Il ne restera aucune trace de ton passage, Thierry Vouillamoz (Atramenta)


il-ne-restera-aucune-trace-de-ton-passage Un premier roman publié à compte d’auteur : voilà qui est inédit dans la Ruelle bleue ! Mais soyons curieux le temps de quelques questions posées à l’auteur, Thierry Vouillamoz, afin de faire connaissance avec lui et son jeune héros en prise aux tourments de la passion et aux pulsions criminelles…

Votre roman met en scène un jeune homme sensible et marginal, à la vie intérieure fébrile et tumultueuse, pétri de fantasmes, qui tombe fou amoureux. Troublé par cette passion qui le dévore, il commet (ou pas) une série de meurtres dont d’autres femmes sont les victimes. C’est un bref résumé de lecteur. Pourriez-vous nous proposer votre résumé d’auteur ?

Vous avez très bien résumé. Il s’agit effectivement d’un garçon au point mort, spectateur de sa vie seulement, pauvre de surcroît. Lui qui ne suscite aucune curiosité de la part de son entourage, pourquoi ne laisse-t-il pas cette fille indifférente ? Mais c’est tant mieux ! Il s’en sort petit à petit, mais aux prix de vies innocentes. Tue-t-il par amour ? Oui. Est-il responsable de ces actes ? Il ne le sait pas ; personne ne sait.

«Il ne restera aucune trave de ton passage». Doit-on entendre ce titre en écho à «vanités des vanités, tout est vanité» ou est-ce une allusion au monde du rêve dans lequel tout est permis, tout est possible, en toute impunité et dans le seul secret de son âme ?

Exactement, j’entends par là : que restera-t-il après la vie ? sommes-nous périssables et voué à l’oubli ?

Votre roman semble inspiré de la littérature de la fin du XVIIIème siècle, qu’elle soit romantique avec un personnage principal très « werthérien », ou fantastique avec un climat évoquant entres autres E.T.A Hoffmann, comme cela est souligné dans la préface. Etes-vous un admirateur de ce siècle, de ces auteurs, de ces genres de littérature ?

Non, je n’avais lu que peu de choses, une dizaine de romans tout au plus. Cette condition était un challenge. Ce sont les essais que je préfère lire. « Choses et Autres » de Prévert ; « Tel Quel » de Paul Valéry ; « Fragments d’un Discourt Amoureux » de Roland Barthes sont des livres que j’ai lus cette année par exemple.

Le récit s’inscrit cependant aussi dans un cadre très contemporain notamment par le vocabulaire employé ou les situations évoquées comme la précarité économique des jeunes qui entrent dans la vie active. Pensez-vous que la figure d’un héros romantique puisse traverser les siècles sans aucune altération due au contexte historique et sociologique ?

Le romantisme n’est pas qu’une mode du 18e, il est ancré en ceux qui le ressentent. La joie, la dépression, la mélancolie, le romantisme… symptômes de ce que l’on est et puis c’est tout. Ceux qui sont doués de cette aptitude à se complaire dans le pathos se réuniront un jour et formeront de nouveaux mouvements. Il y avait les romantiques, il y a les gothiques, il y en aura d’autres surtout maintenant que cette ère sex friends, sexe casse-croûte, facile et sans engagement est une véritable plaie pour les Amoureux qui sont seuls chez eux à espérer. C’est une matière parfaite pour travailler.

© Thierry Vouillamoz

© Thierry Vouillamoz

On crée un personnage romantique puis il attrape un coup de foudre pour une femme, dès lors on a un champ de possibilités immense : tentera-t-il sa chance ? par quels moyens ? Abandonnera-t-il ? Finira bien ou finira mal… Si en plus il n’a pas de situation professionnelle stable, on obtient deux «quêtes» à développer. Le sujet du gars romantique est donc impérissable et une source d’inspiration infinie, il peut exaspérer ou faire rire…

Il semble pour votre personnage qu’au désenchantement du monde s’ajoute le désœuvrement. C’est décidément un grand mélancolique ? Pensez-vous que la mélancolie a encore sa place aujourd’hui et de quelle façon ?

