Second tour ou les bons sentiments, Isabelle Monnin (JC Lattès)


Deuxième roman de l’auteur après le très délicat « Les vies extraordinaires d’Eugène » et changement total de registre.

La fiction s’ancre de plain-pied dans notre temps puisque l’histoire se déroule la veille du second tour des élections présidentielles en mai 2012. Nous assistons à une soirée d’anniversaire qui rassemble des quinquagénaires de gauche aspirant ardemment à la défaite du président sortant.

La fête se déroule dans un appartement d’une banlieue populaire chez un couple homosexuel qui a décidé d’inviter ses amis d’il y a trente ans, ceux qui partageaient les mêmes idéaux politiques et les mêmes espoirs libérés en 1981 et déçus par la suite.

Ils ont pour la plupart bien réussi leur vie, du moins professionnelle, à l’image des hôtes du soir. Même s’ils semblent à l’abri du besoin et plutôt privilégiés, on sent chez eux l’envie d’un monde plus juste, plus solidaire, plus équitable. Leur choix de vivre à Pantin n’est certainement pas anodin. On perçoit le regret d’une société brutalisée et brutale, le refus du désenchantement qui précède les désengagements citoyens, les replis sectaires. Certains esprits écoeurés par « la gauche humaniste » pourraient ricaner de leurs « bons sentiments » et les tourner en dérision au nom du pragmatisme, voire de la sécurité et de l’intégrité du pays…

La soirée a des conséquences aussi inattendues que bénéfiques car si certaines personnes ont continué à se fréquenter et semblent ne pas avoir changé d’un pouce, d’autres se revoient pour la première fois depuis longtemps.  Par la magie des souvenirs et des regrets, ils se trouvent ainsi ramenés à leurs états d’âme de l’époque, happés par une douce nostalgie couplée à l’incontournable crise existentielle du milieu de vie. C’est l’occasion pour Pierre de panser ses blessures et pour Jeanne de remettre sa vie en question. C’est l’occasion pour eux de renouer avec leurs promesses de bonheur passées.

La soirée est chaude et enjouée mais teintée d’un voile d’amertume car si certains ont gardé leurs convictions politiques intactes et croient encore à la victoire du lendemain, d’autres ont pris un autre chemin, sont devenus sceptiques ou réservés. Il y en a même un qui est allé jusqu’à renoncer à ses valeurs par opportunisme ou calcul matérialiste, un ancien camarade devenu ministre zélé d’un gouvernement de droite (toute ressemblance avec une personne existant n’est évidemment pas fortuite…).

Certains repères rassurants mais malmenés volent en éclats, des rituels désincarnés par leur propre répétition révèlent leurs failles grotesques. Triste constat : dans sa vie intime comme dans ses convictions politiques, la perte d’illusion et les cuisantes déceptions érodent « les bons sentiments ». Que faire alors ? Se laisser aller, baisser les bras, se résigner, dans l’aigreur, la colère ou l’indifférence ? Ou faire le choix de garder la foi, continuer d’avancer, maintenir le cap vers une vie que l’on veut plus heureuse, un monde que l’on croit meilleur ?

Isabelle Monnin a quant à elle choisi de conclure son roman par une « happy end ». Pour les autres, rendez-vous en mai prochain…

Merci au service de presse des éditions JC Lattès !

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Commentaires

J’ai très envie de lire ce roman, qui, je pense, pourrait-être une bonne archive de la situation en 2012 dans cinq, dix, quinze ans !

posté par Thomas le 10.05.12 à 14 h 25 min

Un instantané surprenant de la situation politique en effet. Mais, il y a aussi au coeur du roman l’histoire d’un nouveau départ et l’idée que rien n’est figé. Lecture optimiste donc !

posté par La Ruelle bleue le 13.05.12 à 16 h 45 min

Je viens de le terminer, et j’ai été un petit peu déçu. L’histoire entre Jeanne et Pierre prend – à mon goût – trop le dessus sur la politique. J’avais beaucoup d’attentes concernant ce thème de la politique et il n’a pas été assez présent à mon goût.. :)

Bonne journée !

posté par Thomas le 17.05.12 à 17 h 20 min

En politique, comme en amour, le principal est de continuer à croire à ses rêves, de garder le cap et de ne pas trahir ses propres valeurs ! Le roman joue sur ce parallèle et je comprends ta déception.

posté par La Ruelle bleue le 18.05.12 à 18 h 10 min
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