Moi et toi, Niccolò Ammaniti (Robert Laffont)


Ce court roman est un roman sur le mal-être de l’adolescence, la fragilité de jeunes êtres qui s’abîment dans le mutisme ou l’auto-destruction. Il a par ailleurs été adapté au cinéma par Bernardo Bertolucci qui a présenté son film cette année à Cannes.

Lorenzo a quatorze ans. Sa mère est inquiète pour lui car il vit dans sa bulle, n’a pas d’amis, ne sort quasiment pas pour profiter des distractions communes à son âge. Il est introverti, taciturne, insaisissable. Alors elle l’encourage à s’ouvrir sur le monde.

 « Les choses, une fois qu’on les a pensées, quel besoin y a-t-il de les dire ? »

Mais Lorenzo se sent figé, paralysé, comme le jour où sa mère s’est fait agressée devant ses yeux sans qu’il puisse même lever le petit doigt, autant tétanisé par l’angoisse de la perdre que par la scène brutale à laquelle il assiste. C’est comme pour sa grand-mère, qu’il aimait terriblement et dont il n’a pu supporter la vision sur un lit d’hôpital, grabataire, au seuil de la mort.

La vie est trop violente pour Lorenzo, âme trop sensible, trop lucide. Il préfère se mettre à la marge, pour se protéger, pour éviter de souffrir. Différent des autres et en totale inadaptation au monde qui l’entoure, il préfère simuler et mentir pour mieux se fondre dans la masse et disparaître, victime de l’effet Pygmalion. Mais au fond, il désire également ardemment faire plaisir à sa mère, l’alléger de ses soucis. Alors il monte un stratagème. Il dit être invité par des amis pour un séjour au ski. Mais le jour du départ, le jeune garçon se réfugie dans la cave de son immeuble, ravi de passer quelques jours en ermite, loin de tout, dérobé au regard des autres, isolé de ses semblables. Enfin, il peut rentrer dans un trou de souris, le temps d’une semaine, échapper à l’âpreté de la vie sociale, à la rudesse des relations humaines…

C’est sans compter sur sa demi-sœur qui surgit de nulle part et lui demande l’asile. Olivia est plus âgée que lui, jeune adulte déjà. Il ne la connaît pas vraiment bien, l’a rarement vue. Il porte sur elle un regard à la fois admirateur et un peu méfiant. D’autant qu’Olivia se présente à lui en bien piteux état. Il met un long moment avant de comprendre que c’est une toxico en phase de sevrage… Il met un long moment avant d’agir, enfin, de réagir, et de sortir de son apathie, de son autarcie narcissique, de son isolement autistique.

Frère et sœur à demi, étranger l’un à l’autre, leurs fragilités et détresse psychologiques vont leur permettre de se rapprocher l’un de l’autre, de se réparer l’un l’autre, juste le temps de ce séjour fictif au ski. A la sortie de la cave, la réalité reprend le dessus et si l’un arrive à s’en sortir, l’autre perd définitivement pied…

Si vous avez aimé No et moi de Delphine de Vigan, vous apprécierez certainement Moi et toi de Niccolo Ammaniti et son portrait bref et ramassé mais non dénué de sensibilité de l’adolescence et de ses complexes, de la fuite en avant et du choc de la confrontation au réel, qui parfois peut être fatal.

 

Merci au service de presse des éditions Robert Laffont !

 

Moi et toi (« Io e te », 2010 ) de Niccolò Ammaniti, traduit de l’italien par Myriem Bouzaher, éditions Robert Laffont, 27 août 2012, 150 pages
ISBN : 9782221125830  /   15 €

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Commentaires

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posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 21.11.12 à 9 h 22 min
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