Un repas en hiver, Hubert Mingarelli (Stock)


Je ne sais résister à la tentation d’une invitation littéraire à partager un repas… Qu’il s’agisse de récits anciens où il est question d’une « ultima cena » ou d’un fameux banquet cher aux philosophes ; qu’il s’agisse de fabuleux festins comme celui de Babette ou celui de la statue du Commandeur ou encore celui dénudé de la beat generation ; qu’il s’agisse de ripailles pantagruéliques ou de repas grinçants chers à Zola, Flaubert et Maupassant pour décrire l’ordre social établi – ou même celui de Zweig dans sa Pitié dangereuse – je suis la première à me mettre à table…

Miam, me suis-je dit alors en entendant en juin dernier Hubert Mingarelli parler de son repas en hiver. Ses propos ont fait résonner d’autres échos excitant ma curiosité : un hiver sous la table de Topor, les musiciens de Brême et Hansel et Gretel des frères Grimm, le sergent dans la neige de Mario Rigoni Stern, l’oiseau bariolé de Jerzy Kozinski… Toutes ces évocations en association libre étaient autant de promesses d’un riche moment de lecture. Et je n’ai pas été déçue.

Un repas en hiver est une sorte de huis-clos dans les plaines gelées et désertées de Pologne pendant la Seconde guerre mondiale. Quatre personnages dans une bicoque abandonnée qui tentent de se réchauffer autour d’un poêle ronflant, un saucisson, des miches de pain, une soupe de semoule qui n’en finit pas de cuire et une flasque d’eau de vie. Plus un autre, terré dans la resserre comme une bête, et rejeté hors de la sphère humaine alors que le chien a le droit de se sècher le poil au coin du feu.

Un repas en hiver commence par une molle et vaine dérobade à l’abject, une mission à peine moins odieuse effectuée sans entrain mais finalement remplie, et se finit par le dégoût envers soi et ses actes à travers une fortuite – et quasi providentielle – incarnation de la haine de l’autre qui a le pouvoir d’un reflet de miroir… Un repas en hiver commence par une humanité anesthésiée et inerte et finit par une lueur d’espoir, non moins cruelle cependant, car la mort est au bout du chemin, du moins pour certains…

Ne lisez surtout la quatrième de couverture qui déflore violemment l’histoire en vous révélant tout, tout suite, vous privant ainsi de la subtile, puissante et lancinante emprise du récit. Un livre court, percutant, qui fend sans conteste la mer gelée…

Et si vous jetiez un oeil sur...



Commentaires

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posté par La Ruelle bleue : blog littéraire le 05.12.12 à 17 h 18 min
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