La réparation, Colombe Schneck (Grasset)


« Je ne parle pas pour vous, votre démarche est certainement respectable, mais j’en ai marre de cette diaspora juive qui exploite le business de la Shoah ».

Voilà ce que s’entend dire Colombe Schneck dans l’avion qui l’emmène en Lituanie, alors qu’au terme d’une interminable période de silence embarrassé et d’appréhension à dire ou connaître la vérité, elle trouve enfin le courage de revenir sur les pas de sa famille victime de la Solution finale en 1943.

Et à la lecture des premières pages, certains pourraient être tentés de se dire : encore un énième témoignage d’une même histoire qu’on nous rabâche depuis maintenant des décennies, toujours les mêmes récits de déportation et d’atrocités, récits teintés de banalité morbide qui finissent par tous se ressembler et faire injustement peser sur ceux qui n’en ont pas été victimes le poids écrasant et atavique d’une culpabilité déshonorante ou d’une immunité honteuse. On pourrait se dire : très bien ! que ceux qui veulent fouiller les archives de leur passé familial décimé par la Shoah le fassent en toute intimité au lieu de rendre public ce que l’ont sait déjà et qui ne nous touche plus à force d’avoir été tant répété. Les plus extrêmes arriveraient même à opposer le malheur des uns au malheur des autres, sur le registre ignoble d’une course à la souffrance absurde et dégradante pour tous.

En fait, et on s’en rend une fois de plus compte avec ce témoignage, les histoires particulières des Juifs d’Europe au XXème siècle relatent bien plus qu’une tragédie privée, un drame familial ou un parcours existentiel individuel. Elles portent en elles une dimension intemporelle et universelle qui justifie en soi le fait d’être maintes fois racontées, inlassablement, parce que c’est l’histoire de l’humanité. Juifs ou pas, européens ou pas, d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, cette histoire d’existences brisées, de mères et d’enfants, de loi du plus fort, de bourreaux et de victimes, de cruauté et d’abjection, d’errances et de choix cornélien, de la notion de bien et de mal confrontée au tumulte des évènements, de pulsion de vie où l’urgence le dispute à l’incoercible, de transmission interrompue et douloureuse, c’est l’histoire vécue des familles Girshovitz, Bernstein, Blumberg, mais c’est aussi, peut-être pas dans sa chair même mais juste en puissance et intrinsèquement latent, en tout cas forcément en germe, la mienne, la vôtre, la nôtre à tous.

Alors merci à tous ceux qui ont le courage d’aller chercher la vérité au cœur même de ce qu’ils ont de plus chers et de plus à vif, même si cela requiert une effrayante plongée dans les endroits les plus reculés et et les plus terrifiants de notre histoire commune et de l’âme humaine. Merci à Colombe Scheck de nous avoir raconté l’histoire de Mary, Ginda, Macha, Raya, Nahum, Kalman, Salomé, Hélène et tous les autres…

 

La réparation, de Colombe Schneck, éditions Grasset et Fasquelle, 22 août 2012, 214 pages
ISBN : 9782246788942 / 17 €

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Commentaires

[...] La réparation, Colombe Schneck (Grasset) [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 13.09.12 à 11 h 22 min

Bonjour,
Voilà une manière originale de faire de la critique littéraire. Vous ne dites rien des possibles qualités de l’ouvrage, mais tout des défauts éventuels de ses possibles lecteurs.

posté par anonyme le 18.11.12 à 12 h 37 min

J’avoue, cher(e) Anonyme, ne pas bien saisir le sens de votre propos… Ce qui me parait sûr, c’est que si vous pensiez avoir affaire sur ce blog à des « critiques littéraires » rédigées par une « critique littéraire », vous avez fait fausse route. Mon « A propos… » n’est peut-être pas assez explicite ou peut être ne l’avez vous pas lu. Le malentendu vient peut-être de là…

posté par La Ruelle bleue le 21.11.12 à 9 h 06 min
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