Qu’avons nous fait de nos rêves, Jennifer Egan (Stock La Cosmopolite)


Qu’avons nous fait de nos rêves, de nos vingt ans ? Quels dégâts le temps qui passe a-t-il causés sur nos vies et nos illusions, celles qu’on nourrissait si sauvagement au seuil de l’âge adulte, au moment de tous les possibles, lorsque nous n’avions en ligne de mire que gloire, succès et accomplissement dans un monde idéal dont nous étions forcément les héros rebelles ?

« Time’s a goon », le temps est un casseur répond Jennifer Egan en filigrane de ces chapitres qui se lisent comme autant de saynètes braquant les projecteurs sur des personnages à chaque fois différents, mais qui ont en commun d’avoir un futur qui ne ressemble en rien à leurs espoirs de jeunesse. Ils se croisent et se perdent de vue, dans le monde clinquant et frondeur du punk et du rock. Ils se rencontrent et s’éloignent entre les années 70 et 90, entre San Francisco et New York, comme des pantins désarticulés soumis à des mouvements perpétuels de balancier, dans une pantomime aussi pathétique que désabusée, parfois cocasse, parfois tragique. Jeunes adultes, ils se sont rêvés prodigues. A l’âge mûr, ils se sentent à peine vivre. Et ils ont tous un goût amer dans leur bouche de quadragénaire, le relent désagréable et persistant de leurs échecs et de leur insignifiance. Pourtant, ils collent à leur époque et pratiquent l’auto-dérision avec le sens aigu du ridicule qui ne tue pas (mais qui ferait bien parfois), utilisé en dernier recours, comme un ultime saut de l’ange, un pied-de-nez bouffon à la boîte de Pandore qui garde l’espoir en otage.

L’effet d’érosion du temps est ainsi fractalisé dans le récit choral en une multitude de coups de griffes, le lent travail des convictions qui s’étiolent est atomisé en autant d’éclats de verre sur les existences friables et éperdues de ces personnages qui sont d’autant plus attachants qu’ils se démènent comme de beaux diables pour ne pas renoncer complètement. Leur parcours chahuté et chaotique est passé au prisme d’une narration disparate et éclatée, qui n’hésite pas à se faire elliptique, facétieuse et déroutante (beau diaporama Powerpoint, notamment !) et finit par ressembler à un miroir fracturé, avec de possibles rêves brisés.

 

Merci au service de presse des éditions Stock !

 

Qu’avons nous fait de nos rêves, ( « A visit from the Goon Squad » ), de Jennifer Egan, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sylvie Schneiter, éditions Stock, collection La Cosmopolite, 22 août 2012, 371 pages
ISBN : 9782234071636 / 22 €

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Commentaires

Au final, tu le recommandes ?

J’adore l’idée, mais j’ai peur que ce soit un peu trop « moralisateur » et « j’écris moderne et décalé »…see ?

posté par bandedelitteraires le 26.09.12 à 19 h 24 min

Je recommande tous les livres dont je parle sur le blog ! (sinon, je garde mon avis négatif pour moi…)

posté par La Ruelle bleue le 27.09.12 à 15 h 04 min

[...] Qu’avons-nous fait de nos vingt ans, Jennifer Egan (Stock La Cosmopolite) [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 01.10.12 à 9 h 32 min
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