Nano lectures, Barbara Bibs (Editions Anne d’Hercourt)


nanolecturesLes éditions Anne d’Hercourt ont vu le jour en novembre dernier et je suis ravie de vous présenter l’un de leurs tout premiers livres au catalogue. D’autant plus que ces « Nano lectures » s’inscrivent dans un genre peu commun, audacieux et délicat, que l’on pourrait qualifier, faute de meilleure inspiration, de « nouvelles à chute traitées à la façon d’un poème en prose »…

Barbara Bibs nous propose une petite trentaine de textes très brefs, de deux, trois, quatre pages chacun, tour à tour pétillants, mordants, attendris ou moqueurs, souvent décalés, qui nous emmènent directement là où on n’aurait jamais pensé atterrir, avec beaucoup de délectation et d’humour pour le lecteur, mais aussi à n’en pas douter beaucoup d’habileté et d’application pour l’auteur.

Car brièveté et concision n’équivalent en rien à facilité ou simplicité, bien au contraire. On s’en rend aisément compte lors de ces nano lectures qui gagnent à être mises en voix afin de pouvoir jouir de leur musicalité. Mais même en mode sourdine, le lecteur ne pourra qu’apprécier la richesse des associations de mots et d’idées, la goguenardise bonhomme et contagieuse qui force le sourire, l’ingénieuse faculté à capter le lecteur et à le surprendre sur une si courte distance.

Et si cela ne vous a pas encore convaincu de tenter l’expérience, je m’en remets à cette dédicace éloquente d’un autre âge, d’un autre auteur à propos d’un autre livre, qui s’insèrerait à merveille en préface de ces nano lectures :

« Mon cher ami,

je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu’il n’a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue, alternativement et réciproquement. Considérez, je vous prie, quelles admirables commodités cette combinaison nous offre à tous, à vous, à moi et au lecteur. Nous pouvons couper où nous voulons, moi ma rêverie, vous le manuscrit, le lecteur sa lecture; car je ne suspends pas la volonté rétive de celui-ci au fil interminable d’une intrigue superflue. Enlevez une vertèbre, et les deux morceaux de cette tortueuse fantaisie se rejoindront sans peine. Hachez-la en nombreux fragments, et vous verrez que chacun peut exister à part. Dans l’espérance que quelques-uns de ces tronçons seront assez vivants pour vous plaire et vous amuser, j’ose vous dédier le serpent tout entier. »

Préface du « Spleen de Paris ou Petits poèmes en prose » de Charles Baudelaire, adressée à Arsène Houssaye

Merci aux éditions Anne d’Hercourt !

Nano lectures, de Barbara Bibs, 21 novembre 2012, éditions Anne d’Hercourt, 104 pages
ISBN : 9791090775015  /  13 €

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