La nuit tombée, Antoine Choplin (La Fosse aux ours)


Un homme, seul, sur une moto. L’engin traîne incongrument derrière lui une remorque cahotante à l’attache bricolée. L’homme et sa moto roulent le long de routes sinueuses et désolées vers un territoire sacrifié. Aimantés, attirés irrépressiblement au cœur de la zone interdite, ils roulent vers la ville irradiée, évacuée, pillée, aujourd’hui repaire dangereux et fantomatique que seuls les malfrats en quête d’impunité osent encore fréquenter.

Gouri habitait là, à Pripiat, lorsque le cœur d’un des réacteurs nucléaires est entré en fusion. Il vivait avec sa femme et sa fille dans un appartement de cette cité construite pour les employés de la centrale de Tchernobyl. Tout a basculé pour lui au moment de l’explosion nucléaire. Il s’en est sorti, miraculeusement, et aujourd’hui il retourne y chercher une porte… Question de survie…

En chemin, Gouri s’arrête à la périphérie de ce vortex maudit dans les villages où vivent encore quelques uns de ses amis d’autrefois. Le paysage est quasi lunaire, le silence est pesant, l’atmosphère funeste. Pourtant, malgré la terre contaminée, malgré les cellules attaquées par les rayonnements mortels, malgré la désertification des sols et des vies, il retrouve la chaleur de l’amitié, l’éloquence de la solidarité, tout juste empreintes d’une résignation humble et fataliste.

La quête de cette porte sur une machine improbable qui pétarade seule dans un no man’s land insonore, incolore et tortueux provoqué par le génie humain, n’est absurde qu’aux premiers abords. Avec une sobriété stylistique, un dépouillement narratif soigné et une apparente modestie de la forme, des personnages et de l’intrigue, Antoine Choplin touche au cœur de l’âme humaine, de sa quête existentielle après une catastrophe industrielle cauchemardesque, de l’impuissance et du dénuement de l’individu après que l’homme a joué les apprentis sorciers. Ce n’est pas un hasard si l’illustration de couverture choisie est celle d’un peintre appartenant au mouvement futuriste et que le roman nous renvoie en écho la catastrophe récente de Fukushima.

Science, progrès, vitesse… Et l’homme, dans tout ça, le simple commun des mortels… Arrive-t-il à trouver sa place ? Arrive-t-il réellement à suivre l’emballement savant qu’il a lui-même créé ou fait-il juste semblant ? Quel est le prix à payer pour toutes ces avancées technologiques appliquées avec autant d’empressement que d’aveuglement ?

Crépuscule de civilisation ? La nuit tombée, répond Choplin… avant tout sur le cœur des hommes.

 

Prix France télévisions 2012

La nuit tombée, d’Antoine Choplin, éditions de la La fosse aux ours, 16 août 2012, 122 pages
ISBN : 9782357070332  /  16€

Et si vous jetiez un oeil sur...



Commentaires

[...] La nuit tombée, Antoine Choplin (La Fosse aux ours) [...]

posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 05.12.12 à 17 h 16 min
Les commentaires ne sont pas activés