A travers les champs bleus, Claire Keegan (Sabine Wespieser)


Après L’Antarticque, voici le deuxième recueil de nouvelles de Claire Keegan, écrit trois ans avant son fabuleux et fulgurant « roman » Les trois lumières.

Avec constance, l’auteure irlandaise continue de nous charmer avec son art de figer dans toute leur acuité et leur sensibilité des instants de vie qui révèlent ainsi le sel de l’existence mais aussi ses failles et ses douleurs, ses doutes et ses malheurs.

Chez Claire Keegan, le pouvoir d’évocation des mots se niche dans le quotidien rural fruste des personnages qui ouvre une brèche dans la retenue de leur vie. On retrouve à la fois le pouvoir magique de la parole qui, utilisée à bon escient, révèle et dévoile des vérités, répare et console les âmes désolées, mais aussi son revers dévastateur, maléfique, la chape de plomb du silence.

«  Elle disait que la parole mène à la connaissance de soi. La conversation visait à dévoiler ce que, dans une certaine mesure, on savait déjà. Elle croyait que, dans toute conversation, il existait un bol invisible. La parole était l’art de placer des mots adéquats dans le bol et d’en sortir d’autres. »

On retrouve également cet univers de contes et de superstitions, ces descriptions merveilleuses de vies simples et pauvres pourtant si riches de sens et de générosité, alourdies du poids des traditions, parfois frappées au sceau du malheur, mais empreintes d’une bienfaisante authenticité.

Dans ce recueil, il est beaucoup question d’amour : amours honteuses et interdites, amours blessées ou trompées, amours filiales déçues, dévoyées ou sacrifiées. Mais il y a toujours une lueur d’espoir, une soif de consolation, un possible choix réparateur. La femme est au cœur de cet univers rude et impitoyable. Elle est active, dévouée, créatrice. C’est elle qui noue et dénoue les liens, c’est elle qui soigne et apaise. Laborieuse et infatigable, elle tient la famille à bout de bras, elle ne renonce jamais à l’amour auquel elle aspirait, à la chaleur d’un foyer qu’elle souhaitait préserver, au respect que l’homme lui doit. Elle donne la vie et colmate ses brèches, en digne fille de la Nécessité et de la Destinée. Quand elle se tait, c’est le début de la fin. Quand elle parle, tout redevient supportable. Si elle disparaît, tout s’effondre.

«  Ne te tracasse pas pour la terre. Le désastre, c’est la perte de la femme »

L’enfance est également toujours aussi superbement évoquée, saisie à vif dans toute sa vulnérabilité, marquée par cet abandon et cette confiance aveugle envers des adultes qui peuvent faillir, tromper, décevoir, faiblir…

Si vous avez aimé L’Antarticque et Les trois lumières, vous ne pourrez que vous délecter de cette balade irlandaise à travers les champs bleus, parfois d’un bleu nuit crépusculaire, parfois d’un bleu maritime vivifiant. Vous ne pourrez que savourer le talent de cette auteure qui dès la première nouvelle, à travers de simples mots entourant son personnage principal, son double en littérature, annonce le fil rouge du recueil, voire révèle sa ligne de foi littéraire.

« Déjà, elle avait inscrit l’histoire dans l’espace et le temps, l’avait empreinte d’une atmosphère, et d’un désir intense. Il y avait la terre et le feu et l’eau sur ces pages ; il y avait un homme et une femme, et la solitude humaine. Quelque chose dans l’œuvre était fondamental et simple. »

 
A lire également : l’interview de Claire Keegan par La Ruelle bleue
 

Merci au service de presse de Sabine Wespieser éditeur !

A travers les champs bleus ( « Walk the blue fields », 2007 ), de Claire Keegan, traduit de l’anglais (Irlande) par Jacqueline Odin, Sabine Wespieser éditeur, 4 octobre 2012, 256 pages   ISBN : 9782848051185  /  22 €

Et si vous jetiez un oeil sur...



Commentaires

Magnifique chronique. On perçoit effectivement Que tu as beaucoup aimé. Charmée par Les trois lumières, je viens de terminer ce recueil de nouvelles. J’en parlerai sur mon blog cette semaine (mais sûrement pas aussi bien que toi).

posté par Jostein le 15.10.12 à 17 h 48 min

J’irai faire un tour sur la route de Jostein alors ! J’ai hâte de savoir si (et comment) tu as aimé… Tu sais que Claire Keegan est à Paris cette semaine ? J’ai la chance (un peu transie) de pouvoir l’interviewer…Si tout se passe bien, je transcrirais la rencontre sur mon blog !

posté par La Ruelle bleue le 15.10.12 à 18 h 36 min

On attend la retranscription avec impatience, pas de raison ! Quelle chance ! (transie ou pas)
A bientôt donc !

posté par Athalie le 16.10.12 à 19 h 28 min

ça va venir, ça va venir, j’y travaille ;)

posté par La Ruelle bleue le 18.10.12 à 18 h 12 min

Claire Keegan est très présente sur les blogs.Or,je ne l’ai jamais lue.Je vais remédier à ça.

posté par Eeguab le 19.10.12 à 19 h 41 min

Alors peut-être, commence par Les Trois Lumières…

posté par La Ruelle bleue le 20.10.12 à 18 h 14 min

[...] L’auteure irlandaise séjournait à Paris le temps de promouvoir son dernier recueil de nouvelles « A travers les champs bleus » et son attachée de communication m’avait proposé cette rencontre quelques jours [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 01.11.12 à 11 h 08 min

[...] A travers les champs bleus, Claire Keegan (Sabine Wespieser) [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 01.02.13 à 16 h 03 min
Les commentaires ne sont pas activés