Les affligés, Chris Womersley (Albin Michel)


Australie, 1919 : dans le port de Sydney débarquent des centaines de soldats qui reviennent de l’enfer européen, des gueules cassées mutiques et figées dans leurs cauchemars, des jeunes hommes traumatisés par la barbarie de la guerre à laquelle ils ont participé. Lorsqu’ils ne se sont pas jetés du bastingage dans le sillon du navire qui les rapatrie, ils mettent pied à terre dans un pays infesté par la grippe espagnole.

Nouvelle-Galles du Sud, au pied des Blue Mountains, près des marécages et du bush colonisé quelques temps auparavant par les chercheurs d’or et aujourd’hui déserté, le petit village de Flint n’est pas épargné. Des drapeaux de quarantaine flottent sur les propriétés isolées assommées par un soleil ardent, au cœur d’une nature hostile et sauvage, territoire des serpents et des dingos. Une ombre se cache sur un promontoire boisé qui domine la ferme des Walker. Tapie dans les broussailles, elle surveille… Cette ombre est un fantôme du passé qui revient sur les lieux d’un crime odieux perpétré quelques années auparavant par un soir de tempête : dans une vieille remise abandonnée près d’un plan d’eau maudit depuis la noyade suspecte d’une jeune fille, une autre enfant du village a été retrouvée, violée et assassinée.

Sarah Walker n’avait que douze ans. C’est son père qui l’a découverte dans la remise, avec son jeune fils Quinn hébété à ses côtés, un couteau ensanglanté à la main. La fuite du gamin a enfoncé le clou de sa culpabilité : la honte s’est abattue sur la famille Walker en plus du deuil. Le père et l’oncle ont juré de pendre Quinn s’il remettait les pieds à Flint ; le fils aîné est parti ailleurs faire sa vie ; la mère, Mary, voit son existence déjà rude et austère lestée du double poids du drame…

L’ombre se rapproche un jour de la maison et entre dans la chambre de Mary, malade de la grippe… La mère reconnaît son fils disparu et l’écoute. Il sait que ce qui s’est passé ce soir de tempête n’a rien à voir avec les apparences, mais il sait aussi que la vérité rendrait les derniers de jours de sa mère cruellement accablants. Il ne lui révèlera donc rien d’autre que son innocence torturée.

Mais Quinn, toujours coupable aux yeux de tous et même en partie à ses yeux, renonce à sa propre réparation parce qu’il est persuadé d’être un lâche et d’avoir abandonné sa sœur, tétanisé par la peur et la couardise. Même sa croix de guerre gagnée aux champs d’honneur pour avoir sauver la vie d’autres soldats lui semble usurpée. Quinn est malade de ne pas avoir secouru sa sœur, il est malade de s’être enfui et de ne jamais rien avoir dit. Jusqu’au jour où il tombe sur une orpheline, réincarnation sauvageonne et lumineuse de Sarah, elle aussi menacée par les mêmes prédateurs. Leur rencontre sera une renaissance commune…

Un très beau roman, entre ténèbres et lumière, incontournable cet été…

L’avis de l’Oncle Paul ici !

Les affligés (« Bereft », 2010) de Chris Womersley, traduction de l’anglais (Australie) par Valérie Malfoy, mai 2012, éditions Albin Michel, collection « Les grandes traductions », 320 pages
ISBN : 9782226241467 / 20 €

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Commentaires

Bonjour Circé !
Mais oui, je suis toujours là !
Ce roman est dans ma pal et je sens que je vais le remonter dans les lectures prioritaires à cause de ta chronique ! Mais j’ai quelques romans qui ne peuvent attendre… A bientôt
Amitiés

posté par Oncle Paul le 24.07.12 à 14 h 29 min

Bonjour Paul ! toujours ravie d’avoir te tes nouvelles ! Ma pile est aussi à frémir ces temps-ci, et comme toi, à chaque fois que je dois y piocher, c’est toujours un mini-dilemme… mais toujours un grand plaisir !

posté par La Ruelle bleue le 24.07.12 à 14 h 35 min

D’autant que j’essaie d’alterner auteurs et maisons d’éditions, ou au contraire proposer deux chroniques qui se complètent.
Aujourd’hui par exemple je propose un ouvrage-document sur Arsène Lupin. Ce qui m’a donné l’envie pour demain de mettre une ancienne chronique de 1992 (non, je n’avais pas de blog, mais mes textes étaient radiophoniques) sur l’ouvrage de Didier Blonde : Les voleurs de visages, chez Métailié, livre qui est toujours disponible.
C’était l’info du jour…
A bientôt

posté par Oncle Paul le 24.07.12 à 14 h 41 min

Bonjour Circé
J’ai publié hier ma chronique concernant ce roman avec un lien sur ton article
Bonne continuation et éventuellement Bonnes vacances
Amitiés

posté par Oncle Paul le 10.08.12 à 18 h 15 min

Bonjour Oncle Paul ! vu ta chronique et mis également un lien sur la mienne ! A très bientôt !

posté par La Ruelle bleue le 11.08.12 à 19 h 41 min

Une belle lecture, entre ombres et lumières, effectivement …. Je n’avais pas vu le personnage de la petite orpheline comme une réincarnation de Sarah, mais comme un guide, une luciole … ce qui revient sans doute au même … Une écriture qui m’a accrochée en tout cas, alors qu’au départ j’ai crains un énieme roman sur les traumatismes de la Grande guerre, et non, pas seulement … Il m’a fait penser aussi au « Chemin des âmes » de Boyden.

posté par Athalie le 30.08.12 à 11 h 26 min

L’écriture est en effet sensible et l’univers assez envoûtant…

posté par La Ruelle bleue le 31.08.12 à 9 h 38 min

J’ai enfin réussi à le trouver à la Bibliothèque et je serais déçu s’il ne me plaisait pas.Ton article m’avait donné envie depuis belle lurette.

posté par Eeguab le 20.12.12 à 18 h 27 min

Je croise les doigts ;)

posté par La Ruelle bleue le 26.12.12 à 18 h 14 min

Dites moi ce que vous en pensez