, et non le contraire… Le traître de Chalandon et le repenti de Neville en sont l’exemple frappant. Enfin, c’est mon sentiment (et mes attentes) et c’est pourquoi la littérature noire me laisse souvent sur ma faim.
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