Je n’ai de goût qu’aux pleurs que tu me vois répandre, Sébastien Bonnemason-Richard (Alma)


jenaidegoutMadame Bovary, c’est moi aussi…

C’est ce que le jeune auteur Sébastien Bonnemason-Richard revendique dans un autoportrait qui figure en postface de son premier roman dont le titre est, quant à lui, emprunté à Racine. Le court récit se déploie entre ces deux parenthèses en forme de références littéraires, ponctué d’autres hommages rendus à chaque tête de chapitre à Philippe Jacottet, Arthur Rimbaud, Vladimir Nabokov, Lorand Gaspar, Hélène Duffau, Paul Eluard ou Charles Baudelaire…

Un homme amoureux quitte sans volonté de retour son morne et moderne quotidien et prend la route pour retrouver celle qu’il aime. Désabusé du concret et de l’ennui de son existence antérieure, hanté par un goût d’imposture, il décide de « s’abolir, s’abroger, s’annuler ». Sur la route qui le conduit en Irlande, il s’enflamme sous l’effet de l’ardeur de ses propres sentiments, il s’embrase à la fièvre de ses émotions en ébullition, les sens aiguisés, prédateur à l’affût de sa proie.

« Respire plus fort que je puisse t’entendre. »

A chaque kilomètre avalé et énoncé vainement, comme un compte-à-rebours rythmant un mental de plus en plus discursif, il s’éloigne de la terre ferme et du monde tangible qu’il ne sait plus partager avec autrui pour s’enfoncer dans son propre univers fantasmagorique dont il est le seul héros, pétri de pulsions phagocytaires, cherchant l’assouvissement de ses désirs les plus intimes, superbement tourmenté comme seuls peuvent l’être les héros romantiques.

Friedrich-mer-de-nuages« Dérisoire, au bord d’une mer démontée, je suis errant de l’estran, entre mer et plage, mer et nuages, dans l’indistinction du jour et de la nuit. »

Et ce n’est finalement pas un acte manqué s’il a emporté avec lui « son doudou », un objet transitionnel transgressif, une arme transmutée « en concept, en œuvre d’art »…

Le roman est ainsi nourrit des richesses du monde intérieur du personnage principal, un « paysage état d’âme » qui permet l’évasion,

« Espace et temps, irrémédiablement mêlés. »

Bref mais intense, ce road-movie oscille entre le réel et l’imaginaire, ligne de fuite tendue comme un fil de funambule au-dessus d’un précipice, avec un homme en équilibre instable avançant droit devant, élégamment mais fatalement, avant de s’échouer, naufragé, dévasté…

« J’ai basculé, mon amour, de l’autre côté… »

… puis de renaître, tel le phénix de ses cendres, de s’affranchir du grotesque et d’enfin entrevoir la beauté, mais toujours passager d’un voyage immobile entre la raison et la folie.

« Plus rien, à part le chemin d’écume que le ferry laissa et qui sembla atteindre le ciel.

Une  simple trace blanche tatouée sur un gris aux reflets  bleus.»

 

Merci au service de presse d’Alma Editeur !

 

Je n’ai de goût qu’aux pleurs que tu me vois répandre, de Sébastien Bonnemason-Richard, 10 janvier 2013, Alma éditeur, 99 pages
ISBN : 9782362790553  /  14 €

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