Suzanne, neuf poèmes pour un départ, Clovis Perrin (Éditions du Puits de Roulle)


Suzanne est la sœur de la femme de l’auteur. Surnommée Zette, cette femme simple et célibataire originaire d’Auvergne incarnait la générosité et l’altruisme pour toute sa famille. Lorsqu’une maladie fulgurante la frappe, les rangs se resserrent autour de la condamnée. Choyée, entourée de l’attention et de l’amour des siens, Zette s’éteint progressivement.

Clovis Perrin a traversé cette épreuve longue de quatre mois. Voir surgir la maladie est déjà déstabilisant en soi. La savoir mortelle à courte échéance est un profond bouleversement.

Le rapport à sa famille, à ses proches est éclairé sous un nouveau jour : la bienveillance, la solidarité, l’amour deviennent des valeurs refuge. Le rapport au temps qui passe s’aiguise : 4 mois, c’est long et c’est court à la fois. Les jours s’égrènent inexorablement et rapprochent l’échéance fatale alors même que le temps semble aussi se suspendre au souffle ténu de Suzanne. Cette distorsion temporelle est jalonnée d’instantanés que fige la mémoire au gré de sa sensibilité affective : un regard, une question, le goût d’un fruit, une fleur, une sensation de chaleur… Le temps n’est plus l’étalon de mesure de la vie qui passe. La fabrique du souvenir compte fébrilement à rebours.

Voir la vie sous son jour le plus vulnérable est source d’angoisse et pour trouver l’apaisement, il faut regarder autour de soi les choses qui paraissent à l’échelle de notre existence plus immuables. Bois et forêts, montagnes et vallées, lacs et rivières offrent leur sérénité et leur puissance. Maisons de famille, châteaux médiévaux et cathédrale laissent une empreinte humaine peut-être vaine mais rassurante dans ces paysages imposants qui entourent une fin de vie.

Clovis Perrin a concentré toutes ses émotions en poèmes et en dessins qui racontent sa confrontation au deuil imminent. Au-delà de la tristesse teintée de mélancolie ressent-on beaucoup de douceur, de prévenances et surtout une grande humilité. Ce recueil sur la mort n’impose pas ses tourments mais cherche le réconfort et par sa spontanéité, cet élan irrépressible qui tente de retenir et graver les instants avant le néant, il éloigne à sa manière l’ombre de l’oubli et du vide.

Suzanne, neuf poèmes pour un départ, textes et illustrations de Clovis Perrin, mars 2012, Antipode – Editions du Puits de Roulle, 49 pages
ISBN : 9782919139231  /  15 €

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