Les débutantes, J. Courtney Sullivan (Rue Fromentin)


Décidément, il s’en passe des choses sur les campus universitaires américains ! Il faut avouer que ce sont des viviers de choix pour refléter l’image d’une jeunesse prometteuse moulée dans les codes d’une société. Ils mettent également en scène les fragiles rêves individuels de réussite et les âpres idéaux humanistes débordants auxquels se confrontent la résistance au changement, la lourdeur d’un système hérité parfois à son corps défendant et souvent perverti par des intérêts particuliers peu scrupuleux ou des égoïsmes forcenés.

De J.C. Oates à Laura Kasischke en passant par Daniel Handler, nous en avons déjà exploré ici diverses facettes. J. Courtney Sullivan porte à son tour un regard critique et tendre sur cette jeunesse américaine et son rite de passage universitaire vers le monde des adultes et ses désillusions.

Sous ses allures de prime abord légères et frivoles, le roman aborde la question du féminisme (et de la féminité) autour de l’histoire de quatre fortes personnalités liées par une amitié profonde nouée lors de leurs années d’études au Smith College, entendez une université privée appartenant aux « Sept soeurs », écoles supérieures féminines regroupées dès 1927 dans le but de promouvoir l’éducation des femmes.

Evidemment, au sein d’un tel établissement, les revendications féministes de toutes sortes foisonnent et façonnent des figures emblématiques de la cause des femmes : Sylvia Plath, Betty Friedan, Molly Ivins, Catharine A. MacKinnon, Gloria Steinem…

Dans les pas de ces illustres précurseurs (au féminin), April, Bree, Celia et Sally vont à leur tour se heurter aux contradictions et tensions engendrées par les tiraillements entre le conformisme ambiant mais confortable et leurs aspirations à l’indépendance et la liberté, bien plus éprouvantes, voire dangereuses, à vivre et à poursuivre.

Lorsque l’on fait partie de la classe moyenne voire supérieure, que l’on est femme et que l’on vit dans une société faite par les hommes pour les hommes, comment peut-on parvenir à s’accomplir, sortir du lot, trouver sa voie et laisser des traces structurantes de son passage ? Comment va-t-on sortir son épingle d’un jeu complexe dans lequel on part avec un handicap de genre et quelle place place va-t-on se voir allouer ou réussir à gagner dans cette vie où il ne semble y avoir que trois alternatives « Those who can, do, those who can’t, teach, those who can’t teach, teach gym » ?

Jusqu’où arrive-t-on à lutter contre la facilité, la peur de s’engluer dans la routine et la médiocrité ? Comment réussir à refuser de se contenter de peu quand on a pu rêver mieux et qu’on sait valoir plus ? Comment accepter de voir ses copines faire d’autres choix que les siens tout en leur conservant toute son amitié et son respect ?

Voilà de quoi il est question dans ce roman truculent qui brosse le portrait d’une Amérique de jeunes femmes qui rêvent, qui doutent, qui militent, qui renoncent, qui revendiquent mais quoiqu’il en soit, qui tracent chacune à leur manière le laborieux sillon vers plus de tolérance et de reconnaissance.

 

Merci au service de presse des éditions Rue Fromentin !

 

Les débutantes (« Commencement », 2009 ), de J. Courtney Sullivan, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Frédéric Collay et Anne-Laure Paulmont, éditions Rue Fromentin, mai 2012, 517 pages

ISBN : 9782919547074 / 22 €

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Commentaires

[...] se souvient du premier roman de J. Courtney Sullivan, Les débutantes, qui avait ravi un bon nombre de lecteur en 2012, dont le très enthousiaste libraire Gérard [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 02.05.13 à 10 h 19 min

Tu as aimé ce roman, tu me le conseillerais ? Parce que j’ai souvent eu envie de le lire et je l’ai jusque là toujours reposé avant…

posté par Onee-Chan (la bibli d'Onee) le 02.05.13 à 10 h 45 min

Lis peut-être le dernier, « Maine »… Cela te donnera un bon aperçu de l’auteur, son style, ses thèmes de prédilections… Et si tu accroches, garde « les débutantes » pour plus tard afin de te replonger dans le même univers…

posté par La Ruelle bleue le 02.05.13 à 10 h 57 min
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