Des cailloux dans le ventre, Jon Bauer (Stock La Cosmopolite)
« Que ce roman procure nourriture et réconfort à ceux qui portent encore le fardeau de leur enfance »
Telle est la toute dernière phrase du livre, insérée à la fin avec les remerciements de l’auteur, et qui résonne comme une épitaphe de consolation.
Pour qui sonne le glas ?
Pour un petit garçon de huit ans, écorché vif par l’amour maternel qu’il sent se dérober, glisser sur lui pour se fixer autre part, sur quelqu’un d’autre, un étranger, un intrus, un rival ; l’amour qu’une maman a du mal à fixer sur son enfant à cause d’un deuil qu’elle n’a pas surmonté.
Le père tente bien de colmater les brèches et d’éviter de nouvelles fissures mais il n’en a pas réellement la force face au déterminisme aveugle et farouche de sa femme. Elle ne sait pas faire autrement, elle ne le peut pas sous peine de sombrer. Elle tente d’être une bonne mère, et elle en est capable. Elle cherche l’équité, l’équilibre mais elle échoue et elle n’arrive pas à rendre les armes face au chagrin qui la mine. Les cailloux dans son ventre l’empêchent de se livrer.
Alors, le petit garçon plonge dans sa peine, rumine sa colère et ressasse sa rancœur. Ses pensées deviennent de plus en plus mauvaises et ses bêtises de plus en plus grosses. Il sent bien qu’il glisse sur la pente de la méchanceté mais il n’a aucun moyen de s’y soustraire. Il n’a que huit ans. Il se sent abandonné. Il est désemparé.
Alors il culpabilise et perd de plus en plus l’estime de soi. Il s’abîme de semaines en semaines comme un fruit blet oublié sur l’arbre, pourri à coeur. Il devient cruel. Il pousse ses actes vengeurs à leur paroxysme. Jusqu’au drame… Et pourtant, il est innocent. C’est un enfant.
Ne vous attendez donc pas à une bluette sentimentale en lisant ce roman. « Room » était déjà un livre troublant sur l’enfance et la filiation mais « Des cailloux dans le ventre » est encore plus à vif, violent, bouleversant, sans concessions. Il ne laisse aucun répit au chagrin d’un amour maternel défaillant, inaccessible, jusqu’à la nausée. J’imagine que plus sa propre enfance a été douloureuse, plus la lecture est éprouvante. Je ne suis pas sûre que tout le monde puisse trouver la consolation au bout du roman. Mais je suis certaine que cette évocation littéraire magistrale des blessures d’enfance fera date et marquera les esprits.
















Commentaires
J’ai détesté la fin. Trop de détail…C’est assez nauséeux.
Dommage car c’est un livre superbe. On sent bien toute la détresse de cet enfant. Enfant il est touchant, adulte il est abject.
Et Robert a une jolie place dans cette histoire où l’amour et la haine s’entrechoquent.
Par contre je ne pense pas que ce petit garçon soit innocent. Tout est voulu même si ce sont ses parents ( et surtout sa mère) qui le poussent indirectement à commettre l’irréparable.
Un livre difficile à conseiller car effectivement très éprouvant.
Je ne dirais pas qu’adulte, il est abject. Son comportement est abject, certes, mais lui, non. Et je ne rejetterais pas la faute non plus sur ses parents, surtout la mère, toujours facile de culpabiliser les mères ! En fait, je crois qu’il n’y a pas de jugement dans ce livre, juste le récit de relations humaines qui mènent à des situations dramatiques…