Le peintre et la jeune fille, Margriet De Moor (Libella-Maren Sell)


Margriet De Moor s’est emparée de l’histoire d’Elsje Christiaens, représentée sur une série de dessins de van Rijn – et quels dessins ! – pour imaginer la tragique histoire de la jeune fille et évoquer la vie artistique du peintre dont le prénom Rembrandt est devenu célèbre.

Nous sommes donc à Amsterdam, cinq années avant la mort du maître. Ses affaires sont loin d’avoir la prospérité qu’il a connue : il a dû quitter quelques années auparavant la maison cossue qu’il habitait avec sa première femme Saskia du temps de l’opulence pour un logis plus simple, les huissiers à ses basques. Malgré sa notoriété, il a subi quelques déboires cuisants, notamment le refus de son immense tableau La Conjuration de Claudius Civilis par la ville d’Amsterdam qui, insatisfaite, lui a retourné la toile.

En ce printemps 1664, Rembrandt se remet à peine du décès de sa troisième compagne, Hendrickje, victime de la peste. Ce nouveau deuil l’a rendu méditatif, très absorbé par ses souvenirs de vie commune avec les femmes qu’il a aimées et qui ne sont plus, inquiet pour ses proches et notamment son fils Titus. Au crépuscule d’une vie artistique bien remplie, il se revoit composer les portraits de Saskia, d’Hendrickje, dans la douceur d’un foyer et la tendresse d’un ménage heureux.

Il se remémore certaines de ses œuvres dont la création a été une véritable expérience pour lui, un concentré d’émotions, un prodigieux apprentissage artistique : le bœuf écorché, la leçon d’anatomie… Il travaille sur un tableau qui lui occupe beaucoup l’esprit et qui sera connu plus tard sous le nom de La fiancée juive. Mais un fait divers le détourne momentanément de ses préoccupations sur le rouge carmin de la robe ou la disposition du jeu de mains amoureux.

Son fils lui raconte l’exécution qui vient d’avoir lieu d’une très jeune fille d’origine danoise coupable du meurtre de sa logeuse. Répondant d’instinct à ce que lui dicte son état d’âme empreint de peine et de nostalgie, Rembrandt décide de se rendre sur le lieu où se dresse le gibet, là où la jeune fille étranglée est encore exposée. Sur place, il ne peut s’empêcher d’esquisser le tableau funèbre qu’il contemple devant lui.

Comme en écho à sa Descente de croix, il fige pour l’éternité Elsje Christiaens dans la mort, petite servante au tempérament vif mais au destin misérable, fauchée à l’aube de sa vie d’adulte, loin de son pays, de ses proches, immensément seule sauf à l’heure de sa mort publique et ignominieuse. Devant le spectacle désolant d’un jeune corps frêle supplicié, devant le visage encore enfantin de celle qui ôté la vie d’une autre à la hache, sur un coup de sang, Rembrandt, certainement fasciné, dessine la fragilité et la violence de la vie, la complexité des êtres et leurs paradoxes, la peur de l’avenir et la fatalité.

Dans un style très contemplatif qui sied bien aux évocations picturales et sur un ton mélancolique qui fait écho à la fin de l’existence, Margriet De Moor entremêle ainsi le regard introspectif du peintre sur sa vie et son art et le destin tragique et imprévisible d’une jeune oie blanche en prise avec le malheur. Son écriture a la couleur clair-obscur et le relief éclatant de la peinture des pays du Nord du XVIème et XVIIème siècle, la lumière tamisée et la chaleur secrète que l’on retrouve chez Vermeer, Van Ruisdael, les Van de Velde, comme autant de peintures de genre, de marines ou de paysages du siècle d’or néerlandais, non seulement quand elle évoque indirectement les œuvres de Rembrandt, mais aussi lorsqu’elle raconte le voyage par mer d’Elsje du Jutland aux Provinces-Unies, lorsqu’elle décrit Amsterdam et les déambulations du peintre, lorsqu’elle détaille des scènes de vie intimes.

Un voyage pittoresque et mélancolique dans l’art et le pays bas, une évocation contemplative de l’existence.

 

Merci au service de presse de Libella!

 

Le peintre et la jeune fille (« De schilder en het meisje », 2010) de Margriet de Moor, traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Annie Kroon, éditions Libella – Maren Sell, 30 août 2012, 288 pages
ISBN : 9782355800337   /   22 €

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Commentaires

[...] Le peintre et la jeune fille, Margriet de Moor (Buchet-Chastel) [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 09.10.12 à 12 h 07 min

Je lis ce blog depuis longtemps mais c’est la première fois que je commente, il était temps!
Cette chronique ne fait que renforcer mon envie de lire ce titre. J’aime beaucoup la fiction historique et la peinture de cette époque. Il est dans ma liste depuis des semaines et j’espère l’en faire sortir bientôt!

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posté par Amélie le 03.12.12 à 14 h 55 min

Bonjour Amélie et merci pour votre message et votre fidélité. J’espère que ce livre vous plaira !

posté par La Ruelle bleue le 04.12.12 à 18 h 48 min
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