La mélancolie est un fléau pour celui qui la ressent. Elle implose des cœurs, des carrières ; elle détruit des vies. Le protagoniste en fait l’amère expérience. Disons que pour ce personnage elle est une offrande à sa belle. « Vois le temps que je passe à penser à toi ; vois l’état dans le quelle je me mets. Ces états sont ma définition Unique de l’amour Unique que j’éprouve pour toi afin que jamais tu ne doutes de ma dévotion. »

Votre personnage principal flotte entre rêves et réalité, la frontière entre les deux semblant pour lui extrêmement perméable. Il peine à trouver sa place dans l’existence. « L’étranger au monde » est un thème qui vous nourrit ?

Lorsqu’une relation est impossible, l’impression que la réalité dans laquelle je vis me semble irréelle. Reste le doute. Pourquoi cette version de la réalité et non une autre plus aisée ?

La couverture du livre est une aquarelle représentant un visage sans traits qui évoque à la fois une douceur triste et une violence silencieuse. Vous en êtes également l’auteur ? Je trouve qu’elle entre vraiment en résonance avec le récit. Sauriez-vous dire pourquoi ?

Cette aquarelle est effectivement une création personnelle. Ce visage (sans visage) est énigmatique. Le roman, lui, amène la réponse.

Vous êtes un jeune auteur mais l’écriture n’est pas votre seul moyen d’expression artistique. Que vous apporte cette pratique de particulier, de complémentaire ?

L’écriture a l’avantage de canaliser mon esprit. J’ai moins de concentration lorsque je chante ou peint, je m’évade donc moins.

Est-ce votre premier roman ? Ecrivez-vous depuis longtemps ?

C’est mon premier roman. J’ai commencé à écrire quand j’ai entamé sa rédaction et je peux presque affirmer que j’ai appris à écrire avec lui.

Vous publiez à compte d’auteur. Est-ce un choix délibéré ou le résultat du parcours d’un combattant pour être publié ?

En premier lieu, je désirais partager gratuitement et librement le roman sous licence GNU.

© Thierry Vouillamoz

© Thierry Vouillamoz

J’ai alors déniché les éditions In LibroVeritas et Atramenta qui permettent cela. Dans un second temps, j’ai estimé que la validation du manuscrit par un comité de lecture serait une fabuleuse récompense pour un auteur, un gage de qualité. J’ai envoyé mon manuscrit à une vingtaine de maisons. J’attends encore des réponses. Je suis libre de trouver une autre maison et j’espère que ça arrivera. C’est l’impatience et la confiance que j’avais en Atramenta qui m’a poussé à autoéditer mon manuscrit.

Enfin, pourriez-vous présenter votre personnage principal en vous prêtant par procuration au jeu du questionnaire (abrégé et révisé) de Proust ?

Son occupation préférée

Découvrir l’informatique à la façon d’un explorateur.

Son rêve de bonheur

Vivre dans un chouette appartement au rez-de-chaussée avec celle pour qui il a attrapé le coup de foudre.

Quel serait son plus grand malheur ?

Aller en prison et ne pas pouvoir terminer sa «quête»

A part lui-même qui aimerait-il être ?

Oh, il se regarde le nombril, il aimerait être lui et seulement lui, mais en ayant plus de chances qu’il n’en a eues jusque-là.

Où aimerait-il vivre ?

N’importe où, mais avec sa belle.

Son auteur favori

 Je pense qu’il aimerait Herman Hesse. S’il n’a pas lu le Loup des Steppes, je le lui conseille.

La musique qu’il écoute en boucle

 Arcade Fire

Ses héros dans la fiction

Odin, le dieu nordique des poètes.

Ses héroïnes dans la fiction

Trinity dans Matrix

Ses héros dans la vie réelle

Gandy et Linus Torvalds

Ses héroïnes dans la vie réelle

Sûrement une serveuse avec qui il aime discuter

Ce qu’il déteste par-dessus tout 

Qu’on lui fasse la morale sans proposer aucune solution

Comment il aimerait mourir

Doucement, près d’un cours d’eau.

Sa devise

Ne sois jamais rancunier

Son épitaphe

Laissez-moi, ne vous en faites pas : je ne suis que mort

Sa plus belle déclaration d’amour 

 Je t’aime.

Il ne restera aucune trace de ton passage, de Thierry Vouillamoz, Atramenta, janvier 2013, 146 pages
ISBN : 9789522731227 / 13,90 €

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