Sur la plage de Chesil, Ian McEwan (Folio)


J’ai découvert Ian McEwan avec son roman « Expiation » qui reste pour moi un souvenir profond et troublant de lecture. « Samedi » m’avait en revanche laissée de marbre sans pour autant entamer le grand crédit dont jouit cet auteur dans ma bibliothèque idéale tant il m’avait auparavant impressionnée. « Sur la plage de Chesil » vient renforcer encore mon enthousiasme et prouver le grand talent littéraire de McEwan.

Dans ce roman fulgurant, il aborde, toujours dans son style classique et dépouillé de tout artifice si terriblement efficace, la relation entre un homme et une femme au soir de leur mariage. Au pied du lit de la suite nuptiale, les masques tombent. Il est question de la relation homme / femme, du poids de la société sur l’institution du mariage, du rapport féminin et masculin au corps et au sexe, de la conception de la vie conjugale dans un projet de vie, de ses engagements, ses droits et ses devoirs.

Et rien n’est simple. Rien n’est ni tout blanc, ni tout noir. Les émotions et sentiments de l’individu, ses réactions impulsives ou réfléchies sont fortement lestés du passé familial, de l’héritage culturel, du poids des conventions sociales. Au moment de la nuit de noces, la mise à nue est d’ordre existentielle et les vêtements ne tombent que pour mieux souligner les artifices, les mensonges que l’on se fait à soi-même pour répondre aux critères de normalité tant du point de vue de l’homme que de celui de la femme. Pourtant, tous deux sont d’une sincérité si puissante que leur couple explose.

Et Ian McEwan pose un regard sans tabou sur cette relation humaine, mais aussi, et cela est encore plus impressionnant, un regard sur la femme en particulier incroyablement pénétrant, bienveillant et si loin du machisme ambiant qu’il en est tout simplement détonant. La psychologie de ses personnages, sur laquelle repose toute la réflexion existentielle de ce roman, est d’une profondeur et d’une finesse extraordinaire tout en étant un véritable pavé dans la mare des convenances. Il ose ce qu’une femme même aurait du mal à exprimer, ce qu’un homme aurait honte d’avouer.

« Sur la plage de Chesil » est profondément troublant, parfois dérangeant, toujours fascinant. Sans conteste à mes yeux une œuvre magistrale.

Sur la plage de Chesil, (« On Chesil beach », 2007 ) de Ian McEwan, traduit de l’anglais par France Camus-Pichon, décembre 2009, éditions Gallimard, collection Folio, 178 pages

ISBN : 9782070402533 / 6,50 €

Et si vous jetiez un oeil sur...



Commentaires

Bonjour,

Je trouve ce billet très juste.
McEwan est, je trouve, un écrivain surprenant…
Un peu comme toi avec Samedi, certains de ses romans (Amsterdam et L’enfant volé, pour les citer), m’ont laissé une impression mitigée, tout en me convaincant de son talent.
Puis j’ai lu Le jardin de ciment, complètement différent de ces deux œuvres, que j’ai beaucoup aimé..
Sur la plage de Chesil et, contrairement à toi, Samedi, que j’ai adoré, ont fini d’emporter mon adhésion !

A bientôt.

posté par ingannmic le 23.05.12 à 17 h 18 min

Bonjour,
as-tu tenté « Expiation ? » Je vais suivre ton conseil et le prochain sur ma liste sera « le jardin de ciment »…

posté par La Ruelle bleue le 23.05.12 à 17 h 25 min

Celui-là je vais le lire, c’est certain. Et je te conseille « Délire d’amour » si je ne l’ai pas déjà fait : un chef d’oeuvre, tout simplement.

posté par Yspaddaden le 23.05.12 à 17 h 27 min

Oui, j’ai lu « Délire d’amour » mais c’est bizarre, je n’en ai aucun souvenir… Certainement à relire !

posté par La Ruelle bleue le 25.05.12 à 9 h 59 min

Bonsoir,
J’avais aussi découvert cet auteur avec « Expiation » et j’avais dû m’y remettre à quatre reprises avant de trouver le goût de le lire, mais depuis c’est un de mes incontournables. « La plage de Chesil » est peut-être celui où la lucidité terrible de l’exploration des sentiments est la plus percutante. J’ai aussi adoré « Samedi » et pas du tout apprécié « Le jardin de ciment », comme quoi …
Athalie

posté par Athalie le 28.05.12 à 19 h 52 min

Comme quoi, ça vaut toujours la peine d’essayer, quel que soit son profil de lecteur !

posté par La Ruelle bleue le 29.05.12 à 15 h 23 min

Bonjour,

Je n’ai pas lu « Expiation », parce que j’ai un a priori sur ce roman, que j’ai peur de trouver trop long (j’ai dû lire des critiques dans ce sens..) mais je note, alors.
Et « Délire d’amour aussi », tant que j’y suis !

posté par ingannmic le 29.05.12 à 19 h 00 min

Long ? Pour ma part, je l’ai dévoré d’une traite. Il me hante encore…

posté par La Ruelle bleue le 01.06.12 à 15 h 25 min

J’ai adoré Expiation du même auteur et je vais certainement poursuivre la découverte. J’en ai lu de toutes les sortes sur ce roman-ci… du coup, je ne sais trop si je prendrai ce livre pour poursuivre…mais tu donnes envie.

posté par Karine:) le 02.06.12 à 4 h 11 min

Go, go, go !!!!! C’est un livre magnifiquement féministe, un livre courageux, un vrai poil à gratter !

posté par La Ruelle bleue le 02.06.12 à 15 h 14 min
Les commentaires ne sont pas activés