Jack l’Égareur, de Robert Desnos

Dans les trémies du ciel
un archange nage, comme il sied, vers une usine.
Faux-monnayeurs que faites-vous de mes ongles ?
J’ai lu dans le journal un roman dont j’étais le héros
toujours à l’aise quand il fait pluie.
Mon cœur bat l’extinction des feux,
Mes yeux sont la nuit.
Je veille mes lendemains avec anxiété.
Au bout d’un an et deux jours…
alors il se fit une journée de pluie et les sept phares merveilleux
du monde…
Escadres souterraines ne vous approchez pas de mon tombeau :
Je suis employé à déclouer les vieux cercueils
pour répartir équitablement les ossements
entre les anciennes sépultures
et les neuves.
Quelle profession ? Profession de foi tu ne figures pas au Bottin.
Les photographes rougiraient si vous les regardiez en pleurant.
Je suis un mort de fraîche date.
Si vous rencontrez un corbillard déchaussez-vous,
Cela fera du bien au mort.
Il se lèvera,
il se sortira,
il chantera,
il chantera la chanson des quadrilles
et dans le futur on verra les nouveau-nés arriver au monde
escortés de squelettes.
Ce ne seront partout que grossesses de géantes,
Il sera de bon ton chez les élégantes
de faire monter en bague
les larmes solides des morts à l’occasion des naissances.
Amour haut parleur, sirène à corps d’oiseau,
je vous quitte.
Je vais goûter le silence cette belle algue où dorment les requins.

in C’est les bottes de 7 lieues, cette phrase « Je me vois », 1926

voir l’article sur « Jack l’éventreur » de Robert Desnos aux éditions de L’Herne

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