La singulière tristesse du gâteau au citron, Aimee Bender (L’Olivier)


singuliere-tristesse-gateau-citronLa singulière tristesse du gâteau au citron… mais qu’est-ce au juste ? Cette vague chaude et épaisse berçant entre douceur et chagrin une enfance qui n’a pourtant rien de malheureuse ? Ce sentiment amer et déroutant d’étrangeté et d’impuissance qui gonfle à la sortie de l’âge tendre ? L’épreuve qui accompagne la naissance d’un individu autonome et différencié qui peine à trouver sa place à la fin du temps de l’innocence ? Un épanchement d’amour pour sa mère si grand qu’il finit par faire mal et dont il faut parvenir à se détacher ? L’expérience du rejet et l’incompréhension du monde ? Un goût acide qui tord le visage en grimaces mais qui assure aussi le sel de la vie ?

C’est tout cela et encore bien plus, la singulière tristesse du gâteau au citron. Rose Edelstein, douze ans, nous raconte la sienne par le menu. Il faut dire que Rose est douée : les fées se sont penchées sur elle à sa naissance, mais de sort, il y a le bon, et aussi le mauvais. C’est un problème d’équilibre…

Le don de Rose repose sur une surprenante alchimie combinant lucidité et sensibilité, délicatesse et candeur, pétulance et mélancolie. La pierre philosophale de Rose, c’est de transformer les goûts en émotions, de percevoir l’âme des gens à travers leurs réalisations culinaires, de percer leurs secrets les plus intimes et inavouables en une seule bouchée. Le don de Rose, c’est aussi un fardeau : c’est une question d’équilibre…

Imaginez le calvaire ! Non seulement elle doit regarder les gens nus face à elle sans ciller les yeux et absorber toutes leurs ondes négatives en silence, mais en plus, elle se sent comme une sorte de monstre, une erreur de la nature. Sauf qu’un jour, elle se rend compte qu’elle n’est pas la seule à avoir un don aussi singulier qu’extraordinaire, que tout un chacun porte en héritage une façon d’être avec laquelle il faut savoir composer pour ne pas laisser la vie s’échapper sans en profiter pleinement. La chose est là, en soi, quelle qu’elle soit. Il faut en prendre conscience, l’apprivoiser et apprendre à la gérer, ce qui implique des choix souvent difficile à faire.

Rose va trouver sa voie et s’accomodera de son don. Son frère aussi, mais de façon plus radicale. Son père le fuira quand son grand-père l’aura subi toute sa vie.

Et le lecteur se reconnaîtra dans cette fable, quel que soit son don à lui et sa façon de s’y adapter. Il ressentira, confusément mais sûrement, comme une réminiscence, une madeleine de Proust. Il éprouvera alors cette fameuse tristesse singulière, venue de très loin, d’une contrée oubliée depuis l’enfance, sa propre singulière tristesse, si familière, si douce et perçante à la fois…

La singulière tristesse du gâteau au citron (« The particular sadness of lemon cake », 2010 ) de Aimee Bender, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Céline Leroy, 14 février 2013, éditions de L’Olivier, 344 pages
ISBN : 9782879297804 / 22,50 €

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Commentaires

Je me suis totalement laissée bercer et emporter par la lecture de ton billet qui m’a aussitôt transportée chez Proust, alors même que tu le termines en évoquant la fameuse madeleine.
« Transformer les goûts en émotions », cela suffit à me donner envie de rencontrer cette jeune Rose, tout autant que l’idée de « don », que nous avons tous et duquel il faut s’accommoder (comme on accommode les restes ?).
Je ne risque pas d’oublier le titre, ni la couverture, qui sont aussi très séduisants.
Merci pour cette découverte matinale qui donne tout de suite sa valeur à ma journée.

posté par Emma le 11.05.13 à 8 h 41 min

Tu verras, cette histoire, sous forme de parabole pourrait-on dire, est vraiment touchante.

posté par La Ruelle bleue le 13.05.13 à 17 h 26 min
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