Henri IV, l’énigme du roi sans tête, Stéphane Gabet et Philippe Charlier (Librairie Vuibert)


henri4Peut-être avez-vous vu en 2011 un documentaire sur France 5, rediffusé récemment à l’occasion de la sortie de ce livre, qui relatait l’enquête menée par le journaliste Stéphane Gabet sur une tête momifiée retrouvée dans une armoire au fond d’un grenier et attribuée selon la légende qui l’entoure à Henri IV.

Histoire rocambolesque s’il en est de cette découverte en 2008 !  Comment diable cette tête plutôt bien conservée s’est-elle retrouvée chez ce vieux couple habitant en province et n’ayant dit mot de leur trésor pendant des années ?

Pourquoi pensent-ils qu’il s’agit de la tête d’Henri IV ? Ce bon roi n’a pourtant pas été guillotiné, mais poignardé en 1610 : tous les élèves se rappellent du nom de Ravaillac et de l’assassinat sempiternellement illustré dans les manuels scolaires par le tableau de Charles Gustave Housez.

Et s’agit-il vraiment de la tête du Vert Galant ? Comment s’en assurer ?assassinat henri IV

Par des moyens scientifiques bien sûr… C’est pourquoi Stéphane Gabet a fait appel à des spécialistes qui ont exécuté une batterie de tests et d’examens sur la fameuse tête, pendant que d’autres chercheurs enquêtaient dans les archives pour collecter des indices à défaut de preuves incontestables.

La tête a donc été étudiée sous toutes les coutures, scrutée, scannée, reniflée afin de déterminer ses particularités, ses caractéristiques générales. Les résultats ont été confrontés à ce qui a été exhumé des archives et des études historiques menées en parallèle.

Ainsi, le trou dans le lobe de l’oreille amenait à se demander si le roi, à l’instar des derniers Valois, portait une boucle et donc à retrouver des témoignages historiques l’attestant. Il fallait déterminer également d’où provenait les traces bleues repérées à la base de la tête. S’interroger sur le fait que le crâne n’était pas scié ce qui contrevient a priori aux techniques d’embaumement employées pour les rois de France. Le carbone 14 devait également révéler si la tête datait bien du XVIIème siècle.

A l’issue de cette série d’examens, de la confrontation insolite de vieux os les uns aux autres et de découvertes inédites sur les mœurs de nos anciens, Stéphane Gabet s’est retrouvé avec un faisceau d’indices concordants, mais aucune preuve indiscutable.

Le clou des études et analyses restait donc la confrontation de l’ADN de cette tête avec celui du sang de Louis XVI conservé sur un mouchoir. Et là se posaient deux problèmes majeurs : l’ADN de la tête était difficilement analysable car contaminé par le plomb du cercueil qui l’a abritée des décennies durant et rien ne prouvait que le sang sur le mouchoir était bien celui de Louis XVI. Il s’agit encore d’une légende familiale qui voudrait que ce sang ait été recueilli par un aristocrate italien lors de la décapitation sur la place de la Concorde et conservé presque religieusement depuis.

Mais finalement les tests sont effectués sur les échantillons les plus exploitables et les résultats attestent une compatibilité avec une relation paternelle directe sur sept générations….

Si l’analyse est fiable, de deux choses l’une : soit il s’agit bien du sang de Louis XVI et de la tête d’Henri IV, l’un étant la preuve de l’autre et inversement, soit il s’agit d’une coïncidence absolument renversante !

Mais ne crions pas victoire et prolongeons le sujet au-delà de ce livre regorgeant d’un bel enthousiasme mais forcément de parti pris, bien que préfacé par Jean-Pierre Babelon himself, biographe reconnu d’Henri IV et spécialiste de l’époque… Suite à la parution de ces résultats dans une revue scientifique, des voix se sont élevées avançant des contre-arguments. Ainsi, la question cruciale de la boucle d’oreille ne met pas tout le monde d’accord.  Plus dérangeant, l’ADN ne serait pas compatible avec celui d’Anne de Roumanie, descendante contemporaine avérée de Louis XIV !

Alors la lectrice que je suis se pose une simple question, trahissant son ignorance mais attestant de sa véritable curiosité. Il est dit dans le livre que Louis de Bourbon, Louis XX pour ses partisans, né en 1974 et descendant de Louis XIV a accepté d’apporter son aide à l’enquête notamment sur le volet historique. Mais alors pourquoi son ADN n’a-t-il pas été comparé à celui du sang du mouchoir et de la tête momifiée ? Scientifiquement peu probant ? Son désir d’aide s’est-il arrêté aux frontières de ses cellules ?

Toujours est-il que la tête de son présumé aïeul lui a été restituée et qu’elle dormirait aujourd’hui dans un coffre-fort de banque en attendant l’autorisation d’inhumation à Saint-Denis (il faut rendre à César…).

Mais après tout, Henri IV ou pas, ce n’est pas cela qui va changer la face du monde quand le nez de Cléopâtre, trop long au goût de Blaise Pascal, y a échoué !

Il n’en reste pas moins que ce récit de l’enquête est captivant, mêlant sciences d’aujourd’hui, Histoire de France, aventures rocambolesques et personnalités haute en couleurs !

 

Merci au service de presse de la Librairie Vuibert !

 

 

Henri IV, l’énigme du roi sans tête, de Stéphane Gabet et Philippe Charlier, préface de Jean-Pierre Babelon, La Librairie Vuibert, février 2013,  157 pages
ISBN : 9782311013672  /  16,90 €

Et si vous jetiez un oeil sur...



Commentaires

Bonjour Circé
Un ouvrage que j’ai beaucoup aimé lire et chroniquer. J’avoue que je n’avais pas pensé à l’ADN de Louis XX, mais j’ai toutefois relevé une petite erreur dans l’ouvrage en question.
Amitiés

posté par Oncle Paul le 01.04.13 à 14 h 11 min

En effet, quelle perspicacité Oncle Paul ! La chasse aux erreurs est ouverte : http://leslecturesdelonclepaul.over-blog.com/article-stephane-gabet-philippe-charlier-henri-iv-l-enigme-du-roi-sans-tete-116186373.html !
A bientôt !

posté par La Ruelle bleue le 01.04.13 à 14 h 20 min
Les commentaires ne sont pas activés